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L'agroécologie peut nourrir l'Europe en 2050

L'agriculture européenne peut se passer de pesticides tout en garantissant la sécurité alimentaire des Européens, selon l'Iddri. Cela passe par un changement de régime alimentaire et une reterritorialisation du modèle agricole.

Agroécologie  |    |  Sophie FabrégatActu-Environnement.com

L'agriculture européenne peut sortir des pesticides, réduire ses impacts sur le climat et la biodiversité tout en assurant la sécurité alimentaire des Européens. Telle est la conclusion d'une étude publiée par l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri) ce jeudi 13 septembre.

Alors que l'Europe est en train de plancher sur sa politique agricole de demain et que les parlementaires français réexaminent le projet de loi sur l'agriculture, le scénario Tyfa (Ten years for agroecology), développé dans l'étude, montre comment une généralisation de l'agroécologie est possible et souhaitable.

"Le débat actuel sur le futur de l'agriculture s'est enlisé, face à l'impossibilité de tenir ensemble l'objectif de produire autant ou plus qu'aujourd'hui et la nécessaire réduction des impacts sur le climat et la biodiversité, explique Pierre-Marie Aubert, coordinateur de l'initiative Agriculture européenne à l'Iddri. Pour dépasser cette opposition apparente, nous avons renversé la question : quels sont les besoins des Européens pour une alimentation saine et durable et quels sont les modèles agricoles pour y répondre en respectant les enjeux environnementaux".

L'étude part du constat que les comportements alimentaires actuels ne sont ni sains, ni durables : "Si l'on se base sur les directives de l'OMS et de l'autorité européenne de la santé, nos régimes alimentaires sont trop riches en calories (légèrement), en protéines (deux fois trop) et en sucre (trois fois trop). En revanche, ils sont déficitaires en fruits et légumes et en fibres, poursuit l'expert. On peut donc faire évoluer ces régimes alimentaires pour faire évoluer la matrice agriculture".

Des baisses de rendement de 10 à 50%

Le scénario démarre donc par un rééquilibrage du régime alimentaire européen : plus de céréales, de féculents, de fruits et légumes, de protéagineux et moins de viande, œufs, poisson et produits laitiers. "A partir de là, notre étude montre qu'une Europe agroécologique est capable de nourrir les Européens en 2050, de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 40% et de reconquérir la biodiversité". Concrètement, il s'agit d'abandonner les pesticides et engrais de synthèse, en s'appuyant sur les fonctionnalités des systèmes agro-écologiques : rotation des cultures, fixation de l'azote par les légumineuses, utilisation du fumier pour fertiliser les sols, redéploiement des infrastructures écologiques (haies, mares, arbres, murets…) à hauteur de 10% des surfaces utilisées, reterritorialisation des prairies naturelles, développement de l'élevage extensif…

Avec ce modèle, les rendements baissent de 10 à 50% selon les cultures. Pourtant, cette production suffit à assurer l'alimentation des Européens et même plus : "Notre modèle conserve également une capacité d'exportation en céréales, produits laitiers et vin. En revanche, il réduit fortement la dépendance de l'agriculture aux importations. Aujourd'hui, l'Union européenne importe l'équivalent de 35 millions d'hectares de terres arables, essentiellement des tourteaux de soja provenant d'Amérique latine pour l'alimentation du bétail", souligne l'expert. Le scénario priorise également les usages alimentaires des terres arables et supprime la production de biocarburants à l'horizon 2050.

La société entière doit être mobilisée

Quid des revenus des agriculteurs ? "Effecivement, il y aura une baisse des rendements. Et avec davantage de travail humain, une partie des coûts de production est susceptible d'augmenter. Cependant, le modèle repose sur une baisse importante des intrants, ce qui induit une baisse de coûts". Le logiciel sociétal devra également être revu. La part de l'alimentation dans le budget des ménages ne cesse de baisser. Les coûts, pour la collectivité, des régimes alimentaires trop riches et de la dépollution (traitement de l'eau…) ne cessent d'augmenter. Une nouvelle équation peut donc être trouvée, avec une revalorisation des prix, une rémunération des coûts évités pour la société…

"Notre scénario est éminemment moderne, nous ne prévoyons pas un retour vers le passé. Il répond à des enjeux criants, auxquels il faut répondre rapidement. Mais si on veut qu'un tel modèle se déploie, le niveau de technicité, d'inventivité des opérateurs agricoles doit augmenter car la chimie a simplifié de manière drastique les systèmes". La recherche devra être mobilisée et les pouvoirs publics impliqués pour fixer les objectifs, reconstruire les filières, éviter une concurrence déloyale à l'échelle internationale…

Dix ans pour prendre les bonnes décisions

Pour mener cette révolution, l'étude prend pour horizon 2050, "le temps qu'il a fallu pour que le projet transformateur de l'agriculture d'après guerre aboutisse". Mais, prévient Pierre-Marie Aubert, "les décideurs ont dix ans pour prendre les bonnes décisions en termes de politique agricole". Aujourd'hui, les travaux sur la future politique agricole commune (PAC) font le choix de "produire plus, avec moins". "Ces réflexions font l'impasse sur la qualité des aliments. Elles donnent également la priorité aux questions climatiques, qui conduisent à un biais terrible : la disparition des prairies permanentes qui sont la matrice de la biodiversité dans les espaces ruraux".

En France, les Etats généraux de l'alimentation posaient le même postulat que l'étude de l'Iddri : celui d'une transformation globale de l'assiette au champ. Mais le projet de loi qui en a découlé est bien en deçà des espoirs suscités… "Aujourd'hui, l'enjeu économique est priorisé au détriment des apports sociétaux et des besoins des agriculteurs, analyse Pierre-Marie Aubert. L'industrie agroalimentaire est le premier pourvoyeur d'emploi en Europe. Si la part des aliments transformés diminue, se pose la question des emplois dans ce secteur. De même, si l'agriculture fournit des produits de meilleure qualité et moins standardisés, les coûts pour l'industrie agroalimentaire augmenteront".

Malgré tout, les travaux ont été initiés avec le monde agricole depuis quelques années pour entamer cette transition. "Les premières briques du projet agroécologique ont été posées", estime l'expert.

© Iddri
 

Réactions7 réactions à cet article

 

"Quels sont les besoins des Européens pour une alimentation saine et durable et quels sont les modèles agricoles pour y répondre en respectant les enjeux environnementaux ?"
Dire qu'il a fallu environ 40 ans pour que ce genre de question ne soit plus perçue comme un discours minoritaire. Mais il y a encore du chemin à faire pour que les intérêts de l'agroalimentaire et de la chimie passent après notre santé et le respect de la biodiversité.
L'agroalimentaire perdra des emplois. Bonne nouvelle, l'agroécologie nécessite plus de mains d'oeuvre que l'agriculture à base d'intrants. On aura moins de personnes dans les abattoirs et plus dans les champs.
La restauration fonctionnera plus avec des produits frais locaux qu'avec du surgelé et des plats préparés industriels.
Mais en France cela passe par une redéfinition des rapports avec les syndicats agricoles. Il est nécessaire de rompre le quasi monopole de la représentativité de la FNSEA.
Le monde agricole est trop riche, trop complexe pour que les pouvoirs publics se contentent de cette représentation inféodée aux intérêts de l'amont et de l'aval de l'agriculture.

La Métamorphose | 13 septembre 2018 à 11h40
 
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Comme "la métamorphose " j'allais suggérer de transmettre cette analyse à la FNSEA dont on connaît l'ouverture d'esprit .
Reste que la Confédération paysanne pourrait soutenir cette démarche si nécessaire et qui rejoint nombre de ses positions .

sirius | 13 septembre 2018 à 11h53
 
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"Avec ce modèle, les rendements baissent de 10 à 50% selon les cultures. Pourtant, cette production suffit à assurer l'alimentation des Européens et même plus" : voilà une analyse qui et susceptible de mettre d'accord pas mal de monde ! Oui, les rendements agricoles baissent quand on se passe de la chimie conventionnelle et oui on continue à manger, non seulement à notre faim mais aussi en polluant bien moins et en prennent mieux soin de notre santé. C'est du gagnant-gagnant pour la société.
Sauf peut-être pour les agri-managers de la FNSEA qui vont perdre des revenus annexes à la seule production agricole. Gageons donc que ce remarquable syndicat va nous sortir une rhétorique abracadabrantesque pour contester qu' "Aujourd'hui, l'enjeu économique est priorisé au détriment des apports sociétaux et des besoins des agriculteurs". Mais on peut aussi imaginer que son pouvoir de nuisance sur l'ensemble de la société commence à s'effriter.

Pégase | 13 septembre 2018 à 13h41
 
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Je n'ai pas lu l'étude mais je suis surpris de ne voir dans votre article (et ~résumé de l'étude) aucune référence au gaspillage alimentaire, à tous les niveaux du cycle (mais principalement une fois le produit transféré de l'agriculture à l'agro alimentaire), éléments aussi déterminant que le changement de régime alimentaire pour qu'une production plus saine puisse suffire à nourrir la planète.

Tombour | 14 septembre 2018 à 11h46
 
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J’ai discuté de ce rapport avec quelques experts, dont M Konrad Schreiber, agronome, qui travaille se sujet avec les agriculteurs depuis 20 ans.
Pour lui, « l’expertise présentée par M Pierre Marie Aubert est complètement foireuse. Il s'agit d'un réchauffé du projet AFTERRE 2050 de SOLAGRO, repris quasi point par point avec une vision décroissante de l’agriculture. Qui, dans ce projet de l’IDDRI connaît la capacité réelle à produire de l’agroécologie, ici, fortement connotée à la sauce AB ? Existe t-il 1 expert, officiellement, à l’INRA ou ailleurs, dans un institut d’état, capable de construire un système agricole durable capable de relever le défi de la triple performance ? Qui connait les résultats réels autour de l’environnement des solutions proposées ? Qui sait réellement que la politique de destruction de l’élevage fait augmenter la pollution en France et régresser la biodiversité, et cela depuis 1984, date des quotas laitiers ? Et quid de la production extensive ? Rien sur la perte financière qu’auront à subir les agriculteurs subissant ce scénario, rien sur la réelle capacité à protéger l’environnement, rien sur la sécurité alimentaire du pays France, rien sur le coût réel de ce projet ! Savez vous que, en France, lorsque la consommation AB augmente de 1%, le déficit public augmente de +1 milliard d’€ ? Que ses résultats sur la séquestration de carbone sont mauvais, que les émissions de GES augmentent et que l’érosion et la dégradation des sols s'accélèrent ?

Agriculture du Vivant 1 | 17 septembre 2018 à 09h44
 
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La suite de mon message précédent :

Et K. Schreiber continue : "Demain, l’agriculture devra produire plus, mieux, avec moins de ressources et de meilleure qualité nutritionnelle. Tous les pays du Monde n’ayant pas la chance pédoclimatique de la France, il faudra bien qu’elle tienne son rang en Europe (à minima) sous peine de disparaitre dans un abîme de dettes et d'incompétences. L’agriculture sur sols vivants prépare le projet agricole pour la France. Elle sait doubler la production agricole tout en supprimant l’importation d’OGM, elle sait préserver et développer l’élevage sans production de GES, elle sait garantir la sécurité alimentaire et améliorer la qualité des productions, elle sait également produire de l’énergie en plus de l’alimentation, elle sait produire de la biodiversité, supprimer l’érosion des sols, fortement baisser l’utilisation des pesticides, et séquestrer du carbone dans les sols. Cette agriculture de conservation des sols est une agriculture des sols fertiles, toujours couverts et jamais travaillés, n’en déplaise à tous les déclinologues patentés ! Et cette agriculture se développe en dehors des standards et canons de la doxa des experts officiels ! Vive l’agroécologie des paysans, elle est prête pour se développer en France !"

Agriculture du Vivant 1 | 17 septembre 2018 à 09h49
 
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Agriculture du vivant 1 vous donnez l'impression de connaître beaucoup de choses mais on ne comprend rien à votre discours. Il en ressort une impression de querelle de chapelle et d'excommunication qui ne peut que nuire à ce que vous semblez défendre. Ou sont vos points de désaccord avec l'article, les points d'accords ? On ne comprend pas et on n'a pas envie de relire trois fois pour essayer de comprendre.

La Métamorphose | 18 septembre 2018 à 14h55
 
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