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Le cycle de vie d'un livre passé au crible

Alors que l'expérimentation sur l'affichage environnemental des livres a débuté cet été, la maison d'édition Terre Vivante vient de publier son Analyse sur le cycle de vie de ses livres. Une première qui crée un référentiel pour les éditeurs.

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Le cycle de vie d'un livre passé au crible
   

"Il n'y avait jamais eu d'Analyse de cycle de vie (ACV) auparavant, les renseignements étaient donc contradictoires jusqu'ici", affirme Claire Groshens, directrice éditoriale de la maison d'édition Terre Vivante. Depuis ses débuts, il y a trente ans, Terre Vivante imprime ses livres, magazines et documents, en France, sur des papiers recyclés ou certifiés PEFC, avec des encres à base d'huile végétale. Mais l'impact environnemental d'un livre se partage entre différents acteurs : papetiers, imprimeurs, éditeurs, libraires, jusqu'aux lecteurs. C'est pourquoi l'éditeur s'est intéressé à toute la chaîne de production, depuis l'extraction des matières premières jusqu'à la transformation de l'objet en déchet. "Nous sommes les premiers à le faire, notre objectif était aussi de créer de la connaissance, un référentiel qui permettra d'avancer sans rester sur des a priori", explique Claire Groshens.

Les choix du papier à utiliser

 
L'affichage environnemental Depuis le 1er juillet, l'expérimentation nationale sur l'affichage environnemental a démarré. 168 entreprises ou groupement d'entreprises ont répondu à l'appel du gouvernement, qui fait suite au Grenelle de l'environnement, d'étiqueter leurs produits et de fournir ainsi une information compète basée sur une approche multicritères des impacts environnementaux : fabrication du produit, distribution, consommation, jusqu'à sa destruction. En cas de succès du dispositif, il sera généralisé à l'ensemble des produits de consommation. Terre Vivante affichera l'impact environnemental de ses livres dès octobre 2011.
 
Est-il meilleur d'utiliser du papier recyclé, PEFC ou FSC ? La fabrication du papier recyclé consomme t-elle vraiment plus d'eau ? Les encres végétales sont-elles garanties sans huile de palme et sans OGM ? Terre Vivante dispose désormais de réponses adaptées à l'édition de ses propres livres.

Selon Claire Groshens, "concernant le papier à privilégier, le bilan est contrasté car le papier est encore trop peu recyclé et la filière peu développée. En tout cas, nous avons désormais une information que nous n'avions pas auparavant : contrairement aux accusations, le recyclage du papier ne consomme pas plus d'eau, mais cinq fois moins". D'après l'ACV de Terre Vivante, plus de 70 % des impacts du livre sur l'environnement sont dus à la fabrication du papier et de la pâte à papier. Il s'agit d'un procédé industriel qui nécessite une grande consommation d'énergie, d'eau, et fait appel à de nombreux produits chimiques. Pour le blanchiment Terre Vivante privilégie la méthode EFC (Elementary chlorine free), un mélange de dioxyde de chlore avec du péroxyde d'hydrogène. Quant à la formation de la feuille, des charges minérales et des adjuvants sont ajoutés à la pâte : colles, agents de résistance, colorants, azurants optiques, antimousses…

En raison des nombreux impacts environnementaux de la production de pâte vierge, depuis les années 1980 l'industrie papetière doit respecter la réglementation sur les installations classées, qui impose de créer des stations de traitement des effluents et fixe des limites en rejets polluants.

Une feuille de papier peut être recyclée cinq fois. Mais ce n'est pas pour autant que la production de papier recyclé n'a pas d'impact sur l'environnement, bien au contraire : d'après Terre Vivante, elle reste l'étape du cycle de vie d'un livre qui a le bilan le plus lourd. Cela exige que le tri et la collecte soient organisés. Or, en France, on ne recycle que la moitié des déchets papiers. Le brassage des papiers usagés, le désencrage, la fabrication de la pâte utilisent des produits chimiques et génèrent forcément des déchets, notamment des boues de désencrage. Mais c'est sur ce procédé que ce sont portés les choix de Terre Vivante : "L'utilisation de papier recyclé permet de moins consommer de bois et de préserver les forêts. Sa fabrication est aussi plus économe en eau et en énergie".

L'impression peut avoir des impacts sur la santé humaine

L'étape de l'impression est moins gourmande en eau et en énergie. Mais elle fait entrer en jeu un grand nombre de composés chimiques qui peuvent être polluants pour l'air et pour l'eau. Les encres et les solutions de nettoyage et de mouillage contiennent une substance dérivée du benzène (agent cancérigène de type 1 et mutagène de type 2), et de l'isopropanol qui dégage des composés organiques volatils (COV) à caractère irritant.

Chez Terre Vivante, l'encre utilisée pour l'impression des livres est à base d'huile végétale, de colza. Seule la parole du fournisseur peut garantir qu'il ne s'agit pas d'une encre végétale à base d'huile de palme ou d'OGM. L'éditeur reconnaît que, même si l'encre végétale ne rejette pas ou très peu de COV, "elle contient aussi des résines alkyle et phénoliques, des produits surtout dangereux au moment de leur fabrication".

Ces solutions coûtent très cher, c'est pourquoi nombreux sont ceux qui choisissent l'impression standard en Asie. "Nous n'avons pas l'expérience d'aller produire le moins cher possible, explique Claire Groshens. Mais nous avons fait faire un devis cet été sur le coût de notre impression : il serait apparemment 30 % moins cher d'imprimer en Asie".

Des solutions simples et économes : le transport

Après la fabrication du papier, c'est sans surprise l'étape du transport qui a le plus d'impact sur l'environnement. Il intervient tout au long de la conception du livre, et sur de longues distances : acheminement des matières premières, entre le papetier et l'imprimeur, l'imprimeur et le distributeur… Les solutions logistiques sont simples : Terre Vivante propose de rapprocher les lieux des différentes étapes de conception du livre et d'utiliser des modes de transport plus propres, et des livraisons sans retour à vide.

Pour les libraires, c'est l'étape sur laquelle il faut travailler. L'un des plus gros vendeurs de livres français, la Fnac s'est engagée sur plusieurs points : planifier moins de tournées (passer d'une livraison en magasin par jour à un rythme moins élevé, suivant les magasins), augmenter le remplissage des camions, et changer les normes des camions utilisés. "Ces dispositifs sont des choix autant économiques qu'écologiques", affirme Franck Pupunat, directeur RSE de la Fnac. Pour l'instant subsiste un problème d'autonomie concernant les camions électriques. La Fnac étudie toutefois une initiative lancée dans le centre ville de Genève (Suisse) : les livraisons sont faites à domicile à bord de vélos triporteurs électriques, en partenariat avec La petite reine, une entreprise européenne de transport propre de marchandises.

Le livret « Fabriquer des livres, quels impacts sur l'environnement ? » est disponible gratuitement sur le site de la maison d'éditions Terre Vivante.

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