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Les agrocarburants plus néfastes que les carburants fossiles ?

Un rapport de l'IEEP analyse, à partir des plans nationaux d'action, l'impact des objectifs de l'UE en matière d'agrocarburants. L'ONG conclut que la prise en compte du changement d'affectation des sols indirect plombe leur bilan environnemental.

Transport  |    |  Sophie Fabrégat Actu-Environnement.com
   
Les agrocarburants plus néfastes que les carburants fossiles ?
   

''Les agrocarburants supplémentaires qui entreront sur le marché de l’UE auront un impact de 81 % à 167 % plus néfaste pour le climat que les combustibles fossiles qu’ils sont censés remplacer'', révèle un rapport de l'Institut pour la politique européenne environnementale (IEEP) qui analyse l’impact de la politique européenne en matière d’agrocarburants d’ici 2020. Pour mener cette étude sur les changements d'affectation des sols indirects (CASI) et les émissions de gaz à effet de serre (GES) liés au développement des agrocarburants, l'institut s'est basé sur les projections de chaque Etat membre inscrites dans les Plans d’actions nationaux en faveur des énergies renouvelables, publiés récemment.

Ce rapport intervient alors que la Commission européenne doit se prononcer fin 2010 sur l'opportunité de prendre en compte l'impact du CASI dans le calcul des émissions de GES des agrocarburants. En mars dernier, un rapport commandé par la Commission européenne remettait en cause la politique communautaire, en indiquant qu'au-delà de 5,6 % d'agrocarburants dans les carburants consommés par le secteur européen des transports, les émissions de gaz à effet de serre liées au CASI augmentent rapidement et érodent la ''durabilité'' environnementale de ces carburants.

D'ici 2020, selon la directive européenne sur les énergies renouvelables, les Etats membres sont tenus de consommer 10 % d'énergies renouvelables dans le secteur des transports. Electrification des transports, développement des agrocarburants de première ou de deuxième génération, efficacité énergétique font partie des solutions que peuvent mettre en oeuvre les Etats membres.

Selon l'IEEP, ''les plans nationaux européens prévoient une  augmentation significative de la consommation d’agrocarburants. En 2020, les agrocarburants constitueront 9,5 % de l’énergie totale consommée dans les transports. 92 % de ces carburants sont issus de cultures vivrières (comme les graines oléagineuses, l’huile de palme, la canne à sucre, le sucre de betterave, le blé)''. Résultat : la réalisation des projections des Etats membres de l'UE en matière d'agrocarburants se solderait par la conversion de 69.000 km2 de terres à usage agricole, en Europe mais aussi dans les pays du Sud, et par une augmentation significative des émissions de GES.

Royaume-Uni, Espagne, Allemagne, Italie, France : les champions européens des agrocarburants

Si les Etats membres respectent leurs projections, en 2020, la consommation européenne d’agrocarburants à base de matière première alimentaire sera de 24,3 millions de tonnes équivalent pétrole (ktep). Le biodiesel constituerait la grande majorité de cette consommation (72 %) contre 28 % de bioéthanol.

Le Royaume-Uni, l’Espagne, l’Allemagne, l’Italie et la France  seront responsables de 72 % de l’augmentation de la consommation d’agrocarburants entre 2008 et 2020. L'Allemagne sera en tête des pays consommateurs.

L'IEEP note qu'en plus des agrocarburants utilisés dans les transports, 8 Etats membres prévoient d'utiliser des agroliquides pour le chauffage et la production d’électricité.

Pour remplir leurs objectifs, les Etats membres comptent sur l'importation : 50 % de bioéthanol et 41 % de biodiesel en 2020, ce qui équivaut respectivement à l’importation de 3,1 millions et 7,7 millions de Tep. Le Royaume-Uni, qui sera le principal responsable de l'augmentation de la consommation d'agrocarburants en Europe, sera de ce fait le plus grand importateur avec un objectif de 3,7 millions de TEP de combustibles importés en 2020.

Un impact environnemental significatif

 
Des carburants qui plombent les émissions de GES ''Le Royaume-Uni, l’Espagne, l’Allemagne, l’Italie et la France devraient être les plus importants émetteurs de GES issus des agrocarburants, avec respectivement un volume maximum d’émissions de 13,3 / 9,5 / 8,6 / 5,3 et 3,9 millions de tonnes de CO2 supplémentaires par an (en tenant compte des économies d’émissions de GES induites par la consommation d’agrocarburants)'', note l'IEEP.
S’ils atteignent leurs objectifs, l’Irlande, la Suède, la Roumanie, le Royaume-Uni et la Slovénie, augmenteront de plus de 10% les émissions annuelles de CO2 de leur secteur des transports par rapport aux émissions de 2007 (estimations hautes).
 
L'IEEP estime que pour atteindre ces objectifs, les Etats membres devront recourir ''à une expansion des terres agricoles cultivées dans le monde, ainsi qu’à une conversion des forêts, des prairies et des tourbières en terres cultivées. Jusqu’à 69 000 km2 devraient être requis - une zone équivalente à plus de deux fois la taille de la Belgique''.

Et le rapport chiffre les impacts en termes d'émissions de gaz à effet de serre : la conversion de cette surface de terres entraînera un rejet de 876 à 1.459 millions de tonnes de CO2 par la végétation et les sols. Les agrocarburants seraient donc plus néfastes pour le climat que les combustibles fossiles qu'ils sont censés remplacer, note l'IEEP qui précise que ''la directive européenne sur les énergies renouvelables requiert que leur impact en matière d’émissions de GES soit de 35 à 50 % moins élevé que les carburants fossiles pour être comptabilisés dans les objectifs de réduction à atteindre par les pays''.

Pour les ONG, ce rapport confirme leur position : il est nécessaire de prendre en compte le CASI dans l'évaluation des agrocarburants et de revoir la politique européenne en la matière.

Réactions3 réactions à cet article

 

Et on oublie de parler de la famine : le plein d'un véhicule 4x4 necessite 250 kg de céréales, c'est à dire la ration alimentaire... annuelle....d'un habitant des pays pauvres

Laudereau | 10 novembre 2010 à 08h20
 
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bonjour!

l'article de Sophie Fabregat ci dessus, montre deux constats, que notre association privilégie de retenir, c'est que le bio-carburant n'est pas "éxant" des émissions du co2, de plus les superficies de terres utilisées ainsi que les végétations qui en découlent sont également émettrices du co2
donc où est l'intérêt, au plan environmental, de l'appel sans retenu à ce type de carburant ?
en d'autres termes, pour pouvoir produire les quantités de bio-carburant selon les objectifs visés il faudrait rogner sur les forêts ce qui aggrave encore le préjudice causé à la nature et par là même aux effets sur le changements climatiques
aux amoueux des forêts de bien examiner l'article ci dessus et d'y réfléchir aux conséquences susceptibles d'être engendrées au cas où l'on s'obstine à vouloir encore porter atteinte à nos forêts A+

DAOUD, Alger | 11 novembre 2010 à 07h59
 
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ne pas oublier non plus les dégâts environnementaux causés par les nouvelles cultures "énergétiques" : destruction de milieux, usage intense de phytosanitaires, ...

Mais cet article souligne formidablement "le comble" des agrocarburants : une augmentation !!!!! des émissions de GES ...on est pas sortis de l'auberge ! :l)

liliput | 11 novembre 2010 à 16h40
 
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