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L'agroécologie plus rentable que l'agriculture conventionnelle, mais moins aidée

Une étude de France Stratégie propose de corréler les aides aux exploitations à leur score d'exigence environnementale, mais aussi de faire évoluer les pratiques des consommateurs.

Agroécologie  |    |  Agnès Sinaï  |  Actu-Environnement.com
  L'agroécologie plus rentable que l'agriculture conventionnelle, mais moins aidée

Dans une note d'analyse diffusée le 6 août par France Stratégie, Alice Gremillet et Julien Fosse identifient vingt-trois cahiers des charges ou référentiels se revendiquant des grands principes de l'agroécologie, publics et privés, certains bénéficiant de soutiens financiers publics, d'autres non. Les auteurs ont calculé, pour chacun, « un score d'exigence environnementale », c'est-à-dire un indicateur tenant compte de la réduction d'utilisation d'engrais et de pesticides, et de l'importance des pratiques favorables à la préservation de la biodiversité, des sols et des ressources en eau.

Il en ressort deux grandes familles d'exploitations agroécologiques. La première compte les exploitations à haut niveau d'exigences environnementales pour lesquelles l'ensemble du système de production a été repensé, suivant un cahier des charges bénéficiant d'une reconnaissance du consommateur grâce à des labels publics. C'est notamment le cas de l'agriculture biologique (AB). Certification européenne et nationale, l'AB est soutenue par des aides à la conversion de la Politique agricole commune (PAC).

Fin 2018, 7,5 % de la surface agricole utile française et environ 41 600 exploitations agricoles nationales (soit 9,5 % du total) étaient cultivées en bio. La permaculture et trois référentiels privés (Demeter, Nature et Progrès et Bio Cohérence) ajoutent des contraintes supplémentaires aux exigences de l'AB. La certification Haute Valeur environnementale (HVE) tombe aussi dans cette première famille et concerne 5 399 exploitations au 1er janvier 2020.

La seconde famille rassemble, elle, les exploitations dont le système de production, malgré des engagements supplémentaires, reste fondé sur les principes de l'agriculture conventionnelle. Appartiennent à cette famille : les exploitations engagées dans mesures agroenvironnementales et climatiques système de la PAC (MAEC système) qui bénéficient d'aides, les 3 000 fermes économes en intrants du réseau Dephy et les chartes privées telles que Lu'Harmony ou AgriCO2 qui certifient respectivement 1 700 et 2 800 agriculteurs.

Les exploitations bio sont plus rentables

Premier moyen utilisé par les auteurs pour évaluer la rentabilité (hors aides) des référentiels étudiés : l'analyse des données économiques publiées dans la littérature scientifique (INRA, Insee, Cerfrance). Bien que les indicateurs varient (marge brute ou directe, excédent brut d'exploitation…), de même que les échelles de temps et les filières (viticulture, maraîchage, céréales…), leur revue de littérature montre que les exploitations agroécologiques, l'AB en particulier, sont en général plus rentables que les exploitations conventionnelles, alors que leurs exigences environnementales sont élevées.

Pourquoi ? Parce que les exploitations bio réalisent des économies sur les charges en intrants (engrais, produits phytosanitaires) et que les prix des produits bio sont plus élevés. À quoi s'ajoutent des prix moins volatils et une plus grande diversité de productions, assurant dans leur ensemble des rendements plus stables sur le temps long. En 2016 l'excédent brut d'exploitation (EBE) des exploitations conventionnelles en viande bovine était de 3 euros par hectare contre 180 euros en bio. Plus généralement la littérature scientifique montre que le gain de marge directe en AB, quoique très variable selon les productions, est en moyenne de 103 %.

Pour généraliser ces résultats, Alice Gremillet et Julien Fosse ont ensuite modélisé une exploitation en grandes cultures de 100 hectares, en fonctionnement conventionnel d'abord puis avec les contraintes supplémentaires de cinq cahiers des charges : AB, Dephy économe et Dephy très économe en intrants, HVE B et Lu'Harmony. Grâce à quoi ils ont pu estimer et comparer les marges directes globales de cette exploitation type, en conventionnel et sous référentiel. Une manière de simuler sa transition agroécologique pour en tester la rentabilité. Résultat : l'AB est le seul référentiel (parmi ceux testés) à apporter des bénéfices à moyen terme à l'exploitant, avec un gain de marge directe de l'ordre de 25 % au terme de la transition (hors aides de la PAC).

Mieux soutenir la transition agroécologique

Si elles assurent la rentabilité des exploitations européennes, les aides de la PAC ne sont pas proportionnées au service environnemental rendu par les exploitations, ni même au manque à gagner effectif lié à leur transition agroécologique. Pour le montrer, les auteurs de l'étude ont confronté le montant des aides attribuées aux exploitations à leur « score d'exigence environnementale »… et constaté leur décorrélation. En grandes cultures par exemple, les montants totaux d'aides à l'hectare sont plus importants pour les référentiels MAEC systèmes que pour le référentiel AB. Autrement dit : c'est la production moins exigeante du point de vue environnemental qui reçoit plus.

Mieux aider la transition écologique de l'agriculture passe donc par un réel ajustement des aides publiques versées aux efforts financiers consentis par les agriculteurs pour réduire leurs impacts sur l'environnement ou par un changement d'approche permettant de mieux rémunérer le service environnemental rendu, soutiennent les auteurs. Une approche qui pourrait consister en un système de bonus-malus, le produit des malus sur l'usage de pesticides et d'engrais venant financer les bonus aux pratiques agroécologiques par exemple.

Concernant les référentiels étudiés, Alice Gremillet et Julien Fosse formulent trois propositions. Pour les référentiels « à haut score d'exigence environnementale », il apparaitrait nécessaire de renforcer leur reconnaissance par le consommateur pour permettre un consentement à payer rémunérant justement l'agriculteur ; c'est le cas des référentiels HVE.

Pour les référentiels « à haut score d'exigence environnementale» qui présentent, eux, des bénéfices économiques pour les exploitants, il serait souhaitable de mieux tenir compte de la plus grande intensité en main d'œuvre, à l'origine de surcoûts, dans le paramétrage des dispositifs d'aides publiques qui leur sont attribués. Enfin, pour les référentiels « à faible score d'exigence environnementale » mais à coût faible ou nul, il s'agirait de diffuser et de généraliser les bonnes pratiques, notamment en termes de réduction d'usage de pesticides.

Ajuster les aides et mieux soutenir les référentiels à forte exigence environnementale sont des leviers nécessaires mais non suffisants pour développer l'agroécologie. Pour assurer la transition de notre système alimentaire vers la durabilité, les auteurs estiment que ce sont les pratiques des consommateurs qui doivent aussi évoluer, notamment vers un régime moins et mieux carné.

Réactions12 réactions à cet article

 

CQFD ! Bien des points de cette étude sont particulièrement éclairants, tels :
- "[...] les aides de la PAC ne sont pas proportionnées au service environnemental rendu par les exploitations, ni même au manque à gagner effectif lié à leur transition agroécologique." : pour qui observe le monde agricole tel qu'il est actuellement, c'est une évidence ! A quand enfin une PAC juste, équitable et écologique ?
- "[...] c'est la production moins exigeante du point de vue environnemental qui reçoit plus." : illustration parfaite de ce qu'est le véritable agribashing, celui qui sévit implacablement et férocement au sein même de la profession ! Cela ne soulève cependant pas le moins du monde l'ire de certains "défenseurs" d'une agriculture certes plus politique et financiarisée que nourricière...,
- "Mieux aider la transition écologique de l'agriculture passe donc par un réel ajustement des aides publiques versées aux efforts financiers consentis par les agriculteurs pour réduire leurs impacts sur l'environnement" : ce qui implique de repenser le paiement à l'hectare qui favorise les grandes cultures, l'agrandissement et les pratiques les plus intensives au détriment des paysans et de la protection de l'environnement.
Merci donc aux auteurs de cette étude aux conclusions limpides et aux propositions frappées au coin du bon sens, tout à l'opposé de certains dogmatismes, bien ancrés et âprement défendus par leurs adeptes, qui déciment la paysannerie et saccagent l'environnement !

Pégase | 12 août 2020 à 09h47
 
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En réalité , les exploitations bio sont plus rentable tant qu'il y a un manque. Ensuite elles deviendront comme les autres, mal rémunérées pour que les structures financières puissent se gaver. De plus en plus de pesticides sont aujourd'hui utilisé en bio, même ceux de synthèse.
Comme le souligne le cheval ailé, ceux qui reçoivent le plus sont les gros pollueurs.
Mais pourtant les ONG défendant la nature reçoivent des aides pour condamner les petits élevages respectueux de la nature et des animaux : Ecologiquement, la montagne n’a pas besoin de moutons Les éleveurs ont besoin d’alpages, mais l’inverse n’est pas vrai. L’idée que le bétail serait utile pour " entretenir " la montagne renvoie à une image symbolique de celle-ci, mais ne correspond à aucune réalité biologique ou écologique.
Et ces mêmes ONG lorsque elles demandent des subventions : "Le pastoralisme est aujourd'hui considéré comme une solution durable a l'entretien des milieux en faveur de la biodiversité.

Cela fait des années que les petits producteurs demandent un réajustement des aides et voilà qu'il a fallu une étude pour en parler et faire réagir les évangélistes.

Et en conclusion c'est le consommateur qui fait la différence et tant qu'il économisera sur la bouffe pour acheter des produits inutile et polluant, les moralisateurs ailés continueront a faire du vent!

ouragan | 13 août 2020 à 09h40
 
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Et l'agribashing revit avec Pegase qui ne connait que la loi de Brandolini qui veut que dire et publier des âneries et d'énormes bêtises ne coute rien par rapport à l'énorme énergie qu'il faut dépenser pour les contrer.

zhaooo2000 | 13 août 2020 à 09h54
 
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C'est une expression habituelle "les betteraviers!, riches agriculteurs des plaines de Beauce ou de la Brie qui engrangent les aides de l'Europe.
Il y a néanmoins beaucoup d'agriculteurs respectueux à minima de normes écologiques ou de bon sens.
Mais la canicule vient de remettre les pendules à l'heure, tout le monde dans le même bateau, il faut de l'eau et se battre contre des gens que le métier ne concerne pas, vu dans la Sarthe totalement démunie un jeune débutant en bio, en butte, brf et tout le tralala, récolte totalement détruite.

pemmore | 13 août 2020 à 10h24
 
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Une meilleure reconnaissance des référentiels par le consommateur pour "permettre un consentement à payer rémunérant justement l'agriculteur" c'est une bien jolie phrase mais il n'y a pas que le référentiel qui joue pour le consommateur. Il pourrait connaitre le cahier des charges par coeur que payer une tomate 10€ serait toujours trop demander surtout quand il sait que le gros de la marge part au distributeur et qu'en face les produits conventionnels sont subventionnés.
Si tout le système s'entend à arnaquer le consommateur, il faut pas s'attendre à ce qu'il l'accepte gentiment. En plus, si le bio marche aussi bien c'est que le consommateur a fait sa part. Maintenant si l'on veut élargir la clientèle à une autre population que les "désinformés des risques sanitaires" (pour rester poli), c'est au système de s'engager.

Évidemment je crispe sur un détail sinon l'article est très claires et sonne très juste.

bIBU | 13 août 2020 à 11h03
 
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Une meilleure reconnaissance des référentiels par le consommateur pour "permettre un consentement à payer rémunérant justement l'agriculteur" c'est une bien jolie phrase mais il n'y a pas que le référentiel qui joue pour le consommateur. Il pourrait connaitre le cahier des charges par coeur que payer une tomate 10€ serait toujours trop demander surtout quand il sait que le gros de la marge part au distributeur et qu'en face les produits conventionnels sont subventionnés.
Si tout le système s'entend à arnaquer le consommateur, il faut pas s'attendre à ce qu'il l'accepte gentiment. En plus, si le bio marche aussi bien c'est que le consommateur a fait sa part. Maintenant si l'on veut élargir la clientèle à une autre population que les "désinformés des risques sanitaires" (pour rester poli), c'est au système de s'engager.

Évidemment je crispe sur un détail sinon l'article est très claires et sonne très juste.

bIBU | 13 août 2020 à 11h33
 
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En réalité , les exploitations bio sont plus rentable tant qu'il y a un manque. Ensuite elles deviendront comme les autres, mal rémunérées pour que les structures financières puissent se gaver. De plus en plus de pesticides sont aujourd'hui utilisé en bio, même ceux de synthèse.
Comme le souligne le cheval ailé, ceux qui reçoivent le plus sont les gros pollueurs.
Mais pourtant les ONG défendant la nature reçoivent des aides pour condamner les petits élevages respectueux de la nature et des animaux : Ecologiquement, la montagne n’a pas besoin de moutons Les éleveurs ont besoin d’alpages, mais l’inverse n’est pas vrai. L’idée que le bétail serait utile pour " entretenir " la montagne renvoie à une image symbolique de celle-ci, mais ne correspond à aucune réalité biologique ou écologique.
Et ces mêmes ONG lorsque elles demandent des subventions : "Le pastoralisme est aujourd'hui considéré comme une solution durable a l'entretien des milieux en faveur de la biodiversité.

Cela fait des années que les petits producteurs demandent un réajustement des aides et voilà qu'il a fallu une étude pour en parler et faire réagir les évangélistes.

Et en conclusion c'est le consommateur qui fait la différence et tant qu'il économisera sur la bouffe pour acheter des produits inutile et polluant, les moralisateurs ailés continueront a faire du vent!

ouragan | 13 août 2020 à 14h02
 
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Je ne fais guère ici que citer des passages de l'article de Mme Sinaï reprenant l'étude en question, zhaooo2000. Ce n'est donc pas moi qui écrit ce que vous considérez comme des "bêtises" et des "âneries" mais d'autres personnes, lesquelles s'ajoutent à d'autres encore, de plus en plus nombreuses, dans de plus en plus de médias mais aussi au bureau, au lycée, en famille, etc. bref un peu partout désormais dans la société. Il y a bien une montée en puissance claire et nette de la remise en cause sociétale du modèle agricole dévastateur que vous défendez bec et ongles. Sinon, pourquoi FNSEA et JA auraient-ils contraints l'Etat à créer la brigade de Gendarmerie Démeter pour "lutter" contre "l'agribashing", si ce n'est pour faire contre-feu ?
Votre copain Brandolini et vous-même ne risquez donc pas d'être désoeuvrés...

Pégase | 13 août 2020 à 16h42
 
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ouragan, vous répétez tellement vos mêmes arguments en boucle que vous ne vous êtes même pas rendu compte que vous nous gratifiez deux fois du même message. L'art et la manière d'un ouragan de "faire du vent" ?

Pégase | 13 août 2020 à 16h51
 
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C'est Pégase le rédacteur en chef désormais sur ce média.
Félicitations à lui. Très bon censeur !
Pas certain que l'on y gagne...
Allez, courage.

Albatros | 02 septembre 2020 à 10h33
 
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Veuillez me pardonner, Albatros, si les sujets d'environnement me passionnent et que j'apprécie la possibilité de réagir au sein des forums ouverts par Actu environnement. Car oui, je ne suis pas prêt d'arrêter, ne vous en déplaise.
Courage à vous. Et au boulot car, après vos vacances, vous avez du retard sur pas mal d'articles !

Pégase | 08 septembre 2020 à 21h17
 
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Pégase. Egalement passionné et pas enclin à continuer à me faire traiter d'assassin ou de complice de pollueurs du simple fait que je ne partage pas du tout certains de vos avis, notamment sur l'arnaque majuscule du bio !
Merci. de la discussion devrait jaillir une certaine lumière...

Albatros | 14 septembre 2020 à 13h29
 
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