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L'Anses pointe les risques cancérogènes des travailleurs exposés au bitume

L'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a publié mercredi 11 septembre ses recommandations visant à réduire les risques cancérogènes et respiratoires liés à l'exposition professionnelle aux produits bitumineux et leurs additifs.

Risques  |    |  Rachida Boughriet Actu-Environnement.com
L'Anses pointe les risques cancérogènes des travailleurs exposés au bitume
Environnement & Technique N°329 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°329
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Suite au décès par cancer d'un salarié de l'industrie de la construction et de l'entretien des routes, la fédération nationale des salariés de la construction-confédération générale du travail (FNSC-CGT) avait saisi le 19 novembre 2008 l'Anses qui a initié en 2011 une évaluation des risques sanitaires liés à l'exposition aux produits bitumineux.

Des bitumes composés de particules, de vapeurs et de gaz

Les bitumes sont des résidus de raffinage du pétrole utilisés principalement pour les travaux routiers. Ils constituent l'ingrédient principal voire exclusif d'un liant qui assure la cohésion d'un revêtement (routier, d'étanchéité de toiture, etc.). Pour obtenir les propriétés physico-chimiques et mécaniques requises pour ce liant (stabilité, adhérence, durabilité, maniabilité, résistance chimique), il est parfois nécessaire d'ajouter au bitume un ou plusieurs additifs (fluxants pétroliers ou agrochimiques, dopes d'adhésivité, métaux et agents captant le sulfure d'hydrogène, polymères, fibres, émulsifiants,…).

Les différentes utilisations des liants bitumineux peuvent induire une exposition directe des travailleurs aux bitumes mais "surtout à leurs émissions, lorsqu'ils sont chauffés pour leur manipulation", prévient l'Agence. Les émissions ainsi produites varient selon le procédé de mise en œuvre, la nature des produits utilisés, ainsi que le type de  travail effectué. Elles sont composées de particules en suspension dans l'air, de vapeurs et de gaz. Mais la composition de ces produits est "complexe", estimée à plus de 10.000 constituants, dont les plus connus appartiennent à la famille des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) mais également d'autres composés aromatiques, des composés organiques volatils (COV) ou semi volatils ou des particules, souligne-t-elle.

Des effets cancérogènes et respiratoires

Dans un avis publié le 11 septembre, l'Anses conclut à l'existence d'un risque sanitaire associé à une exposition aux liants bitumineux et à leurs émissions "sans toutefois le quantifier en l'état actuel des connaissances".

Parmi les composés identifiés dans les bitumes et leurs émissions (dont le benzo-a-pyrène, un hydrocarbure aromatique polycyclique), certains sont classés cancérogènes par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) et/ou classés comme substances cancérogènes, mutagènes, reprotoxiques (CMR) et/ou dangereuses par l'Union européenne, rappelle l'Anses. Le Circ a par ailleurs récemment classé l'exposition aux bitumes oxydés et à leurs émissions lors des travaux d'étanchéité comme cancérogène probable pour l'Homme (catégorie 2A) et l'exposition aux bitumes et leurs émissions lors de la pose d'enrobés à base de bitumes routiers ou lors de l'asphaltage à base de bitumes durs comme cancérogène possible (catégorie 2B). Une "association positive" a été observée entre les expositions professionnelles aux liants bitumineux et à leurs émissions, et l'apparition de cancers du poumon et des voies aérodigestives supérieures (cavité buccale, pharynx, oesophage et larynx) chez les travailleurs, relève l'Anses.

Au-delà du "potentiel cancérogène" des produits bitumineux et de leurs émissions, les études épidémiologiques ont  "mis en évidence l'existence d'effets respiratoires" (asthmes, bronchites chroniques…) liés à une exposition des travailleurs. Des effets cardiovasculaires et immunotoxiques sont également "suspectés", ajoute l'Agence.

Pour les effets cutanés, l'Anses souligne qu'il "n'est pas possible, en l'état actuel des connaissances, de tirer des conclusions définitives" concernant l'existence ou non d'un risque de développer un cancer cutané chez les travailleurs exposés aux émissions de bitumes. Des recherches sont donc "nécessaires" afin d'évaluer les effets conjugués liés à une co-exposition aux émissions de bitumes et aux rayonnements solaires.

Réduire l'exposition des travailleurs

L'Anses appelle par conséquent à réduire les expositions professionnelles aux liants bitumineux et leurs émissions. Elle préconise des mesures de prévention visant à permettre notamment la réduction et le captage des fumées émises, la réduction d'impact de la chaleur ainsi que de la coexposition aux produits bitumineux et au rayonnement solaire. L'Agence formule également des recommandations en matière de prévention du risque chimique, notamment l'élaboration souhaitable d'une proposition de classification  harmonisée des bitumes en lien avec leurs effets respiratoires et selon les dispositions du règlement européen CLP relatif à la classification, l'étiquetage et l'emballage des substances.

L'Anses "attire aussi l'attention" sur les activités de rabotage et de recyclage. Lors de ces opérations effectuées sur d'anciens revêtements routiers, l'agence rappelle qu'il existe différentes sources d'émission de substances reconnues pour leur dangerosité et présentes dans les matériaux en place, notamment l'amiante susceptible de libérer des fibres, la silice, mais aussi les goudrons et ses dérivés, les matériaux secondaires, les fluxants, les polymères, les additifs, les anciens bitumes soufrés susceptibles d'émettre des CAP (composés aromatiques polycycliques) ou des COV. Ces deux activités "sont donc susceptibles d'exposer les travailleurs à des émissions potentiellement dangereuses" et doivent faire l'objet d'une surveillance "particulière et renforcée", prévient l'Anses.

Réactions1 réaction à cet article

 

Franchement, quand on une petite idée des données médicales sur les substances en jeu, largement énumérées au-dessus, classées cancérogènes certains par le CIRC, avec des données épidémiologiques positives, c'est plus préoccupant pour la santé que l'exposition des travailleurs du nucléaire, ne serait-ce que parce que dans le nucléaire là on prend les précautions utiles et on surveille les doses.

Une très bonne nouvelle qu'on commence enfin à se préoccuper de ce sujet très, très sérieux.

jmdesp | 11 septembre 2013 à 17h33
 
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