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L'Accord de Paris a-t-il changé la donne chez les acteurs économiques ?

D'un texte lointain et impalpable, l'Accord de Paris est devenu une boussole stratégique pour de nombreuses entreprises, aiguillonnées par des financeurs de plus en plus exigeants en la matière. Une tendance que la crise sanitaire fragilise.

Gouvernance  |    |  Florence Roussel  |  Actu-Environnement.com
L'Accord de Paris a-t-il changé la donne chez les acteurs économiques ?

Le cinquième anniversaire de la signature de l'Accord de Paris sur le climat est propice au bilan. Y-a-t-il eu, notamment, un effet « Accord de Paris » dans le monde économique ? Oui sans aucun doute. Ce qui a fait l'originalité de la COP 21 parisienne il y a cinq ans est en train de se concrétiser aujourd'hui. Avec « l'Agenda des solutions », les organisateurs de la COP voulaient mobiliser les acteurs non étatiques pour qu'ils s'approprient l'enjeu et les négociations afin de peser sur les décisions. « L'Accord de Paris a été un tournant. C'est la COP pendant laquelle le débat est passé des États et ONG vers les entreprises et les collectivités. Elles ont compris que si elles ne s'engageaient pas, elles allaient avoir des problèmes d'attractivité, analyse Jean-Pascal Tricoire, président-directeur général de Schneider Electric, lors d'une conférence de presse du Medef consacrée à cet anniversaire. L'Agenda des solutions était une réponse pratique, axée sur la résolution des problèmes », se souvient-il.

À la COP 21, les collectivités et entreprises ont eu ainsi l'occasion de se retrouver, se regrouper, de lancer des initiatives, alliances et autres groupements. Un foisonnement difficile à appréhender à l'époque mais qui semble porter ses fruits aujourd'hui. « L'Agenda des solutions a bien fonctionné. Les engagements étaient très divers et difficiles à comprendre. Aujourd'hui, on y voit plus clair avec l'objectif du net zéro en 2050. En 2015, j'avais essayé que les entreprises viennent avec des engagements mais surtout avec "un comment on va faire". Mais c'était trop tôt. Il leur fallait comprendre le cadre de l'accord, analyse avec le recul Laurence Tubiana, présidente de la Fondation européenne pour le climat. Ces cinq ans ont été productifs avec beaucoup de maturation ».

Une boussole devenue stratégique

Si l'Accord de Paris est une cible pour les États, c'est aussi une boussole pour les entreprises. Elles ont trouvé le moyen de traduire cet accord en signaux économiques qui leur parlent. Les travaux de la Task Force on Climate-related Financial Disclosures (TCFD) par exemple y ont contribué. Créée par le G20 lors de la COP 21 pour définir des recommandations concernant la transparence financière des entreprises en matière de climat, la TCFD et ses préconisations irriguent désormais de nombreuses grandes entreprises. « Cinq ans après Paris, ce qui était, pour beaucoup d'entre nous, un engagement conceptuel, impalpable, est devenu une réalité dans toutes les stratégies des entreprises. On le constate tous les jours, témoigne Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef. L'enjeu est désormais d'embarquer plus largement en taille d'entreprises et en secteurs d'activités ».

D'autres outils comme le suivi de la trajectoire dit « science-based-target » (SBT), mesuré par un bilan carbone annuel, permet désormais aux entreprises d'aligner leur stratégie sur les objectifs de l'Accord de Paris. Avec cette approche, il est possible, pour chacune d'elle de déterminer son objectif de réduction d'émission en cohérence avec le texte, et de vérifier, année après année, le respect de la trajectoire.

La finance s'investit

Cette maturation des entreprises sur la question climatique s'en ressent dans l'économie mondiale et en premier lieu dans le domaine de l'énergie, le secteur en première ligne dans les émissions de gaz à effet de serre. Selon l'analyse transversale de Climate Chance, en 2019, pour la première fois dans l'ère industrielle, les énergies faiblement carbonées (renouvelables et nucléaires) dépassent le charbon dans le mix électrique avec 37 % contre 36 %. Et les subventions aux énergies fossiles ont baissé de 27 % en 2019. Les pertes et dépréciations d'actifs s'accélèrent en 2020 pour les entreprises du secteur pétrole et gaz, atteignant 87 milliards USD d'actifs. Leur valeur en bourse est parfois surpassée par celles d'entreprises dans les énergies renouvelables. Avec une demande en baisse et des cours du baril qui ont chuté d'un tiers en moyenne entre 2019 et 2020, certaines majors se désengagent de méga projets dont la rentabilité est fragilisée, voire se réorientent plus sérieusement vers les EnR.

Les entreprises sont d'ailleurs de plus en plus contraintes par leurs actionnaires à délivrer des engagements et des résultats sur le climat, comme l'a révélé le dynamisme de l'activisme actionnarial lors de la saison 2020 des assemblées générales réalisé par Climate Chance. « Le changement d'attitude des investisseurs est un point d'inflexion notable. Ils étaient neutres sur le sujet à la COP 21 mais depuis trois ans ils se sont positionnés », constate Jean-Pascal Tricoire, président-directeur général de Schneider Electric.

Crise sanitaire et plan de relance : stop ou encore

Les effets de la crise sanitaire inquiètent toutefois sur plusieurs points. « La pandémie a mené de nombreux pays à reporter la publication de leurs contributions renouvelées à l'Accord de Paris (NDC), et à annoncer des plans de relance parfois non compatibles avec la décarbonation de l'économie », regrette les membres de Climate Chance. Selon Energy Policy Tracker, une initiative portée par six centres internationaux de recherche sur l'économie et le climat, au 21 octobre 2020, les membres du G20 avaient promis 216 milliards de dollars pour des investissements restant en lien avec les combustibles fossiles. Soit 54 % de tous les fonds publics engagés dans les secteurs énergétiques. Avec 243 Mds$, le transport est de loin le premier secteur concerné par les plans de relance. 139 Mds$, soit 57 % des sommes promises à ce secteur, soutiennent la consommation de combustibles fossiles sans contrepartie climatique. Ces sommes sont principalement destinées au sauvetage des compagnies aériennes.

Les plans de relance renforcent ainsi le rôle des États dans la direction stratégique, économique et financière de la transition écologique mais pour le pire ou le meilleur ? Pour Laurence Tubiana, là encore les entreprises ont un rôle à jouer pour accompagner les États dans leurs réflexions. « Il faut une reconvergence politique. Il faudrait que les entreprises aient des demandes claires envers les États. L'année prochaine à la COP 26, ils vont devoir arriver avec des plans à la hausse. Il faudrait que les engagements deviennent réciproques. Et cette discussion doit démarrer dans les plans de relance en cours de définition ».

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