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L'agriculture de demain se devra d'être innovante

Innover, tel a été le maître-mot du colloque annuel du réseau FARRE organisé hier. Innovation dans la technique, dans l'organisation territoriale et innovation culturelle pour les agriculteurs mais aussi l'ensemble de la société.

Agroécologie  |    |  Florence Roussel Actu-Environnement.com
   
L'agriculture de demain se devra d'être innovante
© Grischa Georgiew
   
Au cœur d'enjeux environnementaux, sanitaires et économiques l'agriculture française est appelée à évoluer. Les défis sont nombreux : réduire les impacts environnementaux, produire des aliments de qualité et maintenir le revenu des agriculteurs. Alors que la France réfléchit à une nouvelle loi agricole (Loi de modernisation agricole) et s'apprête à entamer les négociations européennes sur la prochaine Politique Agricole Commune, l'association interprofessionnelle Forum de l'agriculture raisonnée respectueuse de l'environnement (FARRE) a dédié son colloque annuel à l'innovation estimant que c'est par cette voie que l'agriculture saura prendre le virage qui s'impose.

Évolution des pratiques culturales

Pour de nombreux acteurs, l'innovation agricole sera avant tout technique : nouveaux matériels, nouvelles variétés culturales ou nouvelles méthodes agronomiques. ''L'agronomie a déjà permis d'innover sur les rendements et la qualité des cultures, et a encore beaucoup de progrès à faire. Nous ne savons toujours pas comment fonctionne une plante malade par exemple'', a expliqué Jean Boiffin, président de l'Association française d'agronomie. Le Groupement National Interprofessionnel des Semences et plants (GNIS) plaide pour sa part en faveur de la conservation des ressources génétiques afin d'identifier et d'utiliser des variétés respectueuses de l'environnement ou capable de faire face au changement climatique. Pour Jean-Paul Bordes, chef du département actions régionales de l'institut du végétal Arvalis, la solution sera dans tous les cas multiple et combinera l'ensemble des moyens disponibles : ''pour progresser nous serons obligés de combiner plusieurs techniques qui au final s'avèrent aussi efficaces que l'utilisation de produits phytosanitaires. Le temps du principe un problème/une solution est révolu''.
 
Le temps du principe un problème/une solution est révolu  
Jean-Paul Bordes
 
Benoît Collard, agriculteur adhérent du réseau Farre dans la Marne a commencé à mettre en pratique ce principe sur des petites parcelles de son exploitation depuis 2005. Son ambition : utiliser des techniques alternatives à l'utilisation de produits chimiques tout en maintenant sa marge brute à l'hectare. L'agriculteur s'est inspiré de ses collègues de l'agriculture biologique en privilégiant la prévention, le désherbage mécanique, l'utilisation de variétés tolérantes aux maladies ou encore le retard de semis tout en ne s'interdisant pas l'utilisation de produits chimiques en cas de besoin. Après trois ans, les résultats sont très prometteurs pour certaines cultures comme l'orge et la betterave pour lesquels la fréquence de traitement et la quantité de matière active déposée ont été réduites jusqu'à 75% tout en maintenant le rendement de la parcelle. Pour lui il est donc évident que les objectifs du plan Ecophyto 2018 sont atteignables. Mais ce ne sera pas sans efforts. Benoît Collard a été confronté à de nouvelles contraintes avec ce système de culture : investissements dans de nouveaux matériels, besoin de plus de main-d'œuvre, dépendance accrue à la météo… Par ailleurs, pour certaines cultures comme le blé tout n'est pas encore au point : ''parfois les pesticides restent la seule solution'', constate l'agriculteur marnais qui malgré tout reste confiant : ''les butoirs d'aujourd'hui vont être levés dans les prochaines années''.

Réorganisation territoriale

Ces évolutions au niveau des exploitations agricoles devront également se faire sentir au niveau des territoires. Gilles Lemaire, président du Conseil scientifique du Farre, estime que l'activité humaine n'a pas toujours été synonyme de réduction de la biodiversité et évoque l'agriculture d'avant-guerre constituée d'une mosaïque de petites exploitations. Selon lui, il est donc essentiel que l'agriculture réintroduise de la diversité à toutes les échelles : diversité des cultures, des activités au sein des exploitations mais aussi des territoires. ''Il n'est pas normal que les élevages soient concentrés sur certains territoires et s'approvisionnent en fourrage à des centaines de kilomètres'', estime-il. D'ailleurs l'expertise collective de l'Inra ''Agriculture et biodiversité'' a démontré que la simplification des paysages avait eu encore plus d'impacts négatifs sur la biodiversité que l'intensification des pratiques au niveau des parcelles. ''Au niveau des territoires, la diversité nécessitera des modes d'organisation et de gouvernance nouvelles qu'il s'agit d'inventer'', explique Gilles Lemaire.

Innovation culturelle pour tous les acteurs de la société

Mais l'innovation agricole sera sans doute moins technique que culturelle et sociale. La mise en œuvre de nouvelles pratiques signifie changer de méthode de travail, de référence, de regard : ''un champ cultivé en culture intégrée est moins ''propre'' qu'un champ classique où aucune herbe ne dépasse ce qui bouleverse les préjugés des agriculteurs qui viennent nous visiter'', témoigne Benoît Collard. ''Il va falloir s'habituer à revoir quelques coquelicots dans nos champs'', prévient-il.
La vision des relations agriculture-biodiversité devra également évoluer vers une reconnaissance accrue des services rendus par la nature envers la société et envers l'agriculture notamment via une évaluation économique.
L'innovation culturelle sera également nécessaire à l'échelle de la société et des politiques. ''L'innovation implique des actions de fond sur le long terme donc il faudra une continuité dans l'appui et le soutien'', recommande Frank Aggeri, professeur à Mines ParisTech. Cela inclut-il une adhésion aux cultures d'organismes génétiquement modifiés (OGM) ? La question reste ouverte puisque du côté des semenciers on s'inquiète de la réaction de la société face à l'innovation, vue la capacité de mobilisation des associations de consommateurs ou de protection de l'environnement. François Burgaud du GNIS s'appuie par exemple sur le débat sur les OGM pour évoquer ''la frilosité de la société face à l'innovation''. Mais où se situe la frontière entre frilosité et prudence ?

Réactions5 réactions à cet article

 
et les méthodes culturales????

Je vois que le lobbying agricole fonctionne encore bien....des nouvelles machines....si on veut réellement respecter la nature et garder un ration de production élevé, il faut s'inspirer de la nature, ne pas travailler le sol, avoir de multiples petites exploitations, associer les plantes et l'ensemble de la biodiversité aux cultures (en finir avec les abérrations de la monoculture. Les techniques existent...mais pas de machins ou peu et pas de produits issues de l'industrie du pétrole, des légumes de saison et sains....non mais ça va pas!!!!

vincent7979 | 21 janvier 2010 à 10h29
 
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la récup du bio ...

l'agriculture raisonnée est du greenwashing ! ça ressemble à du bio, ça a la couleur du bio, mais l'idée c'est quand même la continuation d'épandage de produits phytosanitaires, de laisser une porte grande ouverte aux OGM et de promettre un recours à une technologie avancée. l'agriculture conventionelle quoi !

chocard | 21 janvier 2010 à 14h19
 
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Re:la récup du bio ...

Tout à fait d'accord avec votre remarque!Dans tout ça, le consommateur moyen n'y voit que du feu et associe le "raisonné" au "biologique": encore un moyen d'attaquer le bio, déjà peut aidé en France!

Nath | 21 janvier 2010 à 19h55
 
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des discours, des promesses non tenues, des ...

Pour "l'institut du végétal Arvalis, la solution sera", et dans le guide qu'il a diffusé la semaine dernière sur "Tout savoir pour optimiser le potentiel de mes prairies" les conseils concernent les prairies semées (rien sur les naturelles, parfumées, sans engrais, les AOC,... et pourtant la PAC...), avec ce qui va de pair "adventices maitrisées = qualité et productivité pérennisées" (p.10) donc "désherbage à l'implantation = l'incontournable à réussir ; Traiter tôt : récolter gros !" puis "Désherbage d'entretien : la clé de la précision !". Puis "Fertilisation azotée = le moteur de la prairie" (p.14) = "les associations graminées + légumineuses permettent de diminuer les apports d'azote minéral".
Voici qq semaines il a sorti le DVD "les bonnes pratiques phytosanitaires" qui concerne spécialement les pesticides ; et l'an dernier les brochures "protection raisonnée" pour différentes cultures, et c'est 'raisonnée' exclusivement selon qq grandes firmes de pesticides.
Et dans la dernière lettre d'accompagnement de publicité "Arvalis institut du végétal PA vous garantit une information exclusive, fiable et indépendante".
Peut on nous expliquer au moins "fiable et indépendante" ?

Plant | 21 janvier 2010 à 22h36
 
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Demain l' Agriculture sera innovante???

''la frilosité de la société face à l'innovation'', n'est pas systématique. CEpendant, comme pour le débat sur les OGM, les citoyens n'ont pas été écoutés - ni respectés (revoir le "processus d'établissement" de la Loi OGM de mai 2008, avec la "l'urgence déclarée", qui a mis un terme au débat); La pression de Monsanto, sur divers Parlementaires pour qu'ils votent en faveur de la Loi (pro-OGM): lire [Journal Le Monde, du 2 avril 2008, dans lequel est rapporté qu'un Sénateur UMP, Jean-François Legrand, reconnaît quelafirme Monsanto a acheté ou tenté d'acheter des députés pour obtenir un vote favorable à ses intérêts et exprime ses craintes quant àla généralisation des OGM. Ces quelques lignes, proviennent du livre:["LaPolitique de l' oxymore - Comment ceux qui nous gouvernent nous masquent la réalité du monde", de Bertrand Méheust, éd. La Découverte, page 146]. Alors, OUI, le Progrès technologique est nécessaire... Mais, surrement pas - aux seuls bon vouloirs des différents groupes de Lobbyes; Et encore moins - si les citoyens ne peuvent avoir accès à l'ensembles des dossiers...Faire évoluer les pratiques c'est tyrès bien, mais pas à n'importe qu'el prix. Pour "respecter l' environnement", selon le GNIS, il faudrait déjà, réduire l'usage de Produits phytosanitaires (Produits chimiques/Pesticides), afin de ne pas rompre les divers équilibres écologiques naturels...Avec les OGM, le pesticide (herbicide) est produit par la plante elle-même, de son intérieur, ce qui ne résous absoluement pas la problématique des pollutions générées par lesd divers gropupes de produits chimiques utilisés dans l'agriculture. Enfin, pour pouvoir affirmer - ou même prétendre préserver la Biodiversité, l' utilisation d' OGM n'entrainera que la ghénéralisation d'une seule mono-culture , et causera un désastre sans précédent des cultures et moyens de subsistances de l' Humanité...Rappellons nous l' ouvrazge de Rachel CARSON, "PRINTEMPS SILENCIEUX", qui déjà, en 1963, avait déjà prédit de nombreuses problématiques actuelles... Quand à la réorganisation teritoriale, par l'implantation des paysans, dans de nombreuses contrées de notre pays... C'est supper. Mais, encore faudrait-il, se remémorer - qu'en 1960 (environs) à été organiser la destructuration de nos campagne, pour permettre l' établissement d'une Agriculture intensive.... Alors, où est l' erreur? A qui la faute...?

salutlesp'titclou | 09 février 2010 à 14h21
 
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