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Air intérieur : l'Anses appelle à renforcer la prévention contre les moisissures

L'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) prévient des impacts des moisissures dans les bâtiments sur la santé respiratoire. Alors qu'entre 14 et 20% des logements en France sont touchés, elle appelle à faire évoluer la réglementation.

Bâtiment  |    |  Rachida BoughrietActu-Environnement.com

L'humidité sur les murs et les plafonds de l'habitat, qui repart de plus belle en automne, favorise le développement des moisissures - des champignons microscopiques -, avec une ventilation, une isolation ou un chauffage inefficaces ou déficients.

Les moisissures libèrent des structures de reproduction, les spores, qu'on retrouve en suspension dans l'air et qui sont ainsi dispersées. Elles peuvent aussi synthétiser des substances chimiques (mycotoxines ou composés organiques volatils microbiens) qui seront contenues dans les spores ou libérées dans l'air. Cette contamination fongique dans le bâtiment "constitue un problème fort de santé publique" au vu de "la part importante" des logements concernés en France (entre 14 et 20%), prévient l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) dans son rapport d'expertise.

Des effets avérés sur la santé respiratoire

L'Anses confirme l'existence d'"effets avérés" sur le développement de l'asthme chez les enfants, après avoir passé en revue la littérature scientifique et les dernières études épidémiologiques. L'asthme s'aggrave chez les jeunes enfants exposés au champignon Penicillium. L'Anses confirme également l'incidence et la prévalence de l'asthme chez l'adulte exposé sur son lieu de travail (bâtiments ayant connu d'importants dégâts des eaux). La plupart de ces données sont issues de Finlande qui a reconnu l'asthme comme maladie professionnelle chez l'adulte exposé sur son lieu de travail à l'humidité et aux moisissures.

La corrélation entre l'exposition aux moisissures visibles et le risque de rhinite allergique a aussi été établie "mais d'autres études longitudinales sont nécessaires pour apprécier la causalité", estime l'Anses. Des premières données ont aussi démontré des effets neurologiques : une altération de la fonction cognitive, en cas d'exposition supérieure à deux ans des enfants dès la petite enfance.

Les populations les plus à risques, rappelle l'Agence, sont : les enfants dès leur naissance, les enfants et adultes asthmatiques, les individus prédisposés à développer des allergies (atopiques) ou présentant une hypersensibilité, ainsi que les patients immunodéprimés ou atteints de pathologies respiratoires chroniques (BPCO).

Sont également concernées les populations potentiellement surexposées du fait de caractéristiques socio-économiques défavorables, comme la précarité énergétique ou une sur-occupation du logement. Une "vigilance particulière est nécessaire" vis-à-vis de ces populations fragiles, alerte l'Anses.

Pas de norme spécifique en France

Or, en France, la règlementation est axée sur la gestion globale de l'habitat sans exigence spécifique concernant la contamination par des moisissures. "Différentes notions d'habitat sont définies par la réglementation : habitat insalubre, indigne et indécent. Ces notions ont été élaborées dans des objectifs distincts et impliquent des responsables et acteurs différents. C'est un domaine complexe, avec de nombreux acteurs impliqués où les responsabilités sont souvent mal définies et associées à des difficultés de travail en commun et d'échanges entre les acteurs sur un même territoire", pointe l'Agence. Les compétences des professionnels, chargés d'évaluer la contamination fongique des habitats, sont "hétérogènes ou insuffisantes", ajoute-t-elle. Cette évaluation est réalisée principalement par une inspection visuelle par un personnel de l'Agence régionale de santé (ARS) (technicien ou ingénieur sanitaire) ou par un personnel de service communal d'hygiène et santé (SCHS) ou un conseiller en environnement intérieur (CEI) pour caractériser un habitat insalubre. L'Anses pointe aussi le manque de formation des professionnels du bâti en matière de travaux de remédiation d'humidité et de moisissures.

Une amélioration des connaissances des acteurs du bâtiment "concernant l'identification des causes et la proposition d'interventions efficaces afin de supprimer ou réduire l'humidité et les moisissures dans le bâti devraient figurer dans les priorités de l'action publique française", juge l'Anses. Elle appelle à faire évoluer les dispositifs réglementaires existants (distinguant l'habitat insalubre, indigne et indécent) pour inclure "une gestion harmonisée et explicite des moisissures". Elle recommande également d'intégrer dans la prochaine réglementation thermique (RT 2020) des bâtiments neufs le contrôle systématique du fonctionnement des systèmes de ventilation à la réception des travaux.

Evaluer la flore fongique et la surface moisie

L'Anses préconise également de ne pas dépasser des concentrations en flore fongique supérieures à 1.000 UFC/m3 (unités formant colonie par mètre cube d'air), considérées comme "anormalement élevées" par différents organismes internationaux. "Une recherche des causes ainsi qu'une intervention par un professionnel labellisé pour la remédiation est alors recommandée". Elle propose aussi d'instaurer des niveaux de surfaces moisies pour évaluer leur contamination au niveau des pièces à vivre. Avec, pour le niveau faible, une surface inférieure à 0,2 m2 (trois feuilles A4) et pour le niveau le plus élevé, une surface supérieure à 3 m2 (critères d'insalubrité) nécessitant des mesures de remédiation.

Concernant les professionnels exposés, l'Anses recommande aussi d'évaluer la surface moisie et de réaliser des prélèvements pour une caractérisation qualitative et/ou quantitative de la flore fongique (surfaces, air, poussières), si déclaration d'asthme professionnel. Elle préconise que l'asthme consécutif à une exposition aux moisissures sur le lieu de travail "puisse être reconnu au titre de la réparation en envisageant une mise à jour de la liste limitative des travaux susceptibles de provoquer les affections des rhinites et asthmes professionnels dans le tableau n° 66 du régime général de la sécurité sociale comme c'est le cas en Finlande".

L'Anses recommande par ailleurs d'améliorer le recueil et le traitement des signalements relatifs au développement de moisissures dans le bâti rapportés par les occupants. "Par exemple, par le biais de la mise à disposition d'une fiche de signalement standardisée en mairie (interface en ligne disponible également) comme en Suède."

Réactions1 réaction à cet article

 

Voilà le résultat de la politique d' isolation à tout va et de fenêtres étanches à grand renfort d' aides publiques! Les lobbies ont encore fait du bon travail!

Aérophile | 15 novembre 2016 à 09h58
 
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