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Environnement et compétitivité agricole : une compatibilité impossible ?

Souvent accusées de se nuire mutuellement, les notions de compétitivité et d'environnement ont été au cœur du colloque de l'Inra au SIA 2010 pour tenter de convaincre, études à l'appui, de la possibilité de conjuguer les deux approches.

Agroécologie  |    |  Florence Roussel Actu-Environnement.com
   
Environnement et compétitivité agricole : une compatibilité impossible ?
   
À l'heure où les agriculteurs doivent faire face à une baisse de leurs revenus, la question de la compétitivité des exploitations agricoles françaises fait l'actualité. Le Président de la République s'est voulu rassurant lors de sa visite au Salon de l'agriculture (SIA) le 6 mars dernier en annonçant un renforcement des aides d'urgence et une ''nouvelle méthode de mise en œuvre des mesures environnementales en agriculture''. Si cette dernière déclaration a déclenché l'inquiétude des associations environnementales quant à la mise en œuvre des mesures du Grenelle, elle a surtout laissé entendre que le renforcement des mesures environnementales risquait d'impacter encore davantage la compétitivité des exploitations. Cette position ressort également dans les projets de loi prévus, à l'instar de la loi de modernisation agricole dont l'objectif est de stabiliser le revenu des agriculteurs et qui ne comporte volontairement aucune disposition environnementale, toutes regroupées dans le projet de loi Grenelle 2.
Pourtant, maintenir la compétitivité des exploitations tout en réduisant l'impact environnemental de cette activité constitue le prochain défi que devra relever l'agriculture. Et l'un n'ira pas sans l'autre. L'Inra en a d'ailleurs fait le thème de son colloque au SIA 2010. Objectif : ''présenter des approches systémiques, intégratives et transdisciplinaires afin de dépasser la tension compétitivité-environnement'', a expliqué François Houllier, directeur général délégué de l'INRA.

Ce colloque fut surtout l'occasion pour les économistes de l'institut agronomique de rappeler que la compétitivité est une notion relative, complexe qui se mesure à un moment donné dans un contexte donné et qui peut être influencée par de nombreux facteurs : la technologie, le prix des consommations intermédiaires (matières premières agricoles, énergie), les conditions du milieu naturel, la qualité du management. ''D'autres déterminants sont d'ordre macroéconomique comme le système de recherche et développement, le système d'éducation et de formation, les infrastructures de transport ou encore la fiscalité'', complète Chantal Le Mouël de l'Inra de Rennes. Les politiques publiques peuvent donc influer sur ces différents facteurs pour améliorer la compétitivité d'une exploitation ou d'une filière.
Parmi ces facteurs, il en est un qui représente un poste de charge important selon Louis Georges Soler, chercheur à l'Inra d'Ivry-sur-seine : les consommations intermédiaires. ''La difficulté à accroître les rendements de conversion de ces consommations intermédiaires en produits finaux est un des éléments mis en avant pour expliquer la relative stagnation des gains de productivité'', explique-t-il. Réduire l'utilisation de pesticides, d'engrais et les consommations d'énergie sont donc des voies de gain de productivité à ne pas négliger. Louis Georges Soler estime toutefois que ''les impacts possibles de ces réductions de coûts sur l'efficacité du secteur agroalimentaire français sont encore à notre connaissance à évaluer''. Certains craignent en effet des bilans coûts/bénéfices défavorables avec notamment des pertes de rendements.

 
Il faut se donner un autre objectif, celui de minimiser les impacts environnementaux tout en maximisant le revenu.  
Marie-Hélène Jeuffroy
 
Mais pour Marie-Hélène Jeuffroy de l'Inra de Versailles-Grignon il faut voir plus large et changer de logique de conduite des cultures en sortant de la quête au rendement maximum : ''il faut se donner un autre objectif, celui de minimiser les impacts environnementaux tout en maximisant le revenu'', explique-t-elle. D'une logique basée sur l'utilisation de variétés très productives mais très fragiles entraînant la nécessité de supports techniques (fertilisation en azote, usage de pesticides), il faut passer à une logique plus transversale et trouver un juste milieu entre productivité et méthode de culture moins impactante.
En matière d'élevage par exemple, l'Inra milite pour le retour à la prairie pâturée : selon les recherches de Jean-Louis Payraud de l'Inra de Rennes, les systèmes valorisant l'herbe rémunèrent bien le travail et sont respectueux de l'environnement : moins de perte en azote, moins de consommations d'énergie, moins de pesticides, plus de stockage de carbone...

Reste désormais à faire évoluer les mentalités. Les solutions alternatives ont prouvé leur intérêt, il faut désormais les mettre en œuvre ce qui ne sera pas chose facile. ''Malgré un certain nombre d'atouts, les prairies pâturées sont considérées comme étant des systèmes passéistes par les jeunes agriculteurs'', témoigne Jean-Louis Payraud ajoutant que ''la jeune génération est passionnée pour le machinisme ce qui est antinomique avec le développement du pâturage''. La formation est donc un élément déterminant. ''Cela fait 15 ans que l'on a prouvé la rentabilité des prairies, on a donc un vrai problème culturel'', renchérit Lionel Vilain, de la fédération France Nature Environnement. ''Les écoles ont pris les choses en main mais on a une inertie des appareils de formation. A-t-on encore le temps avant que des dégradations irréversibles apparaissent'', s'interroge Lionel Vilain.

Réactions5 réactions à cet article

 
la prairie pâturée... OUI....mais pas n'importe o.

Chez moi, au dessus de 20°C, la prairie ne pousse plus et les tonnages réalisé dans ma plaine continentale ne sont pas ceux des herbagers autonome de l'Ouest.....Donc, je serais de toute façon moins compétitif que les bretons....J'attends donc qu'on me paye mon lait au prix du bio....A+

touf | 19 mars 2010 à 00h21
 
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lait bio

le prix du bio sans les contraintes du bio ,non merci je veux bien payer plus cher pour encourager les conversions et les comportements vertueux mais certainement pas pour boire du lait traditionnel.

lionel | 19 mars 2010 à 13h49
 
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moins d'intrants = compte d'exploitation favorab..

Et si les instances agricoles avaient le courage de se pencher sur les résultats de l'agriculture bio-dynamique ?
Cela ne plairait pas aux lobby agrochimique mais le but de l'agriculture est de nourrir les populations pas les lobbies !

BZH nominoe | 25 mars 2010 à 08h18
 
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mettre les vaches au pré

Depuis 1945 l'agriculture marche sur la tête au grand bénéfice des banques et tout particulièrement du Crédit Agricole soit-disant géré par et pour les agriculteurs. Chaque agriculteur a ainsi été fortement invité à se "moderniser" en investissant dans des engins et machines de plus en plus chères qu'il n'utilise bien souvent que quelques jours par an et qui ne peuvent être amorties qu'au bout de dizaines d'années, simultanément on a multiplié les engrais, puis les pesticides. Aujourd'hui les semences sont aux mains de multinationales qui les traitent de telle sorte que les agriculteurs soient complètement prisonniers de ladite multinationale et progressivement l'élevage est tombé dans la même folie. Les vachespassent leur vie dans une étable et sont nourries avec des tourteaux eux-mêmes produits avec moult engrais et pesticides. Ajoutons à cela la multiplication des hypermarchés et l'on obtient la crise agricole actuelle. Autrefois les vaches étaient dans les prés qu'elles engraissaient naturellement, le lait était de qualité, sans être pollué par une multitude d'antibiotiques (qui globalement finissent par nuire à la santé des enfants et des futurs adultes...
Je suis ravi de constater que des chercheurs de l'INRA redécouvrent qu'une prairie paturée par des vaches c'est bien plus intelligent que l'ultra utilisation de l'agrochimie. Encore un petit effort et l'on va redécouvrir que l'agriculture biologique raisonnée c'est plus sain et plus rentable (mais pas pour les multinationales).

mhubin | 25 mars 2010 à 11h16
 
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Re:la prairie pâturée... OUI....mais pas n'import.

Donc en un mot le bio c'est possible mais chez les autres...

Si tu cherches pas, tu trouves pas. Reste dans tes convictions de conventionnel mais n'envie pas les prix du bio.


Le vin bio, c'était pas possible mais 20% des Cotes du Ventoux sont à présent en bio. Eux ont compris qu'il valait mieux évoluer plutôt que de se plaindre en attendant l'aide des institutions.

Bonne lamentations.

Mac le Givré | 20 juin 2010 à 12h57
 
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