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Transition agricole : les filières peinent à se mettre en marche

Le gouvernement ne cesse de le marteler : les plans de filières doivent permettre d'organiser la transition agricole en matière de réduction des phyto, d'augmentation du bio… Mais les interprofessions manquent cruellement d'ambition en la matière…

Agroécologie  |    |  Sophie FabrégatActu-Environnement.com

Depuis l'ouverture des discussions sur la transition agricole et l'organisation des Etats généraux de l'alimentation, le gouvernement mise sur les plans de filières pour que celles-ci se mettent en ordre de marche et organisent leur propre transition. Les interprofessions ont en effet été chargées d'élaborer elles-mêmes des plans de développement et de transformation des filières agricoles et agroalimentaires. "Ces contrats de filières doivent permettre de fixer des objectifs de restructuration interne aux interprofessions, des objectifs de montée en gamme sur la bio, sur les signes de qualité, des objectifs environnementaux et sociétaux, des programmes de recherche agricole, de ciblage des investissements", déclarait le Président de la République lors de son discours de Rungis, le 11 octobre dernier. D'ailleurs, aux députés qui souhaitent inscrire dans la loi sur l'agriculture (en cours d'examen à l'Assemblée nationale) des objectifs ambitieux le ministre de l'Agriculture Stéphane Travert renvoie régulièrement aux plans de filières. Et pourtant, ces plans, transmis au ministère fin 2017, manquent cruellement d'ambition en la matière… Le ministère rappelle qu'un temps d'échange avec la société civile est encore en cours…

Réduction des phytos : un rappel à l'ordre du ministre

Les associations de défense de l'environnement, réunies au sein de la plateforme citoyenne pour une transition agricole et alimentaire, ont analysé l'ensemble des 34 plans de filières. Et le constat est sans appel : "Il y a assez peu d'éléments qui laissent penser qu'on engage une réelle transition agricole", souligne Arnaud Gauffier, chargé de programme Agriculture durable chez WWF. S'il reconnaît que "le timing laissé aux filières par le gouvernement était assez court", il note cependant que "la plupart d'entre elles sont incapables de se projeter à un horizon 2030. Elles restent coincées à la prochaine campagne de blé, la prochaine négociation sur les prix… Il n'y a pas de vision prospective".

Pourtant, les défis environnementaux à venir sont nombreux, à commencer par celui de la réduction des produits phytosanitaires. "Les plans de filière manquent d'ambition quant à la réduction des pesticides. Lors de la présentation du plan pesticides le 25 avril dernier, le ministre a indiqué qu'il avait adressé un courrier aux interprofessions leur demandant d'intégrer rapidement la question phytosanitaire", précise Arnaud Gauffier.

Si la réduction des phyto est vaguement abordée dans la plupart des plans, les objectifs chiffrés sont quant à eux absents. La filière vin (Cniv) fait figure d'exception. Elle reprend à son compte les objectifs inscrits dans le plan Ecophyto 2 : réduire de 50% l'usage des produits phytosanitaires à 2025. Cela passe, à court terme, par l'usage des produits phytosanitaires alternatifs et le recours à des pulvérisations intelligentes et confinées (avec un renouvellement de deux tiers du parc de pulvérisateurs peu performants d'ici cinq ans). La filière veut également "mettre en œuvre immédiatement le principe d'évitement des produits les plus dangereux et de limitation du nombre de traitements par an". Mais la baisse puis l'arrêt des substances CMR (cancérogènes, mutagènes, reprotoxiques) s'inscrira "dans le cadre uniquement de la mise en œuvre d'un plan d'accompagnement et d'un agenda de solutions alternatives efficaces". La filière prévoit aussi une sortie des herbicides de synthèse "selon un agenda à définir". Sous trois ans, elle souhaite néanmoins voir se mettre en place "l'obligation dans tous les vignobles de ne pas avoir de désherbage chimique sur au moins 50% de la surface (hors vignobles en forte pente et à faible écartement entre rangs)".

Déploiement du bio : le compte n'y est pas

Sur le bio, les filières sont un peu plus volontaires, sans doute poussées par une demande forte des consommateurs. Cependant, "quand on essaie d'additionner les différents engagements, on voit très bien que l'on n'atteindra pas les 15% de surfaces en bio en 2022", estime Arnaud Gauffier. Quelques filières sortent du lot : "La filière lait a une réelle volonté d'avancer". Alors que le lait bio représente 2,4% de la production en 2016, la filière s'engage à doubler les volumes d'ici cinq ans. L'interprofession porcine prévoit quant à elle de porter la part du bio de 0,5% en 2017 à 10% en 2027. Cela passera par la définition d'un dispositif d'accompagnement des conversions des élevages au deuxième semestre 2018, via le fonds d'investissement et des politiques de contractualisation. Il faudra aussi "veiller à la bonne adéquation de l'approvisionnement en matières premières par rapport au développement des volumes. La production de céréales biologiques doit être suffisante".

Climat : adaptation plutôt qu'atténuation

Quant au changement climatique, "cette problématique est quasiment absente des plans", soulève Arnaud Gauffier. Lorsqu'elle est abordée, c'est souvent à travers une approche d'adaptation. A l'instar de la filière Intercéréales qui consacre une action à l'anticipation du changement climatique par une gestion efficiente de l'eau. La solution ? L'irrigation. "Le taux d'irrigation de la [surface agricole utile française (SAU)] se situe au neuvième rang européen et est inférieur à la moyenne européenne : moins de 7% de la SAU est irriguée en France, soit deux à trois fois moins que les pays méditerranéens comme l'Espagne et l'Italie et quatre fois moins que les Pays Bas", peut-on lire dans le plan de filière. Celle-ci se mobilise donc pour la création d'ouvrages de stockage collectifs, autrement dit de retenues collinaires, et "sera particulièrement attentive aux conclusions de la cellule interministérielle qui vient d'être lancée" sur ce sujet. Elle en profite pour lister ses doléances : "L'objectif est de stocker 750 millions de mètres cubes en plus sur le quinquennat. La levée de certains freins réglementaires sera indispensable". De son côté, la filière s'engage à améliorer l'efficience de l'irrigation, via les outils numériques d'aide à la décision (sondes, bilans hydriques), les progrès génétiques et les stratégies d'esquive en décalant le cycle des cultures pour éviter les fortes températures et le manque d'eau. Selon elle, la productivité de l'eau a déjà été améliorée de 30% en vingt ans.

La filière viande bovine (Interbev) va plus loin en prévoyant également des actions de lutte contre le changement climatique, via notamment le stockage carbone dans les sols agricoles. Elle rappelle qu'elle s'est engagée, depuis la COP 21, dans le programme Life beef carbon, qui vise à diminuer l'empreinte carbone de la viande bovine. "Une des caractéristiques de ce programme est de viser une amélioration de l'ensemble des critères environnementaux et économique de l'élevage, avec une vision globale. L'objectif est de réduire de 15% l'emprunte carbone de la viande bovine française d'ici 2023", indique le plan de la filière. Cette dernière travaille également depuis 2014 avec les associations de défense de l'environnement et des consommateurs. "C'est le point positif de ces plans, estime Arnaud Gauffier. Cela nous a permis d'ouvrir un dialogue de long terme avec les interprofessions qui veulent vraiment avancer. Nous avons déjà mené cet exercice avec Interbev, qui a permis d'aboutir à la définition d'axes de travail. Notre désaccord majeur sur la baisse de la consommation de viande ne nous empêche pas de travailler ensemble". Les copies des différentes filières pourraient donc être enrichies dans le temps, à condition que toutes jouent le jeu…

Réactions1 réaction à cet article

 

Pour accélérer la transition, nous devons changer de logique. Il ne faut pas aider ceux qui vont dans la bonne direction mais pénaliser de plus en plus ceux qui n'y vont pas. Pour cela la fiscalité est un levier efficace. Elle toucherait tous les agents économiques. Tous seraient incités à aller dans la bonne direction. Les solutions techniques, souvent connues, verraient leurs coûts baisser, grâce à la courbe d'expérience.
La santé des consommateurs s'améliorerait et la bïodiversité s'en porterait beaucoup mieux.

La Métamorphose | 23 mai 2018 à 15h34
 
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