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En Allemagne, l'autoconsommation collective redistribue les rôles

Très en avance sur l'autoconsommation, l'Allemagne a décidé en juillet 2017 de favoriser les installations collectives. De nouveaux acteurs et offres apparaissent, redistribuant les rôles et les responsabilités. PwC s'est penché sur cette expérience.

Energie  |    |  Sophie FabrégatActu-Environnement.com
Environnement & Technique N°379 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°379
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Alors que la France vient d'adopter son cadre réglementaire sur l'autoconsommation et que les réflexions se poursuivent, le cabinet d'audit PwC met en lumière l'expérience allemande qui a misé, depuis 2012, sur le modèle de l'autoconsommation et cible désormais l'autoconsommation collective.

Résultat : le pays compte 500.000 installations en autoconsommation , quand la France en recense 20.000. "Depuis 2012, l'autoconsommation s'impose en Allemagne comme le modèle par défaut pour toute nouvelle installation photovoltaïque dans le secteur résidentiel. Chaque nouvelle installation est d'ailleurs dimensionnée pour optimiser le taux d'autoconsommation et maximiser ainsi le rendement financier de l'opération", souligne PwC.

Le contexte allemand est particulièrement favorable à l'autoconsommation : le prix du kilowattheure pour les particuliers y est deux fois plus élevé qu'en France, et l'Allemagne a décidé, dès 2010, de baisser ses tarifs d'achat de l'électricité produite. Les installations d'autoconsommation, même avec stockage, apparaissent donc rentables. L'Allemagne en compterait 60.000 aujourd'hui.

Un nouveau cadre pour l'autoconsommation collective

En juillet 2017, l'Allemagne a décidé de prendre un nouveau virage, en ciblant cette fois le marché des locataires, qui représenteraient la moitié de la population et plus de trois millions de logements. Jusque-là, les installations photovoltaïques installées sur le toit d'un immeuble ne pouvaient fournir que les parties communes. La loi "Gesetz zur Förderung von Mieterstrom", entrée en vigueur à l'été 2017, permet désormais de fournir aussi les logements de ces immeubles.

Dans le nouveau dispositif, les pouvoirs publics couvrent le risque porté par le fournisseur. En effet, si certains locataires refusent de recourir à l'électricité produite en toiture, le fournisseur devra l'injecter dans le réseau à un prix de rachat inférieur au prix de vente aux locataires. Il reçoit donc une compensation additionnelle entre 2,2 et 3,8 Cent/kWh pour l‘énergie consommée sur place.

© PwC
 
Les rôles sont redistribués, les responsabilités aussi

Ce nouveau modèle redessine les relations entre acteurs intervenant sur toute la chaîne (installateur fournisseur, consommateur…). De nouveaux entrants apparaissent (agrégateurs, opérateurs d'effacement…). Des offres innovantes émergent, sur le partage de la production d'électricité, "soit physiquement (principe du Mieterstrom dans l'habitat collectif) ou sinon de manière virtuelle via une plateforme connectant des pairs (en l'occurrence des consomm'acteurs)". Selon PwC, "le fournisseur Sonnen revendique pour sa plateforme 10.000 utilisateurs. Enfin, certaines plateformes d'échange sont même déconnectées de la fourniture d'énergie !".

Les rôles se redistribuent. Le fournisseur aura intérêt à valoriser sa production les jours sans soleil et en absorbant le surplus de production des autoconsommateurs. Ces derniers auront de nouvelles attentes par rapport à leur fournisseur : "La relation ne passe plus par un besoin d'achat d'électrons mais plutôt une assurance couvrant les besoins du quotidien en cas d'insuffisance ou de rupture de l'autoproduction". Ils pourront aussi préférer revendre leur surplus de production à un tiers ou rejoindre une communauté énergétique pour mutualiser leurs productions et leurs consommations.

"Mais la désintermédiation apparente proposée par les plateformes ne doit pas faire oublier l'impératif essentiel d'équilibrer l'offre et la demande dès qu'il s'agit de réseau. La revente directe de la production pousse en effet l'autoproducteur dans le rôle de fournisseur et soulève donc la question de la responsabilité d'équilibre et des obligations face au réseau", analyse PwC.

La solidarité énergétique en question

Ces nouveaux flux posent également la question du financement des réseaux et du système énergétique. Le développement de l'autoconsommation interroge sur "la valeur d'usage du réseau (élément indispensable ou valeur assurantielle ?), qui finance tout ce qui ne relève pas du pur électron (transport/distribution/ taxes) et il perturbe les mécanismes fondamentaux de péréquation tarifaire et de timbre-poste", souligne PwC. En France, la Commission de régulation de l'énergie (CRE) a mis la solidarité énergétique au cœur de ses réflexions sur l'autoconsommation. Si, a priori, le fait de produire et de consommer sur place permet de limiter les pertes et les renforcements du réseau, "l'augmentation de la volatilité des flux peut engendrer de nouveaux coûts pour le réseau et impose une modification du modèle de la tarification", analyse le cabinet d'audit.

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