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Amiante : l'INRS révèle une sous-estimation inquiétante des niveaux d'empoussièrement

Une campagne de mesure menée par l'INRS met en lumière une sous-estimation importante des niveaux d'empoussièrement lors des travaux de désamiantage. Le ministère du Travail indique les actions de prévention à prendre.

Risques  |    |  Laurent Radisson Actu-Environnement.com

C'est dans le but de vérifier les performances des appareils de protection respiratoire (APR) par rapport aux nouvelles exigences réglementaires que l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS) a lancé une campagne de mesures en 2014. Le décret du 4 mai 2012 a en effet divisé par dix la valeur limite d'exposition professionnelle (VLEP) aux fibres d'amiante en la fixant à 10 fibres par litre (f/l) à compter du 2 juillet 2015.

Cette campagne de mesure, dont l'INRS a publié un point d'avancement en septembre, révèle surtout une sous-estimation importante des niveaux d'empoussièrement relevés par les organismes accrédités lors des chantiers de retrait de plâtres, d'enduits ou de flocages. C'est ce que relève le directeur général du travail (DGT) dans une instruction adressée le 16 octobre aux services déconcentrés de l'Etat afin de présenter les mesures de prévention collective et individuelle qui doivent être mises en œuvre afin de garantir le respect de la nouvelle VLEP.

Des niveaux d'empoussièrement jusqu'à neuf fois le niveau réglementaire

L'étude menée par l'INRS a porté sur des chantiers de niveaux 2 et 3 qui correspondent normalement à des niveaux d'empoussièrement compris, respectivement, entre 100 et 6.000 f/l, et entre 6.000 et 25.000 f/l. Les niveaux d'empoussièrement réels constatés par l'INRS vont jusqu'à 235.000 f/l, soit neuf fois le niveau maximal réglementaire. Ce niveau est dépassé dans 23% des cas, ajoutent les auteurs de la note.

"Il en résulte une sous-évaluation du niveau d'empoussièrement des processus en cause et un sous-dimensionnement des équipements de protection individuelle (EPI) au regard du niveau de risques", pointe le ministère du Travail. "C'est toute l'évaluation des risques (EVR) des entreprises concernées qui se trouve ainsi viciée, pouvant aboutir au final à une exposition des travailleurs au-delà de la VLEP", conclut-il.

En effet, les moyens de prévention à mettre en œuvre sont définis par les trois niveaux d'empoussièrement définis par le décret du 29 juin 2015 dans l'attente des résultats définitifs de l'étude de l'INRS sur les facteurs de protection assignés (FPA) des appareils de protection respiratoire (APR). La mauvaise évaluation des niveaux d'empoussièrement entraîne de facto l'inadaptation des moyens de prévention mis en œuvre, qu'ils soient collectifs ou individuels.

"Actuellement, les entreprises semblent méconnaître les empoussièrements individuels réels, ce qui ne les incite pas à améliorer leurs pratiques", analyse l'INRS, qui constate par ailleurs que les opérateurs réalisant les tâches de ramassage des déchets ou d'arrosage sont autant, voire plus exposés que les opérateurs en charge du retrait.

Le directeur général du travail appelle à une vigilance accrue des agents de l'Etat et des acteurs concernés par les opérations sur les plâtres amiantés. Des niveaux d'exposition particulièrement élevés ont été enregistrés sur ces chantiers, révèle en effet l'INRS.

Réévaluer les moyens de protection collective

"Une évolution de la protection collective lors de ces phases de retrait est indispensable", conclut l'organisme spécialisé dans la prévention des risques professionnels. Suivant cette préconisation, le ministère du Travail demande une meilleure mise en œuvre des principes de prévention collective.

Au niveau organisationnel d'abord : réduire la coactivité autour de la source d'émission, adapter le geste professionnel, renforcer la surveillance du chantier par un "gardien de sas", humidifier à cœur le support amianté, minimiser l'émission de poussières lors du ramassage des déchets. Au niveau technique ensuite : aspiration à la source, utilisation d'outils téléguidés, radiocommandés ou à manche long, augmentation du taux de renouvellement d'air, sédimentation en continu des fibres en suspension dans l'air par brumisation par exemple.

Mais le DGT demande aussi de réexaminer l'opportunité du retrait des matériaux les plus émissifs tels que les plâtres. Le maintien en place des matériaux avec un encapsulage étanche peut se révéler en effet moins risqué.

7% des concentrations excèdent la VLEP

Quant aux équipements de protection individuelle, la campagne de l'INRS révèle que les expositions mesurées à l'intérieur des masques à adduction d'air sont inférieures à la VLEP dans 93% des cas. Soit 7% de non-conformités. De plus, 3% des concentrations intérieures excèdent la valeur de 100 f/l jugée "très importante" par l'Institut. A nouveau, ce sont les chantiers de retrait de plâtre amianté qui sont sur la sellette.

"La spécificité de ce matériau, encrassant particulièrement les équipements de protection individuelle (visières des masques, embout de connexion des tuyaux d'air respirable, notamment) est peut-être à l'origine de ces expositions", suggère l'INRS, qui indique mener une recherche plus approfondie sur la question.

"Les appareils de protection respiratoire assurent une protection respiratoire adéquate des travailleurs, dès lors qu'ils sont bien choisis au regard des niveaux d'empoussièrement mesurés et correctement utilisés", estime le ministère du Travail. Mais c'est précisément là que le bât blesse puisque les niveaux d'empoussièrement étaient jusque là mal mesurés.

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