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Les agrocarburants de deuxième génération auront aussi besoin de cultures énergétiques

Des cultures à vocation énergétique pourraient être employées sous certaines conditions pour produire des agrocarburants de seconde génération. Un consensus émerge entre certaines associations, des industriels et des groupes de réflexion.

Transport  |    |  Philippe Collet Actu-Environnement.com

Associations environnementales, groupes de réflexion et industriels se sont réunis au sein de la plate-forme Biofrontiers pour évaluer les conditions d'un développement soutenable des agrocarbuants de deuxième génération. Leur rapport, publié le 11 octobre, plaide en faveur d'un soutien public aux agrocarburants avancés sous certaines conditions, notamment environnementales. Les enjeux d'usage des sols et de concurrence avec la production alimentaire sont au cœur de ce développement. S'il faut privilégier les carburants produits à partir de déchets verts, la ressource ne devrait pas suffire. Certaines cultures énergétiques sont donc envisagées.

Biofrontiers regroupe des ONG environnementales, notamment Transport & Environnement (T&E), des think-tanks, tel que l'Institut pour la politique environnementale européenne (IEEP) et des entreprises, à l'image du géant de la chimie DuPont. Ces parties prenantes veulent échanger sur les problèmes techniques, économiques et environnementaux associés au développement des agrocarburants avancés.

Usage des sols, intensité carbone et alimentation

Pour réussir à relever les défis posés par les agrocarburants de deuxième génération, c'est-à-dire les carburants produits à partir de sources ligno-cellulosiques, les décideurs politiques doivent appliquer cinq principes dans l'élaboration de la politique européenne des carburants à l'horizon 2030. Ces cinq axes répondent aux enjeux de durabilité, de réduction de l'intensité carbone des carburants, d'incitation économique, de compétition entre acteurs et d'innovation.

Selon les auteurs, les débats sur les émissions liées aux changements indirects d'affectation des sols (Casi ou Iluc en anglais) et sur la compétition entre agrocaburants et alimentation démontrent que les questions environnementales sont essentielles pour assurer la sécurité à long terme des investissements. A ce titre, ils indiquent qu'une récente étude de la Commission européenne démontre que le biodiesel produit à partir d'huile de palme, de soja ou de colza a une intensité carbone plus élevée que le diesel classique. En revanche, les carburants produits à partir de déchets et de résidus "affichent des émissions de carbone très faibles par rapport aux carburants fossiles, de l'ordre de 60 à 90% plus basses". Les résultats sont plus mitigés pour l'éthanol produit à partir de céréales : le recours à certains produits alimentaires peut améliorer l'intensité carbone, alors que l'usage d'autres produits la dégrade.

Le document propose donc deux critères pour établir la stratégie européenne : la réduction de l'intensité carbone des carburants et la protection des ressources alimentaires et environnementales. "Des incitations devraient être liées à la disponibilité de matières premières durables", résument les auteurs.

Des cultures énergétiques sous certaines conditions

Le soutien devrait aller en priorité vers les carburants produits à partir de déchets verts. Ces résidus issus de l'agriculture, de la gestion forestière et de la collecte municipale des déchets devraient s'élever à 220 millions de tonnes en 2020, permettant la production de 41 millions de tonnes d'agrocarburant, soit l'équivalent de 11% des besoins en carburant. Mais cette ressource est convoitée, notamment pour la production de chaleur et d'électricité. Selon les projections, 140 millions de tonnes devraient toutefois rester disponibles. Biofrontiers souhaite que la compétition pour l'usage des déchets verts soit arbitrée en appliquant le crédo de la hiérarchie de traitement prévue par la directive-cadre sur les déchets : encourager les solutions produisant le meilleur résultat global sur le plan de l'environnement.

Les autres ressources envisagées sont des cultures énergétiques. "Dans le passé, l'accroissement des récoltes pour la production énergétique n'était pas soutenable, entrainant des pertes de surfaces forestières, des dégradations d'écosystèmes, des changements d'affectation des sols et des changements climatiques", concède le document. Toutefois, de nombreux systèmes de culture à vocation énergétique peuvent être acceptables, que ce soit pour les industriels qui veulent s'assurer un approvisionnement fiable et à bas coûts ou pour les décideurs et les représentants de la société civile inquiets de l'usage de la biomasse pour la production énergétique. Pour cela, il faut d'abord se tourner vers les terres qui ont "une valeur économique très limitée et sur lesquelles il serait possible d'accroitre la récolte de biomasse sans nuire aux services écosystémiques". Sont notamment visés l'augmentation du débroussaillage de certaines zones, tels que les bords de route, ou la mise en culture de zones marginales et de terre agricoles récemment abandonnées. Les autres solutions proposées visent à améliorer la productivité des terres cultivées en pratiquant les doubles cultures, en plantant des cultures intermédiaires ou en améliorant les rotations. Ces stratégies permettent d'accroître la biomasse récoltée sans déplacer la production existante, plaide Biofrontiers.

Pour s'assurer de réduire l'impact climatique des carburants, le document propose aussi que les objectifs d'incorporation soient formulés en tenant compte des émissions de CO2 directes et indirectes. L'objectif est de favoriser les agrocarburants offrant les meilleures réductions. Pour être efficaces, ces politiques devraient fixer un objectif contraignant réaliste pour 2025 et un objectif ajustable pour 2030, voire 2035. Les objectifs ajustables pourraient être révisés en fonction du niveau réellement atteint en 2025.

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