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L'agroforesterie, un levier écologique à développer

Calquée sur des modèles de production anciens, l'agroforesterie intéresse de plus en plus d'agriculteurs français. Mais l'accompagnement technique mériterait de s'étoffer pour impulser une vraie dynamique sur le territoire.

Agroécologie  |    |  Rémi Pin  |  Actu-Environnement.com
L'agroforesterie, un levier écologique à développer

Pour la première fois cette année, le Concours général agricole récompensait les pratiques d'agroforesterie lors du Salon de l'agriculture. « Ce n'est sans doute pas en remettant des prix que l'on fera avancer les choses », remarque Fabien Balaguer, directeur de l'association française de l'agroforesterie (AFAF), mais il est positif que ce concours, propriété du Ministère de l'agriculture et de l'alimentation, distingue une pratique agroécologique encore discrète qui intéresse de plus en plus d'agriculteurs.

Tout commence par une motivation personnelle

Parmi les lauréats, La Fabrique Végétale à Lumigny (Seine-et-Marne) a remporté la catégorie « Implantation ». L'agroforesterie, son exploitant Rémi Seingier l'a découvert en 2008 lors d'un voyage au Brésil. En décembre 2014, il plante les premiers arbres sur ses parcelles. Cinq ans plus tard, on compte 1700 arbres et 9000 arbustes sur ses champs de céréales, oléagineux et légumineuses. « Des chênes et des saules sur les zones humides, des acacias et merisiers sur des zones sèches, précise l'agriculteur. Chacune des 19 essences d'arbres a une utilité et un emplacement réfléchi. »

Côté arbustes, les noisetiers et les groseilliers apportent des fruits qui offriront à terme un complément de revenu. Ils sont aussi sélectionnés en fonction de leur fréquence de floraison pour nourrir les abeilles pendant de longs mois et équilibrer la faune présente dans le champ. Taillés tous les cinq ans, le bois des arbustes fournira du bois raméal fragmenté (BRF) qui fertilisera le sol de l'exploitation. Jardinier paysagiste de formation avant de reprendre l'exploitation familiale, se lancer dans l'agroforesterie est un choix personnel pour Rémi Seingier qui correspond à « sa vision de l'agriculture ». Il a pensé seul son modèle d'agroforesterie en s'appuyant sur la littérature, puis en le soumettant à des professionnels comme ceux de l'AFAF.

« Pas de chemin tout tracé »

Créée en 2007, l'association française de l'agroforesterie travaille au développement et à la promotion de l'agroforesterie sur le territoire, et entend redonner à l'arbre une place de choix au sein des systèmes agricoles. « Attention, il ne suffit pas de planter quelques arbres pour faire de l'agroforesterie, tempère le directeur de l'association. Il y a beaucoup de façons de faire de l'agroforesterie, presque autant de formes que de champs. Il n'y a pas de chemin tout tracé, c'est un emboîtement d'agronomie et de gestion durable des territoires. »

 
Remettre l'arbre dans l'économie, c'est donner de nouveaux outils à une agriculture qui va très mal.  
Fabien Balaguer, directeur de l'association française de l'agroforesterie
 
L'agroforesterie, c'est renouer avec les modèles traditionnels perdus. Plus d'un million de kilomètres de haies ont été arrachés au XXe siècle. La destruction de ce capital écologique a été maximale entre 1950 et 1980, du fait des politiques de remembrement et de retournement des prairies. Beaucoup souhaitent maintenant revenir en arrière. Les bénéfices reconnus de l'agroforesterie sont multiples : diversifier la production, restaurer la fertilité du sol, stocker du carbone, garantir la qualité et la quantité de l'eau, améliorer les niveaux de biodiversité et reconstituer une trame écologique… « Il n'y a pas d'agriculture durable sans arbre, garantit Fabien Balaguer. L'arbre peut produire des fruits, du fourrage d'appoint, du bois énergie, du bois fragmenté. Il est la base du sol fertile dans un paysage fertile. Remettre l'arbre dans l'économie, c'est donner de nouveaux outils à une agriculture qui va très mal. »

L'efficacité de l'agroforesterie repose sur une grande diversité d'essences, de techniques, d'aménagement. Et c'est peut-être ce qui rend la tâche moins facile. «Il n'y a pas ici de recettes comme pour le bio, où l'on suit un cahier des charges, explique Fabien Balaguer. C'est plus compliqué, le manuel n'existe pas. Il s'agit d'un changement de paradigme. »

Un manque de soutien technique

Pour la réussite des projets agroforestiers, l'association prône le collectif. « Comme il faut tout reconstruire, il faut le faire collectivement pour aller plus vite, conseille Fabien Balaguer. Tous ceux qui s'y mettent doivent le faire en réseau local. Il faut une animation territoriale qui implique collectivités, agences de l'eau, paysagistes… »

L'effort collectif permettra aussi de réduire la main d'œuvre et les coûts. Car si les premiers bénéfices écologiques se constatent après cinq années en moyenne, il faudra attendre dix à quinze ans pour voir les premières retombées économiques selon le système mis en place. Des aides européennes à la plantation existent, des financements privés peuvent également être trouvés. « Il y a une multitude d'aides qui existent, confirme Rémi Seingier, et là encore, mieux vaut être accompagné pour y voir clair. »

Une tendance à la hausse

Même s'il est compliqué de quantifier la part de parcelles recourant à l'agroforesterie, une étude du Ministère de l'agriculture en comptait 945 000 hectares en 2014 en France métropolitaine. L'AFAF estime que la tendance est à la hausse, avec environ un million d'hectares et 12 000 agriculteurs concernés.

Syndicats de rivière, chambres d'agriculture, forestiers, représentants des parcs naturels… Tous ces organismes aident et conseillent les agriculteurs à s'engager dans l'agroforesterie. Mais encore faut-il qu'ils en aient les moyens. « Il y a un vrai point bloquant, regrette Fabien Balaguer : un accompagnement technique pas assez développé. Le maillage du territoire n'est pas assez fin, et on manque d'expertise dans beaucoup de territoires. » Des associations comme Agrof'Île - Agroforesterie et Sols vivant en Île-de-France – (créée en 2016) voient le jour pour accompagner les agriculteurs dans leurs projets.

« Nous avions connu un vrai tournant lorsque Stéphane Le Foll était ministre de l'Agriculture, cinq années très motivantes où beaucoup de choses ont changé, explique Fabien Balaguer. Depuis on constate plutôt une passivité sur le sujet, il n'y a plus vraiment l'incitation qui existait auparavant ». Initié en 2015, le plan national de l'agroforesterie doit faire le point en 2020 des actions conclues avec succès, des actions à poursuivre, et des nouveaux enjeux identifiés.

Réactions1 réaction à cet article

 

A l'inverse de l'écrasante majorité de ses prédécesseurs et successeurs, Stéphane LE FOLL cultivait une certaine indépendance vis-à-vis de la FNSEA. En allant manifester régulièrement sous les fenêtres de sa maison, elle a tenu à lui faire savoir qu'elle ne concevait pas qu'un ministre de l'agriculture puisse prendre une quelconque distance avec ses diktats.
Didier GUILLAUME est à ce titre parfaitement conforme au modèle imposé, lui qui répète sans broncher les déclarations du syndicat dominant (cf l'appel à aller travailler sur les exploitations agricoles coutumières d'une main d'oeuvre composés d'étrangers corvéables à merci mais introuvables en ces temps de pandémie).
Rien d'étonnant donc à ce que l'association française d'agroforesterie n'ait plus de contact avec le ministère : un vent mauvais souffle à nouveau sur la plaine agricole.

Pégase | 31 mars 2020 à 21h17
 
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