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Vers une agriculture au service de la biodiversité

Depuis plusieurs années, les pratiques agricoles évoluent pour réintégrer la diversité culturale. Jean Harent, Community Manager chez Agriaffaires revient sur cet atout floristique et faunistique au service de la biodiversité et les pratiques qui peuvent y être associées.

Avis d'expert  |  Agroécologie  |    |  Actu-Environnement.com

Avec de nombreux remembrements effectués dans des milliers de communes françaises dès le milieu des années 1980, la morphologie de nos plaines a profondément évolué : de très nombreuses haies, talus, bosquets, chemins et pâtures ont disparu au profit de parcelles plus grandes et un assolement simplifié, basé autour de trois à quatre cultures pour la plupart des exploitations. Ces transformations rapides n'ont pas été sans conséquence pour la faune, qui trouvait majoritairement refuge et nourriture dans les zones herbées ou boisées. La raréfaction des friches et zones de gagnage ont vu une baisse des populations de la petite faune : perdrix, lièvres, alouettes, hirondelles, insectes divers etc.

Dès le début des années 2000, une prise de conscience commune des chambres d'agriculture, fédérations de chasse, association écologistes et agriculteurs a permis d'entreprendre des actions conjointes et de mettre en place des nombreuses mesures subventionnées en faveur de la faune. Des campagnes de sensibilisation et d'informations des agriculteurs pour la préservation des espèces ont alors été mises en place et les pratiques agricoles responsables se sont vues mieux valorisées. Bien que l'augmentation importante des besoins mondiaux en céréales ait fait évoluer les mentalités et incité bon nombre d'agriculteurs à diriger leur assolement vers la grande culture productive, on semble assister au retour d'une plus grande diversité culturale dans nos plaines.

L'application récente de la directive nitrates dans la quasi-totalité des départements ainsi que l'instauration des Surfaces d'intérêts écologiques (SIE) dans le nouveau volet de la PAC semblent également porter leurs fruits à l'échelle faunistique et paysagère. En effet, les Cultures intermédiaires pièges à nitrates (CIPAN) et les mélanges de cultures proposés en cultures intermédiaires pour les SIE offrent un couvert de choix aux oiseaux, à la faune mobile et favorisent la micro-activité des sols. Celles-ci permettent notamment de limiter la prédation aérienne, d'augmenter l'activité biologique des sols et apportent une nourriture riche et variée à la faune réduisant ainsi les pertes hivernales d'individus, très préjudiciables aux populations.

Quelles pratiques en faveur de la faune peuvent être instaurées au sein des exploitations ?

Les pratiques en faveur de la faune sont légions, certaines sont très faciles à mettre en place et ne demande que peu d'efforts et d'investissements, d'autres nécessiteront très certainement le concours d'autres acteurs de la préservation de la faune. Voici donc une liste indicative de bonnes pratiques qui pourraient par exemple être mises en place par les agriculteurs afin de devenir véritables acteurs de la biodiversité :

Opter pour un découpage raisonnable des parcellaires

Afin de procurer un habitat favorable à la faune, il est nécessaire d'éviter les parcelles trop grandes (supérieures à 10 ha) notamment si le biotope est de type plateau. En effet, les animaux n'auront que très peu de repères sur ce type de parcellaire et risque fort de le déserter. De plus, après récolte une fois le sol nu, une grande parcelle augmentera considérablement le taux de prédation.

Préférer un assolement et une rotation diversifiés à la "monoculture"

Il va de soi qu'un assolement diversifié offrira davantage de richesse à tous les types de faune : insectes, oiseaux, mammifères… La diversité de la nourriture et du couvert offerts au sein d'une exploitation impacte très fortement les populations. Au-delà de la dimension écologique et faunistique, nul doute que les exploitants trouveront à travers une rotation diversifiée alternant céréales, légumineuses, oléagineux ainsi que les cultures de printemps et d'hiver ; des atouts très intéressants au niveau agronomique : meilleurs rendements, réduction des stocks semenciers d'adventices, maintien d'un bon taux de matière organique... Une mise en place stratégique de ces différents leviers agronomiques viendra réduire sensiblement les utilisations de produits phytosanitaires sur le long terme.

Implanter des cultures intermédiaires

Afin d'assurer le couvert de la faune, l'implantation de cultures intermédiaires est une solution simple et économique. Si les terres le permettent, on pourra alors laisser la culture sur pied et ne le détruire qu'à la sortie d'hiver avant les semis de cultures de printemps. Parmi les cultures qu'il est possible d'implanter, on retrouve par exemple : la moutarde blanche, le radis chinois, la phacélie, différents types de trèfles, la vesce, l'avoine brésilienne... La mise en place d'une interculture se révèlera être un atout de poids pour limiter l'érosion et le phénomène de ruissellement sur les parcelles.

Implanter des bandes intercalaires et des Jachères environnement faune sauvage (JEFS)

Autre mesure très appréciable pour la faune, l'implantation de bandes intercalaires de maïs de 4 à 16 m de large est généralement subventionnée par les fédérations de chasse et d'agriculture. Celles-ci permettent de découper un parcellaire très massif, de créer un repère visuel pour la faune et un lieu de gagnage privilégié. Ces mêmes fédérations subventionnent également des JEFS, mélange de cultures annuelles ou pérennes à vertus faunistiques et mellifères. Voici quelques types de mélanges JEFS souvent proposés : Maïs / Sorgho fourrager, Chou / Sarrasin / Avoine, Trèfle d'Alexandrie / Fétuque / Phacélie / Ray Grass d'Italie, Maïs / Millet.

Maitriser les doses d'intrants et la fréquence de traitement

Afin de préserver des conditions favorables à la biodiversité, traiter de façon systématique n'apportera pas les meilleurs résultats : il est indispensable de raisonner son Indice de Fréquence de Traitement (IFT). On préférera lorsque cela est possible, le désherbage mécanique notamment après récolte avec des faux-semis et de limiter dans l'idéal les traitements insecticides aux parcelles à risque ou en cas d'alerte ravageurs en suivant les conseils des instituts de surveillance du végétal.

Eviter les coupes d'herbes en périodes sensibles

Bien que nécessaires, les travaux de fenaisons n'en restent pas moins préjudiciables à la faune notamment aux oiseaux qui affectionnent tout particulièrement les parcelles de trèfles et de luzernes pour leur nidification. Des moyens très simples permettent aux agriculteurs d'effectuer leurs coupes sereinement et d'utiliser leur matériel de fenaison de manière sécurisée et peu contraignante : utiliser une barre d'effarouchement à l'avant du tracteur, faucher à vitesse réduite, adapter ses dates de coupes lorsque cela est possible, notamment pour les jachères en évitant d'intervenir du 1er mai au 31 août.

(Ré)implanter des haies au sein des exploitations

Comme les bandes intercalaires et les cultures spécifiques à la faune, les haies viendront apporter refuge et nourriture sans toutefois pénaliser la surface agricole utile. Elles peuvent notamment être placées entre deux parcelles. La plupart d'entre elles sont subventionnées, leur entretien peut être géré sur simple demande par les fédérations agricoles ou cynégétiques. Du point de vue agronomique, l'implantation de linéaires boisés permettra de limiter l'érosion et aura un effet brise-vent également favorable aux cultures mais également à la pollinisation.

Avis d'expert proposé par Jean Havent, Community Manager chez Agriaffaires

Réactions3 réactions à cet article

 

Nous avons bien noté que l'expert ne parle pas du pastoralisme
Pourtant, le rapport du P.N.U.E.* vante les bienfaits du pastoralisme pour la nature :

« le pastoralisme - la production extensive de bétail dans les pâturages - offre d'énormes avantages à l'humanité et devrait être considéré comme un élément majeur de la transition mondiale vers une économie verte »/…./

constate que : « le pastoralisme durable dans les écosystèmes de grands pâturages libres / …/ préserve la fertilité des terres et le carbone présent dans sol, et contribue à la régulation de l'eau et à la conservation de la biodiversité. Les autres avantages qu'il présente se trouvent sous la forme de produits alimentaires de grande valeur. En effet, un demi-milliard de pasteurs à travers le monde se battent pour maintenir un mode de vie qui est beaucoup plus compatible avec les objectifs de l'économie verte que beaucoup de nos méthodes modernes d'élevage du bétail. »

Ajoute : « qu'est important, l'autonomisation des éleveurs à travers le partage des connaissances et le respect de leur consentement préalable, libre et éclairé. » publié le 9/03/2015

mais tout le monde sait que les écologistes sont prêts a condamner le pastoralisme sur l'autel du loup!

ouragan | 15 novembre 2016 à 21h18
 
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Sans surprise, l'article ne cite à aucun moment l'agriculture biologique !
Pourtant, par ses pratiques sans pesticides (insecticides, désherbants), par son système de rotations longues et de diversités des cultures en grandes cultures, par la pratique d'un système herbager extensif, l'agriculture biologique remplit largement les objectifs de défense de la biodiversité. C'est le cas sur la parcelle (flore et faune) comme sur l'environnement immédiat.

Aubevoye27 | 16 novembre 2016 à 16h08
 
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Bonjour,
au delà de ce catalogue de solutions banales, non chiffrées ni illustrées et peu audacieuses, pourquoi un avis d'expert provenant d'une personne qui travaille pour une plate-forme de commercialisation de matériel agricole d'occasion ? Peut-être des personnes travaillant quotidiennement sur le sujet agriculture et biodiversité aurait pu avoir un avis d'expert plus précis ?

Nicolas L | 26 décembre 2016 à 17h30
 
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