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Il ne faut pas pousser mémé dans les orties !

Christophe Gatineau, expert indépendant et citoyen, décrypte les tenants et aboutissants de la guerre du purin d'ortie qui a sévi jusqu'en 2011 : une plante élevée au rang de symbole de l'indignation et du droit à refuser une société où l'économie aurait pris le pouvoir.

Avis d'expert  |  Agroécologie  |    |  Actu-Environnement.com

L'arrêté du 18 avril 2011 autorisant la mise sur le marché du purin d'ortie devait mettre un terme à la guerre de l'ortie qui durait depuis plusieurs années mais curieusement tous ont été insatisfaits, les pro et les anti.

Conséquence d'une décision politique au détriment de toutes considérations scientifiques, cet arrêté autorise la tromperie du consommateur en légalisant le purin d'ortie comme un anti-mildiou et un acaricide, un mensonge dénoncé par les amis de l'ortie, dénoncé par les pro et les anti.

Une fois encore, le consommateur est pris en otage et le purin d'ortie risque d'en payer la note dans un avenir proche.

En effet, le problème n'est pas le jardinier qui fabrique et utilise son purin d'ortie, le problème est qu'en s'appuyant sur la Loi, on fasse croire aux consommateurs que le purin d'ortie possède certaines propriétés reconnues comme fausses et abusives.

L'ortie vue par la Loi : peu préoccupante !

L'arrêté du 18 avril 2011 « autorisant la mise sur le marché du purin d'ortie en tant que préparation naturelle peu préoccupante à usage phytopharmaceutique », reconnaît au purin d'ortie certaines vertus tout en le qualifiant de peu préoccupant.

Peu préoccupant = peu inquiétant ou peu toxique.

En effet, si l'État reconnaît que certaines matières actives sont peu inquiétantes, un qualificatif peu scientifique, c'est que d'autres doivent alors être considérées comme préoccupantes et inquiétantes : autrement pourquoi le préciser !

En outre, cet arrêté est inquiétant car il fixe les préconisations du purin d'ortie sans les motiver. Extrait de l'arrêté du 18 avril 2011 :
1. Usage fongicide : notamment contre le mildiou. 
2. Usage insecticide : principalement contre les pucerons, les acariens.
3. Activateur ou régulateur de croissance des végétaux.

Comment Madame Briand, la directrice générale de l'alimentation, signataire de cet arrêté, a-t-elle pu arrêter officiellement les conditions d'emploi du purin d'ortie en l'absence de faits scientifiques, réels, vérifiés et reproductibles mais mieux, en totale contradiction avec tous les spécialistes de l'ortie qui dénoncent que l'usage du purin d'ortie  comme insecticide ou fongicide est une préconisation d'usage abusive ?

J'ai écrit à ce sujet aux autorités compétentes comme la DGAL et à l'auteure de cet arrêté mais je n'ai reçu aucune réponse écrite. Par contre, j'ai reçu quelques appels téléphoniques pour m'expliquer que peu préoccupant, voulait dire très peu préoccupant = qui ne sert à rien. 
Sur les motivations de cet arrêté : c'est une décision politique. Sur les motivations scientifiques de cet arrêté : c'est une décision politique.

Si pour l'administration, le purin d'ortie ne sert à rien, c'est d'autant plus préoccupant qu'elle veuille faire croire aux consommateurs qu'il pourrait servir à quelque chose.

Les prix de l'ortie : très préoccupants

Si l'Or-tie ne concurrence pas encore les cours de l'or, elle talonne sans équivoque ceux du poivre et des épices avec ce record relevé chez Delbart Limoges le 01 mars 2013 : 70 € le kg.

Les premiers bénéficiaires de cet arrêté ont été la grande distribution avec l'apparition de l'ortie sur leurs étals et la flambée des prix en prime. Du purin d'ortie reste du purin d'ortie mais suivant son étiquetage (éliciteur, insecticide, fongicide, engrais,...) son prix en magasin varie avec une grande amplitude de 3,75 €/L à 17,81 €/L suivant l'emballage.

État des lieux de la recherche

Si quelques essais de laboratoires ont mis en évidence certaines réponses du végétal soumis au purin d'ortie, tous les essais réalisés en plein champs ont été dans l'incapacité de les valider.

Le GRAB (groupement de recherche en agriculture biologique) reconnaît avoir arrêté ses essais sur le purin d'ortie depuis 2004 faute de résultats. Depuis, ils ont recentré leurs travaux sur les décoctions et les tisanes d'orties. Même son de cloche du coté de l'ITAB où le responsable de la mission extraits naturelles confesse que les recherches sont concentrées uniquement sur les tisanes et les décoctions car les résultats encouragent l'exploration de cette voie contrairement au purin d'ortie.
Les bénéfices du purin d'ortie résultent aujourd'hui de quelques observations échafaudées en théories scientifiques comme celle de Terre vivante sur les vaccins végétaux !

La guerre de l'ortie a largement profité à faire de l'ortie un symbole fort, une figure de proue de l'indignation et du droit à refuser une société où l'économie a pris le pouvoir sur tout.
Il est probable que le purin d'ortie possède certaines qualités qui pourraient trouver une application dans l'agriculture, mais elles restent encore aujourd'hui, à découvrir ou à confirmer.

Un des principaux activistes de la cause de l'ortie, Dominique Jeannot, ancien président de l'association des amis de l'ortie : "le purin d'ortie n'est pas un produit miraculeux. Le seul miracle viendra de notre capacité à changer radicalement notre manière de cultiver et de vivre. L'objectif de notre association n'est pas de remplacer un pesticide chimique par un pesticide naturel mais de travailler pour redonner au cultivateur de l'autonomie et de l'indépendance".

Alors, pourquoi l'administration n'a-t-elle pas tout simplement autorisé la commercialisation du purin d'ortie sans y encadrer sa fabrication et ses préconisations d'emploi ? Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

Quand elle soutient avoir pris cet arrêté du 18 avril 2011 uniquement sur une décision politique et au détriment de toutes considérations scientifiques parce que « si l'ortie ne fait pas de bien, elle ne fait pas de mal à l'environnement ... » ; le politique, n'a-t-il pas poussé un peu fort, mémé dans les orties ?

Réactions6 réactions à cet article

 

La réponse aux "mérites" du purin d'ortie est peu être à chercher dans l'effet "placebo", mais non pas appliqué aux plantes mais aux jardiniers. En effet le mérite de cette préparation peu préoccupante est d'éviter des traitements chimiques lourds et polluants, ce qui permet de laisser la nature résoudre certains problèmes: par exemple les pucerons, traiter avec des produits chimiques élimine les pucerons et tout ce qui vit autour, donc détruit les équilibres, traiter avec du purin ne géne les pucerons que par le fait qu'ils n'aiment pas être mouillés mais cela laisse le temps aux prédateurs de pucerons de s'installer. Bien sur il ne faut pas confondre les jardins amateurs et les cultures de masses. Une autre solution: soupoudrez vos pucerons avec un peu de cendre de bois (non traité), avec un peu de patience vous les verrais disparaitre.

Duport Claude | 02 juillet 2013 à 08h35
 
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Une partie de la réponse passe par le fait qu'il faut donner des gages aux anti les plus acharnés, quitte à faire n'importe quoi. Ensuite, la machine administrative de notre grand pays se met en branle de sa manière courtelinesque inimitable.
Merci pour cet avis éclairé.

Albatros | 02 juillet 2013 à 09h26
 
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Merci Christophe pour ce joli texte et ce coup de gueule justifié!!
Merci de mettre au grand jour les aberrations du système politique et aussi de remettre un peu chacun à sa place: les politiques, les scientifiques, et la modeste ortie, excellente en soupe par ailleurs. Consommateurs, révoltez vous: l'ortie pousse à foison dans les champs, elle est gratuite, le purin c'est facile à faire (bon ça pue un peu) regroupez vous pour défendre des compost collectifs, pour avoir vos propres terreau et amendement, arrêtons de toujours acheter, on peut faire, on est de plus en plus nombreux à partager et c'est tellement plus gratifiant!!

Isabelle | 02 juillet 2013 à 11h12
 
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Merci pour cet excellent article
L'agriculture biologique ne progressera qu'avec de véritables études scientifiques. Merci aux Amis de l'ortie d'avoir recadré les choses, sans dogmatisme. C'est dans les têtes administratives qu'il faut mettre de l'extrait d'ortie !

degolarson | 02 juillet 2013 à 13h01
 
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Pour compléter le commentaire de Claude,
l'effet placebo est maximum quand le médecin et son patient y croient tous les deux.
En réaction, il y a production d'un remède endogène.

Voir les livres sur le nocebo et le placebo du Dr Lemoine.

Ceci étant, les plantes ont des capacités sensitives très importantes qui autorisent à les considérer, dans le cas d'une pathologie, comme des patientes.

Nadine | 04 juillet 2013 à 17h20
 
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je vous rejoins sur la pertinence de cet article. Pour avoir participé en son temps aux préambules de la "guerre" de l'ortie, je confirme que les autorités du ministère de l'Agriculture étaient uniquement préoccupées de trouver un parapluie pour les abriter des contrecoups des politiques, ces derniers étant alertés par leur base, nous tous, qui ne comprenions pas pourquoi on voulait interdire ces produits. La bonne démarche aurait probablement consisté à lancer des programmes de recherche et d'évaluation, quitte à démonter certaines rumeurs autour de ces préparations. Cela aurait fait sourire dans un premier temps, mais je suis persuadé que des pistes de réflexion seraient nées. Mais je dois reconnaître que personne, dans le vaste tour de table de l'époque, n'était partant, y compris — et surtout — du côté des tenants de l'agriculture biologique. Ces derniers étaient à l'époque uniquement attentifs à faire homologuer la bagatelle de 270 préparations !
Un virage a été manqué, faute de volontaires. Gageons qu'une prochaine génération saura entamer ces recherches, l'esprit dégagé des vieilles lunes et autres blocages administratifs.
Pour ce qui est de l'effet placebo de ces préparations, je rejoins Claude et Nadine sur ce sujet, mais en faisant le rapprochement avec l'auto-médication. Le réconfort anticipe le succès.

compostomane | 09 juillet 2013 à 07h46
 
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