En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. En savoir plusFermer
Actu-Environnement

Quand les pratiques agricoles sont au service de la biodiversité

Lancé en 2000, le programme de recherche Diva étudie les relations entre action publique, agriculture et biodiversité. Co-construction des politiques mais aussi solutions adaptées au cas par cas sont les gages d'une réelle efficacité des mesures.

Agroécologie  |    |  Sophie Fabrégat Actu-Environnement.com

De nombreux projets de recherche ont été menés depuis 2000 dans le cadre du programme Diva, qui vise à approfondir la connaissance scientifique des relations entre politique publique, agriculture et biodiversité. Dynamiques écologiques au sein des territoires agricoles, politiques publiques, rapport des agriculteurs avec la biodiversité font partie des sujets de recherche financés.

"Les recherches menées au cours de ces dix dernières années ont permis de produire des connaissances sur la biodiversité en milieu rural et sur ses mécanismes d'évolution, mais aussi sur les effets concrets, constatés à la croisée des changements de comportements des agriculteurs et de la nature des mesures et des politiques publiques déployées aux niveaux régional, national et européen", indique le Commissariat général au développement durable (CGDD), qui publie une note sur Diva. Selon lui, "les résultats de ces recherches (...) mettent l'accent sur l'ampleur et la diversité des connaissances à réunir pour pouvoir agir efficacement dans ce domaine".

Aujourd'hui, ce programme se poursuit et s'inscrit dans le cadre de la trame verte et bleue (TVB). Onze projets de recherche, sélectionnés lors de deux appels à propositions lancés en 2011 et 2012, sont actuellement menés autour des continuités écologiques dans les territoires ruraux.

A chaque paysage agricole sa biodiversité

Bocages, vignobles, grandes cultures… Chaque territoire agricole a sa dynamique écologique propre. "L'objectif de nombreuses équipes de recherche a été de caractériser et de représenter la biodiversité en lien avec l'agriculture et d'analyser les processus écologiques et agricoles au travers d'une typologie de lieux caractérisant la campagne française", indique le CGDD.

Ainsi, pour les paysages d'agricultures intensives, les bordures de champs constituent des zones d'habitat pour la faune et la flore sauvage. Mais la taille des parcelles, la gestion des cultures (rotation, prairies…), le mode de gestion de ces bordures (taille, emploi d'herbicides…) et la densité des haies influent sur la présence de biodiversité. Par exemple, après avoir étudié la plaine de Niort, où des zones de protection spéciales (ZPS) Natura 2000 ont été crées, des chercheurs ont montré que ces zones, où était cultivée la luzerne, servaient d'abris à une espèce confrontée à un risque élevé d'extinction. "Les plaines céréalières peuvent abriter des espèces à haute valeur patrimoniale, comme l'outarde canepetière, un oiseau typique des milieux agricoles ouverts, si des cultures adéquates, comme celle de la luzerne, sont mises en place. Ces cultures offrent des habitats essentiels pour les insectes, principalement ceux de la famille des criquets et des sauterelles, qui sont sources de nourriture pour l'outarde canepetière".

Les vignobles abritent quant à eux peu d'espèces sauvages, note le CGDD. Mais la présence de bandes enherbées, de haies, de murs, de fossés ou encore d'arbres isolés permet l'installation d'une biodiversité. "Dans la région de l'appellation d'origine protégée (AOP) Saumur-Champigny, près du quart des 316 espèces de plantes répertoriées vit exclusivement dans ce type d'espaces".

Enfin, la taille des bocages, dont les boisements mixtes (conifères et feuillus) servent d'habitat notamment aux écureuils roux, et leur connexion spatiale avec une trame boisée sont déterminantes pour maintenir une biodiversité.

"Une première analyse ressort de ces recherches : l'ensemble des territoires agricoles contribue à préserver une diversité globale au niveau national et il est nécessaire que les actions publiques varient en fonction de leurs spécificités", analyse le CGDD.

Intégrer la biodiversité dans les cahiers des charges AOP

Certains programmes de recherche se sont penchés sur les "outils" qui peuvent appuyer une démarche de protection de la biodiversité, tels que les appellations d'origines protégées (AOP) ou Natura 2000, comme l'a montré l'exemple de la plaine du Niort.

Dans certains territoires du Massif central, les AOP "sont synonymes de conservation de la biodiversité sur les terrains de production des produits labellisés", Saint-Nectaire et Salers, mais ce n'est pas le cas pour toutes les AOP. De même, le mode de production du Saint-Nectaire permet une meilleure diversité que celui du Salers (48 espèces végétales contre 35), où "les pâtures font l'objet d'une fertilisation double, d'un chargement en bêtes un peu plus élevé et d'une tendance à une fauche plus précoce".

En revanche, dans le Saumur-Champigny, la création d'une AOP "a provoqué une concentration des vignes sur ce territoire, ce qui a eu pour conséquence d'homogénéiser le paysage : la superficie des vignes a augmenté de 50%, alors que, dans le même temps, la viticulture a presque disparu des régions limitrophes non labellisées".

Des réflexions doivent donc être menés lors de la mise en place d'AOP et lors de l'élaboration du cahier des charges, analyse le CGDD. "Les chercheurs ont dégagé deux pistes pour l'action. La première, serait l'introduction, dans le cahier des charges de l'AOP Salers, d'exigences quant aux niveaux de chargement et de quantité en fertilisants dans les prairies pâturées. La seconde, serait d'accompagner les évolutions du cahier des charges de l'AOP Saint-Nectaire, notamment sur la question des stocks fourragers et sur la conduite du pâturage". Quant au cas du Saumur-Champigny, il invite à prendre en considération les effets pervers d'une AOP "en fragmentant, par exemple, les espaces labellisés ou en les accompagnant par des règles d'aménagement de l'espace".

La nécessité de co-construire les outils

D'autres programmes se sont penchés sur les agriculteurs, leurs représentations de la biodiversité et les conséquences de ces perceptions pour l'évolution de leurs pratiques.

Dans les Alpes du nord, des chercheurs ont suivi la mise en œuvre de contrats d'agriculture durable (CAD), de contrats territoriaux d'exploitation (CTE) et de Natura 2000. Ils ont conclu que "l'identification d'objectifs agro-environnementaux et la souplesse du processus de contractualisation sont primordiales".

La mise en œuvre de ces actions, et plus généralement des politiques, suppose donc des discussions avec l'ensemble des parties prenantes, tant pour l'élaboration d'objectifs communs que pour la conception de nouveaux instruments publics. "Une co-construction entre ceux qui portent la protection de la nature et ceux qui sont engagés dans la production agricole semble indispensable", estime le CGDD.

Réactions5 réactions à cet article

 

Que les agriculteurs qui travaillent en prise directe avec le nature, connaissent la biodiversité des milieux qu'ils exploitent, et qu'ils utilisent des méthodes de travail adaptées à la préservation de ceux ci me parait être la moindre des choses, encore faudrait il aussi que les lycées agricoles fassent évoluer leurs méthodes d'enseignement pour répondre à ce problème.

lio | 08 août 2013 à 16h48
 
Signaler un contenu inapproprié
 

J'ai l'impression que, là aussi, on est en train de (re)monter une usine à gaz...en bordure du problème. Le talus plutôt que la mono culture issu du catalogue des semences, le "reste" étant interdit à la vente. La prairie plutôt que le champ. Le travail d'un paysan, c'est de lutter contre la "mauvaise" biodiversité...sinon, comment sortir les 5 tonnes de tomates ou les 80 quintaux de blé? Entre l'écologie border line et la destruction industrielle de nos sols, de nos eaux et des différents milieux, il y a de la marge. Entre l'exploitant agricole pour qui, le sol n'est qu'un support, les engrais chimiques la seule solution et les pesticides un miracle et "le brave" 100% bio, labellisé et supportant un cahier des charge européen, il y a de la place pour des agriculteurs(trices) raisonnables. Dans cette étude on oublie celui ou celle qui travaille bien. On oublie l'incinérateur, le bétonnage, les effets secondaires de l'industrie (ou ce qu'il en reste). Produire de la bouffe, non toxique, à un prix abordable, toute l'année, les paysans en sont capables. Il s'agit de bon sens terrien...les abeilles, papillons, perdrix, truites reviendront, le bleuet et le cerisier sauvage aussi. Restons terre à terre!

ecolittoral | 14 août 2013 à 10h04
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Un titre un peu trop ronflant et auto-suffisant qui reflète une vérité très restrictive, car ces études se basent sur un constat de pratiques en place,non remises en question quand elles s'avèrent intensives et néfastes pour la santé. Comme ce que je connais et vois ,dans la région du champagne: marne et aisne, où les parcelles bordées d'herbes et de haies voir, arbres, sont peaux de chagrin ! Pas un oiseaux, pas un escargot, et des herbes qui jaunissent sous les herbicides, tout ça en bordure de maisons, écoles, rivières !!! Je salue les courageux opposés à ces méthodes de culture!

tom | 18 août 2013 à 16h17
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Une réalité enfin reconnue dans ce fil (même si c'est du bout extrême de la plume): eh oui, les agriculteurs, même conventionnels, si souvent dénoncés et diabolisés ici, font leur boulot proprement pour la grande majorité (leur revenu en dépend). Merci pour un article reposant qui ne reproche pas à l'agriculture sa nécessaire intensivité.

Albatros | 20 août 2013 à 09h45
 
Signaler un contenu inapproprié
 

etant un agent de terrain chargé de l'agriculture et elevage de petits et gros betails dans l'ONGD qui m'emploi je souhaite recevoir vos articles pour le reforcement de mes capacité enfin de tenir le bout entre le tenants et les aboutissants, et repondre efficacement aux besoins fondamentaux de la popolation actives

fodi | 04 septembre 2013 à 10h33
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Réagissez ou posez une question à la journaliste Sophie Fabrégat

Les réactions aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- disposant d'un porte-monnaie éléctronique
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Je veux retrouver mon mot de passe
[ Tous les champs sont obligatoires ]
 

Partagez sur…