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Les collectivités locales s'attaquent aux perturbateurs endocriniens dès la petite enfance

Près de 200 villes se sont engagées à rejoindre la charte des "Villes et Territoires sans perturbateurs endocriniens", lancée par le Réseau Environnement Santé. André Cicolella explique le rôle clé des collectivités en matière de santé environnementale.

Interview  |  Risques  |    |  Rachida Boughriet Actu-Environnement.com
Actu-Environnement Le Mensuel N°391 Cet article a été publié dans Actu-Environnement Le Mensuel n°391
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Les collectivités locales s'attaquent aux perturbateurs endocriniens dès la petite enfance
André Cicolella
Président du Réseau Environnement Santé (RES)
© Réseau Environnement Santé
   

Actu-Environnement : Qu'est-ce-que la charte "Villes et Territoires sans perturbateurs endocriniens" portée par le Réseau Environnement Santé (RES) ?

André Cicolella : Lancée en octobre 2017 par le RES, la charte plaide pour que les collectivités s'engagent dans une démarche visant à éliminer l'exposition de la population et des écosystèmes aux perturbateurs endocriniens (PE). Les élus rendent compte, tous les ans, aux citoyens de l'avancée de leurs actions. La charte n'est pas un label avec son cahier de charges pour vérifier s'il est respecté ou non par la collectivité locale. La ville ou le territoire consent à mener un plan d'actions sur le long terme pour éliminer ces substances aux effets néfastes. L'objectif principal du RES est de construire des coordinations régionales pour que les villes et territoires signataires disposent de plateformes d'échange de ressources et de bonnes pratiques.

Depuis 50 ans, les problèmes de fertilité chez la femme et l'homme n'ont cessé de croître. Un homme de 30 ans, résidant à Paris, a perdu deux spermatozoïdes sur trois sur les 50 dernières années. Et le phénomène n'est pas en train de diminuer. Le Sud-Ouest est également la première région concernée par ces problèmes de fertilité, selon l'étude de Santé publique France. Si l'évolution actuelle se poursuit, il pourrait ne plus y avoir de petits Occitans en 2040. La mobilisation des élus montre leur prise de conscience à agir vite pour lutter contre ces problèmes importants d'infertilité et de croissance de maladies chroniques liées à ces substances chimiques.

AE : Combien de villes et territoires ont rejoint la démarche ?

AC : Aujourd'hui, près de 200 villes se sont engagées sur la charte, dont Paris et Toulouse. Le 20 mars, l'Ile-de-France a été la première région française à la signer. Les villes de Courbevoie (Hauts-de-Seine), de Lieusaint (Seine-et-Marne) font aussi partie des derniers signataires. La communauté d'agglomération de Saint-Omer (Pas-de-Calais) signera aussi la charte, le 5 avril, ainsi que Nanterre (Hauts-de-Seine) le 20 mai, puis le Conseil départemental du Tarn le 22 mai. La région Occitanie, le Conseil départemental de Haute-Garonne et la région Nouvelle Aquitaine ont aussi annoncé leur signature. On peut dire, aujourd'hui, qu'un Français sur trois est couvert par une institution qui a voté la charte.

Le succès de la charte ne se dément pas.La mobilisation des collectivités locales, quelle que soit leur couleur politique est un acte politique fort et clairement assumé. Elles s'approprient cette politique de santé environnementale, sans attendre l'Etat ou une évolution du règlement européen Reach. Les collectivités montrent la voie.

AE : Quelles actions concrètes sont menées par les collectivités signataires ?

AC : Les villes et les territoires ne s'engagent pas à la marge. La commande publique est le levier d'action des collectivités pour demander à leurs fournisseurs de limiter l'usage des PE présents dans de nombreux produits. Les collectivités mettent en place des critères d'éco-conditionnalité dans les contrats et les achats publics. En adhérant à la charte, Paris a par exemple introduit des critères "sans phtalates" dans plusieurs de ses appels d'offres. La Région Ile-de-France a aussi conditionné ses aides aux collectivités, pour la création ou la requalification d'équipements scolaires, sportifs ou dédiés à la petite enfance, à l'adoption de la charte.

Les collectivités signataires s'engagent à restreindre puis, à terme, éliminer l'usage des produits phytosanitaires et biocides qui contiennent des PE ainsi que des substances classifiées comme cancérigènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction sur leur territoire. Les élus accompagnent les particuliers, les propriétaires de zones et d'établissements privés à appliquer ces dispositions. Plusieurs villes avaient déjà proscrit, avant l'interdiction légale, les produits phytosanitaires de l'entretien de leurs parcs et jardins. Les collectivités développent également la consommation d'aliments biologiques dans la restauration scolaire et collective pour réduire l'exposition des PE dans l'alimentation.

La charte plaide aussi pour l'utilisation, comme à Paris, de produits d'entretien écolabellisés et exempts d'alkylphénols. On retrouve ces substances dans environ un prélèvement sur trois des eaux de surface en Europe. Si toutes les villes bannissent les alkylphénols, l'exposition à ces perturbateurs endocriniens peut être considérablement réduite rapidement. Ce sera bénéfique pour la santé humaine mais aussi pour la santé de l'écosystème.

AE : La charte s'attaque aux PE dès la petite enfance. Outre le bio dans les cantines, quelles alternatives sont mises en place ?

AC : L'alimentation est la première source d'exposition aux phtalates (notamment le plus toxique le DEHP, classé cancérogène, reprotoxique et PE) qui migrent de l'emballage au contenu. Selon un rapport de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) publié en 2017, 70 % des petits pots pour bébé contiennent ce DEHP, les petits pots en emballage plastique étant trois plus contaminés que ceux en verre. Cette alerte de l'Anses est pourtant passée inaperçue alors que c'est une source d'exposition de l'enfant qui est préjudiciable à son développement. Il faut impérativement changer les processus de transformation de ces produits, car c'est pendant cette phase que ce plastifiant contamine l'alimentation infantile. Il faut des mesures comme celles mises en place pour le bisphénol A, banni dans les biberons depuis 2010 en Europe et les contenants alimentaires depuis 2011 en France.

La ville de Limoges, signataire de la charte, a ciblé ses actions sur la petite enfance et a banni les PE de ses crèches. Les assiettes sont maintenant en porcelaine, les verres et les biberons en verre, les couverts en inox. Beaucoup de villes ont déjà mis fin aux assiettes en plastique dans les cantines. Limoges a aussi changé de fournisseurs de couches jetables. L'Agence régionale de santé (ARS) Nouvelle-Aquitaine s'est également engagée dans une stratégie régionale de prévention et promotion de la santé environnementale autour de la petite enfance.

Nous alertons également sur les sols en PVC qui contiennent de 20 à 40 % de DEHP. C'est aussi une source de contamination de l'enfant. Une grande étude suédoise, qui suit 3.000 enfants depuis 10 ans, a montré un lien entre le sol en PVC et l'asthme de l'enfant. En France, 60 % des sols de crèches et des écoles publiques sont faits en PVC et 16 % de l'habitat individuel. Il y a là matière à agir et un substitut plus sain (DINCH) existe selon l'évaluation de l'Anses.

AE : La nouvelle Stratégie nationale sur les PE est-elle à la hauteur des enjeux sanitaires et environnementaux ?

AC : Le RES avait demandé qu'une Stratégie nationale perturbateurs endocriniens soit élaborée pour ne plus gérer substance par substance cette question mais pour en faire une politique d'ensemble. En avril, la nouvelle stratégie nationale PE 2019-2022 sera mise en œuvre. Il y a un consensus sur ses objectifs. En revanche, nous ne connaissons pas les financements mis en place par l'Etat. C'est bien d'inscrire au sein de la stratégie qu'il faut informer la population, qu'il faut former les professionnels de santé et de la petite enfance. Mais si l'on ne met pas les moyens pour le faire, cela ne veut pas dire grand-chose.

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