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Gaz de schiste : Alcimed pointe la perte de compétitivité de l'industrie chimique européenne

Face au regain de compétitivité du secteur chimique américain, qui bénéficie du gaz de schiste peu cher, Alcimed suggère de réduire les coûts en Europe. Au cœur de cette réduction des coûts : un accès à l'énergie à prix compétitif.

Energie  |    |  Philippe ColletActu-Environnement.com

L'exploitation du gaz de schiste aux Etats-Unis impacte négativement l'industrie chimique européenne, estime Alcimed. "Si les énergéticiens européens se retrouvent en première ligne, ils ne sont pas les seuls acteurs impactés", avance le cabinet de conseil, lundi 23 juin, précisant que "des industriels européens pâtissent aussi de la nouvelle donne concurrentielle, à l'instar du secteur de la chimie". Pour contrer ce problème, il recommande aux chimistes de réduire drastiquement leurs coûts, et tout particulièrement ceux liés à l'approvisionnement en énergie et matière première.

La compétitivité de l'industrie chimique est sur le devant de la scène actuellement. En effet, cette étude intervient alors que Fréderic Barbier, député PS du Doubs, a publié fin avril un rapport d'information plaidant en faveur des entreprises énergo-intensives européennes, afin qu'elles accèdent à une énergie à bas coût. Au cœur de la démonstration se trouvait l'argument central repris aujourd'hui par Alcimed : les industriels européens, et en particulier ceux du secteur chimique, sont menacés par leurs concurrents nord-américains qui bénéficient de l'exploitation des hydrocarbures non conventionnels. Un argument que devrait reprendre prochainement l'Union des industries chimiques (UIC) qui présentera le 10 juillet un rapport "stratégie gaz" commandé au cabinet Carbone 4.

Actuellement, les industriels français militent, entre autres, pour obtenir un accès à l'énergie à bas coût, à l'image de l'exonération partielle du tarif d'acheminement de l'électricité, le Turpe, obtenue par les électro-intensifs et en passe d'être pérennisée dans la loi de transition énergétique.

Le triple avantage des industriels américains

Selon Alcimed, la situation actuelle impliquerait un triple avantage compétitif pour l'industrie chimique nord américaine.

Le premier, souvent mis en avant, est lié à la baisse du prix du gaz aux Etats-Unis. "L'accroissement rapide et constant de l'offre de gaz a entraîné une forte baisse de son prix, renforcée par la crise économique de 2009", rappelle Alcimed, précisant qu'"établi en moyenne à 9 dollars par million de British thermal unit ($/MBtu) en 2008, le cours du gaz naturelatteignait moins de 3 $/MBtu en 2012 sur le marché américain". En Europe, le prix du gaz en 2012 était de l'ordre de 11,5 $/MBtu. Alcimed juge que l'écart de prix est "sans doute durable".

Le deuxième avantage est lié au prix de l'électricité qui a bénéficié de la chute des cours du gaz. En effet, de nombreux électriciens ont substitué le gaz au charbon, dont les cours étaient haussiers, "permettant aux industries électro-intensives de profiter indirectement de la baisse des coûts du gaz". Pire, selon Alcimed, la situation européenne est aggravée par une hausse des prix de l'électricité "en raison des politiques environnementales sur l'intégration des énergies renouvelables et les quotas CO2".

Enfin, Alcimed rappelle que la production de liquides de gaz naturel, c'est-à-dire la production d'éthane, propane ou encore de butane, associée à la production de gaz a elle aussi progressé. "La valorisation des gisements riches en liquides est, en effet, plus intéressante que celle du méthane, ceux-ci étant des matières premières pour l'industrie chimique", explique le cabinet de conseil. En conséquence, le prix de l'éthane a chuté de 55% entre 2008 et 2012. Or, "l'industrie pétrochimique américaine est principalement consommatrice d'éthane comme matière première", alors que "l'industrie pétrochimique européenne a construit son modèle autour de l'utilisation du naphta, dont le prix a augmenté de 19% sur la période 2008-2012". Equivalents en 2005, les coûts de production de l'industrie chimique européenne sont aujourd'hui trois fois plus élevés que ceux de son homologue outre-Atlantique.

"Par conséquent, la relocalisation d'activités chimiques sur le sol américain est observée, stimulée par de faibles coûts de production", conclut Alcimed. Avec des investissements de l'ordre de 72 milliards de dollars entre 2012 et 2020, "un nouveau choc de compétitivité [est annoncé] lorsque ces unités de production seront mises en route"… Elles devraient l'être progressivement à partir de 2016 et 2017.

Réduire la facture énergétique

Malgré tout, des "marges de manœuvre étroites" existent, selon Alcimed qui cite trois pistes "en alternative à l'utilisation des gaz de schiste". "Une réduction drastique des coûts doit être engagée", plaide Alcimed.

Le premier point avancé est la diversification des matières premières. Cela "permet de diminuer la dépendance liées à l'indexation des prix sur le cours du pétrole", avance le cabinet de conseil qui suggère que "les gouvernements peuvent jouer un rôle dans la négociation de contrat fournisseur pluri-partenaire et la mise en place de statuts préservant la compétitivité économique des acteurs fortement impactés".

Autre moyen pour réduire la facture énergétique : la mutualisation des flux d'énergie et de matières premières. "La création de plateformes chimiques intégrant plusieurs entreprises [donne] lieu à des économies d'échelle", indique Alcimed qui plaide en faveur de sites multi-flux regroupant plusieurs partenaires.

Enfin, l'industrie chimique doit opérer un glissement vers des produits à plus forte valeur ajoutée, et à une plus grande proximité avec les clients finaux pour mieux répondre à leurs attentes.

Réactions5 réactions à cet article

 

Utiliser un combustible très nocif pour l'environnement pour produire des produits nocifs pour la population et l'environnement tout en permettant aux dirigeants de tout ce système de s'en mettre pleins les poches et de continuer à dégrader l'environnement et la santé de la population afin que celle-ci consomme davantage de leurs produits.
Voilà la voie sans issue que nous proposent de suivre les américains et les aficionados de leur course effrénée et tout ça sous couvert de compétitivité ! Non mais de qui se moque-t'on ? Il suffirait de choisir le respect environnemental et humain comme système de référence et tout changerait. Si seulement les humains pouvaient avoir plus d'estime pour eux, leurs prochains et l'environnement dans lequel ils vivent !

lebionico | 25 juin 2014 à 17h40
 
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Malheureusement, les humains ont plus de respect pour le $ que pour quoi que ce soit d'autre.
Petite parenthèse, il me semblait que notre industrie nucléaire nous garantissait des prix d'énergie très faible ... visiblement non.

Par ailleurs, on ne sait plus comment le dire à ces gens, mais le gaz de schiste en Europe n'équivaut pas au GDS aux USA !
Moins de ressources, plus de contraintes d'exploitations font que cette "ressource" sera de la poudre aux yeux. Rien de plus.

Terra | 26 juin 2014 à 15h54
 
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Pour ceux qui aiment croire aux miracles des gaz de schistes, le PIB des USA a chuté de 2.9% au dernier trimestre, pour une prévision de -1.7%, de quoi relativiser l'effet sur l'économie de cette énergie aussi polluante que le charbon.

JFK | 26 juin 2014 à 18h32
 
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Je ne sais pas s'il est décent de se réjouir de la disparition de l'industrie chimique en Europe car la chimie est porteuse de progrès en matière de développements technologiques, y compris pour ceux qualifiés des plus "vertueux" par nos parangons de vertu. Deux exemples:
1. Produits pour le traitement de l'eau
2. Produits pour le bâtiment, l'automobile, les éoliennes...: résines, composites
Je ne parle pas ici (dans ce fil anti-agricole) des nécessaires fertilisants mais il est important de noter que N, P, K restent nécessaires pour l'agriculture: les sols doivent être équilibrés en ces éléments pour demeurer fertiles.

Albatros | 27 juin 2014 à 09h51
 
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Le cout du nucléaire a été largement sous-estimé en terme de sécurité des ouvrages et du cout du démantèlement qui doit être pris en compte sur le cout du kwh.
Aujourd'hui on peut faire un parralèle avec le gaz de shiste dont le cout est sous-estimé car on n'est pas encore capable de quantifier le cout environnemental de telles activités qui risque d'être conséquent et difficilement maitrisable.
On profite d'un cout bas très temporaire en sachant pertinamment que ce cout va grimper en flèche quand on demandera aux producteurs de maitriser leurs impacts...
Le gaz de shiste est un clair exemple d'opportunisme ponctuel qui va profiter aux précurseurs et impacter l'environnement et la qualité de vis de nos générations futures...

kiwi38 | 30 juin 2014 à 17h25
 
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