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''Si on arrive à aller vers de la programmation conjointe, l'Alliance des sciences de la mer fera œuvre utile''

L'une des propositions retenues dans le cadre du Grenelle de la Mer est la création d'une Alliance nationale des sciences de la mer. Jean-Yves Perrot, PDG de l'Ifremer revient sur les enjeux de cette évolution du monde de la recherche marine, qui rappelle celle d'autres secteurs de la recherche.

Interview  |  Biodiversité  |    |  Camille Saïsset  |  Actu-Environnement.com
   
''Si on arrive à aller vers de la programmation conjointe, l'Alliance des sciences de la mer fera œuvre utile''
Jean-Yves Perrot
PDG de l'Ifremer
   
AE : L'une des propositions retenues dans le cadre du Grenelle de la Mer destiné à définir une stratégie maritime nationale à long terme est la construction d'un réseau partenarial des recherches marines. D'où provient cette nécessité ?
Jean-Yves Perrot :
Nous sommes arrivés à cette proposition de création d'une Alliance des sciences de la mer au terme d'un double constat sorti du Grenelle. D'une part, un besoin accru de recherche s'exprime dans le domaine marin. D'autre part, les divers acteurs institutionnels que sont les collectivités locales, les ONG, les associations et les professionnels de la mer constatent une fragmentation des sciences marines, à un moment où se ressent le besoin d'une approche intégrée et d'une meilleure visibilité des différentes problématiques liées à la mer.

AE : Quels sont les principaux acteurs de la recherche scientifique impliqués dans les sciences de la mer ?
JYP :
La communauté des sciences marines est à la fois peu nombreuse par rapport à d'autres grandes communautés scientifiques (biomédicale, agronomique…), moins relayée socio-politiquement que d'autres, et surtout très émiettée. On y trouve l'IPEV pour l'océanographie polaire, l'Ifremer pour tous les espaces marins sauf les pôles, l'IRD pour le sud de la planète, le SHOM pour la bathymétrie, l'INSU pour une approche fondamentale des sciences de la mer, ou encore le Muséum National d'Histoire Naturelle, et certaines universités comme celle de Pierre et Marie Curie. Tous ces acteurs ont des zones d'excellence. Beaucoup sont complémentaires.

AE : Le fait que cette communauté soit « émiettée » explique-t-il le besoin de les mettre en réseau ?
JYP :
En effet, aujourd'hui nous avons une approche un peu sédimentée de ce champ de recherche. Ces organisations qui interviennent dans les sciences de la mer ont une place définie par l'histoire, qui ne répond pas toujours aux défis majeurs d'aujourd'hui. Cela se constate à l'échelle de l'Europe : directive sur la stratégie marine, orientation vers une programmation conjointe, mise en place d'un ERA net marin (outil reposant sur des actions de coopération engagées au niveau européen entre des programmes de financement nationaux et impliquant des PME). Mais aussi à l'échelle du monde : défis sur la biodiversité, sur le changement climatique, sur l'Arctique. Les frontières administratives et institutionnelles ne coïncident plus avec les enjeux d'aujourd'hui. Il nous faut créer les conditions d'un travail en commun plus explicite et plus stratégique.

AE : En quoi consiste l'Alliance des sciences de la mer ?
JYP :
En une nouvelle façon de travailler ensemble, à partir d'éléments et de lieux existants où les chercheurs parlent déjà ensemble d'océanographie, de géosciences marines, d'environnement côtier, de ressources marines, de biotechnologies, etc. L'idée est de créer un lieu commun où ces acteurs puissent discuter ensemble de programmation des travaux de recherche vis-à-vis de l'Agence Nationale de la Recherche (ANR) et de l'Europe. Et ce, tout en visant une gestion optimale - notamment de la flotte scientifique et océanographique nationale -, une meilleure mobilisation internationale organisée et commune, une synergie renforcée dans l'outre-mer français, une gestion concertée des compétences rares (les taxinomistes ou les bio informaticiens par exemple), et une médiation scientifique partagée. La recherche scientifique travaille sur des appels à projets au niveau national et européen. Si on arrive à aller vers de la programmation conjointe, l'Alliance des sciences de la mer fera œuvre utile. C'est aussi l'objectif de l'Alliance nationale pour les sciences de la vie et de la santé et de l'Alliance pour la recherche dans le domaine de l'énergie. Mais cette Alliance, il faut aussi la penser finement, de telle sorte qu'elle conjugue l'efficacité recherchée avec les souplesses dans la mise en oeuvre. Le fait même que l'Ifremer soit associée à la fois à l'Alliance pour les sciences de l'énergie et à l'Alliance des sciences de la mer montre que ce doit être une structure assez souple, de même que les autres organismes impliqués.

AE : la France est le 2ème pays maritime du monde. Mais à elle seule, l'Union européenne dispose d'un littoral trois fois plus long que celui des Etats-Unis et près de deux fois celui de la Russie. Les enjeux peuvent-ils se limiter à une échelle nationale ?
JYP :
Beaucoup de ces enjeux sont a minima européens, voire mondiaux. Plus on ira vers une approche intégrée au niveau national, mieux on participera au jeu international. L'Alliance française pour les sciences marines va nous aider à exercer des actions d'influence. C'est aussi une de ses finalités. A l'occasion du 25ème anniversaire de l'Ifremer, nous organisons d'ailleurs un Colloque international au Museum national d'Histoire naturelle les 28-29 septembre prochains sur le thème « L'alliance pour les sciences de la mer : du réseau national au réseau mondial ». Y participeront des Allemands, des Britanniques, des Japonais, des Américains, des Chinois, les grandes organisations européennes. On va passer en revue les grands enjeux scientifiques du moment auxquels sont confrontés tous les acteurs scientifiques.

AE : Quel est le moteur principal d'avancée dans la connaissance du milieu marin actuellement ? La perte des ressources halieutiques et la préservation de l'activité de pêche ? La recherche de nouveaux gisements d'hydrocarbures ? Le préservation de la biodiversité ? Le changement climatique ?
JYP :
Sur tous ces enjeux, il ne faut pas avoir une vision fragmentée. Ce besoin est ressenti dans tous les pays. Les Allemands sont eux aussi en train de renforcer leur fonctionnement en réseau. La Chine a également organisé un grand colloque cet été sur ces sujets. Aux Etats-Unis, la NOAA - l'équivalent de Meteo France et de l'Ifremer réunis - est très mobilisée. L'Inde va monter en puissance. Au moment où la gouvernance mondiale va évoluer, il faut qu'on ait la possibilité de nous préparer mieux aux grands rendez-vous internationaux. Mettre en place aujourd'hui des alliances fonctionnelles, c'est une bonne manière de faire progresser la recherche.

AE : A l'issue du Grenelle de la Mer, le Président de la République a annoncé la création d'une grande plate-forme technologique sur les énergies marines avant la fin de l'année, prise en charge par l'Ifremer. Pouvez-vous nous en dire plus ?
JYP :
Nous y travaillons avec l'ensemble des acteurs concernés.

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