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Le Foll veut inscrire l'agro-écologie à "l'agenda des solutions" de la COP21

Comment faire du problème agricole une des solutions pour la lutte contre les changements climatiques ? En développant l'agro-écologie qui permet de stocker du carbone tout en augmentant les rendements, plaide la France.

Gouvernance  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com

La lutte contre les émissions de gaz à effet de serre (GES) dans le secteur agricole peut-elle constituer une opportunité plutôt qu'une contrainte ? Oui, a répondu Stéphane Le Foll, le 27 avril à l'issue d'une réunion de travail relative au programme de recherche international "quatre pour mille" sur la séquestration du carbone dans les sols. Pour y parvenir, le ministre de l'Agriculture compte s'appuyer sur ce programme de recherche, mis en œuvre par l'Inra et le Cirad, qui combine la lutte contre les changements climatiques et l'amélioration des rendements agricoles. "Une telle augmentation [de la séquestration du carbone dans les sols] permettrait de compenser l'ensemble des émissions des gaz à effet de serre de la planète, inversement, une diminution de 4 pour 1.000 déboucherait sur un doublement des émissions", explique le ministère de l'Agriculture qui souligne par ailleurs le bénéfice en terme de rendement lié à l'augmentation de la matière organique dans les sols.

Il s'agit donc de promouvoir "une stratégie de réconciliation" entre l'amélioration de la sécurité alimentaire et la lutte contre les changements climatiques, résume Stéphane Le Foll qui évoque une "deuxième Révolution verte". Pour ce faire, il entend promouvoir ce programme de recherche dans le cadre de "l'agenda des solutions" qui regroupe des initiatives complémentaires à l'accord international attendu à Paris associant gouvernements et acteurs non-gouvernementaux et visant à soutenir et amplifier les engagements des Etats.

Selon le ministère de l'Agriculture, quelque 45 Etats auraient montré de l'intérêt pour le programme 4 pour 1.000. Le Brésil, qui cherche à restaurer ses sols dégradés pour freiner la déforestation motivée par les besoins en nouvelle terre agricole, est "très impliqué", explique le ministre. "Pour l'instant, les Etats-Unis regardent", a précisé Stéphane Le Foll, ajoutant vouloir "les sensibiliser au sujet à l'occasion du G20 agricole d'Ankara" du 6 au 8 mai 2015. Parmi les grands absents figurent l'Afrique et l'Inde qui "est très réticente".

Plaidoyer pour l'agro-écologie

Au niveau mondial, les sols, hors sols gelés en permanence (le pergélisol ou permafrost pour le terme anglais) stockent sous forme de matière organique l'équivalent de 2,6 fois le carbone présent dans l'atmosphère. Par ailleurs, les sols absorbent environ un quart des émissions mondiales de CO2. Ce stockage est assuré grâce à la photosynthèse, qui permet d'extraire du CO2 de l'atmosphère, associée à la dégradation des végétaux, qui transfère vers les sols le carbone contenu dans les végétaux. Cependant, l'essentiel de cette absorption est réalisé par les forêts, les sols agricoles ne jouant qu'un rôle secondaire. S'agissant des sols cultivés, la situation est d'autant plus critique qu'en moyenne ils auraient perdu 50 à 70% de leur stock de carbone initial au niveau mondial.

Ce constat, plutôt négatif, est néanmoins porteur d'espoir puisqu'une politique agricole favorisant le stockage de carbone dans la matière organique des sols permettrait de renverser la tendance et de lutter contre les changements climatiques. D'autant qu'une telle stratégie "reviendrait à reconstituer la banque de nutriment du sol et à augmenter sa fertilité", plaide le ministère. Pour y parvenir, le ministère de l'Agriculture défend le développement au niveau mondial de l'agro-écologie qui privilégie une meilleure couverture des sols par la végétation, par rapport au modèle agricole intensif.

Un programme emblématique

Selon Laurence Tubiana, ambassadrice chargée des négociations sur le changement climatique, plusieurs éléments permettent d'envisager le succès de la démarche à l'approche de la conférence de Paris. Tout d'abord, les acteurs impliqués veulent mettre en avant leurs actions en faveur du climat. Une politique agricole favorable au stockage du carbone pourrait s'inscrire dans cette démarche. Ensuite, l'agriculture est au carrefour des questions d'environnement et de développement qui ont longtemps étaient mises en opposition. Le projet 4 pour 1.000 est un "programme emblématique", estime Laurence Tubiana. De la même manière que le déploiement des renouvelables constitue une opportunité pour réduire les émissions de CO2 tout en soutenant l'activité économique, le programme 4 pour 1.000 permet de stocker du carbone tout en renforçant la production agricole.

Stéphane Le Foll est tout aussi optimiste. Aujourd'hui, avec l'agro-écologie, on recherche toujours la hausse des rendements agricole, mais en s'adaptant aux différents écosystèmes, a-t-il expliqué. "On veut dire aux autres pays que l'engagement en faveur du climat n'est pas un risque mais une opportunité de développement", résume Stéphane Le Foll.

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