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Actu-Environnement

L'Anses recommande une baisse des taux de cadmium dans les engrais

MAJ le 09/10/2019

Pour limiter les risques sanitaires, l'Agence nationale de sécurité sanitaire préconise de revoir à la baisse les teneurs en cadmium dans les matières fertilisantes. Pour l'exposition des professionnels, elle pointe un manque de connaissances.

Agroécologie  |    |  Dorothée Laperche Actu-Environnement.com

La teneur acceptée en cadmium dans les engrais minéraux et organiques doit être réduite : c'est l'une des conclusions de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses), dans un avis rendu le 26 septembre.

L'établissement public avait été saisi quatre ans plus tôt par le Gouvernement pour faire un point sur l'exposition de la population générale et des professionnels, sur les limites à fixer ainsi que sur les niveaux présents dans les matières fertilisants et supports de culture.

Présent naturellement dans la croûte terrestre, le cadmium peut se retrouver aussi bien dans les sols, que l'eau ou l'air. Certaines activités industrielles et agricoles contribuent toutefois à augmenter sa teneur. Ce qui peut devenir problématique.

L'alimentation, principale source d'exposition des particuliers

Pour les particuliers, la principale source d'exposition au cadmium, outre le tabac pour les fumeurs, est l'alimentation.  Le cadmium pénètre en effet facilement dans les végétaux par leurs racines. Or, lors d'une exposition prolongée, cet élément trace métallique peut provoquer une fragilité osseuse et un disfonctionnement rénal. Il pourrait également induire des troubles de la reproduction, sur le système cardiovasculaire et une potentialisation du diabète.

Les aliments identifiés comme les plus impliqués dans l'exposition ? Les pains et produits de panification sèche mais également les pommes de terre ou les produits dérivés.

Pour prévenir les effets sur la santé, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) avait retenu une dose hebdomadaire tolérable (DHT) de 2,5 microgrammes de cadmium par kilogramme de poids corporel

En France, "un dépassement de la DHT définie par l'Efsa en 2009 est constaté chez 0,6% des adultes et 15% des enfants", rappelle l'Anses.

Dans le cadre de ses travaux, l'agence française a choisi de retenir comme effet critique, les conséquences sur les os car ce seraient "les plus sensibles documentés à ce jour". Comme les autres valeurs toxicologiques de référence définies par d'autres organismes ne s'appuient pas sur cet effet, elle a choisi d'en construire une nouvelle. L'Anses recommande ainsi une dose seuil de 2,45 microgrammes de cadmium par kilogramme de poids corporel par semaine.

Réduire la contamination de l'environnement

"Afin de réduire le niveau d'exposition de la population, il était recommandé d'agir sur le niveau de contamination des sources environnementales, en particulier au niveau des intrants ou matières fertilisantes - engrais contaminés, épandage des boues de station d'épuration, etc. à l'origine de la contamination des sols et des aliments", préconise-t-elle également.

Un rapport Ademe-Sogreah a constaté que les engrais phosphatés constituent un peu plus de la moitié des apports en cadmium au sol, alors que les déjections animales (effluents d'élevage, pissats et bouses) représentent 25% de ceux-ci. Les parts des retombées atmosphériques comptent quant à elles pour 14 % et les boues de station d'épuration pour 5%.

   
   
D'un point de vue réglementaire, les boues de step doivent répondre au seuil fixé par le plan d'épandage. En revanche, si les effluents d'élevage sont épandus sur les terres des propriétaires des animaux qui les ont produits, il n'y a aucune réglementation sur les apports de contaminants via leur épandage.

"Les règlementations européenne et nationale actuelles encadrant les matières fertilisantes visent à limiter la contamination des sols, mais ne prennent pas en compte des considérations de risque pour l'Homme, notamment pour le consommateur, note l'Anses. Actuellement, la Commission européenne souhaite réviser cette règlementation avec pour objectif la fixation de nouvelles valeurs limites des contaminants dans l'ensemble des matières fertilisantes, tenant compte des effets adverses pour l'Homme et l'environnement".

Le 16 juillet 2022, doit rentrer en application le règlement européen qui harmonise les règles de mise sur le marché des fertilisants porteurs d'un marquage CE. Un compromis autour d'une première valeur limite en cadmium des engrais minéraux phosphatés à 60 milligrammes de cadmium par kilogramme d'anhydride phosphorique (P2O5, composant majoritaire des engrais minéraux phosphatés contenant du cadmium) a été fixé.

"Ce compromis ne favorise pas un renversement rapide de la tendance", constate l'Anses. Pour sa part, elle recommande que l'apport en cadmium par les matières fertilisantes, ne dépasse pas un flux de 2 grammes de cadmium par hectare et par an. Pour les engrais minéraux phosphatés, l'agence préconise une concentration en cadmium dans le produit inférieur à 20 milligrammes de cadmium par kilogramme d'anhydride phosphorique.

Des travaux à mener pour déterminer l'exposition des professionnels

Pour les professionnels, l'exposition principale semblerait être par inhalation. Ses effets toxiques sont reconnus de longue date : le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) l'a classé dans le groupe 1 cancérogène pour l'Homme et dans le règlement CLP, le cadmium est classé cancérogène (catégorie 1B), mutagène sur les cellules germinales (catégorie 2) et toxique pour la reproduction (catégorie 2).

Dans son analyse, l'Anses s'est penchée sur les niveaux de contamination du secteur des engrais phosphatés, les secteurs industriels qui générent et épandent des matières fertilisantes d'origine résiduaire ainsi que les utilisateurs de matières fertilisantes et supports de cultures.

Résultats : l'Agence pointe un manque de données et un nécessaire approfondissement de l'étude pour établir une évaluation fiable. Elle propose notamment d'inclure le cadmium dans la liste des substances à doser dans le projet de recherche Family Farm, qui s'intéresse à l'exposition des agriculteurs et leurs familles aux pesticides.

Réactions1 réaction à cet article

 

Les engrais minéraux constitueraient donc une source importante de contamination de l'environnement ? Bon sang, mais c'est à peine croyable ! Sûr que s'il avait su ça plus tôt, le ministère de l'agriculture n'aurait pas laissé faire...
On attend désormais avec impatience les consignes que la FNSEA va donner à ses troupes pour mettre un terme à cette pollution et ainsi nous montrer une fois de plus qu'il s'agit d'un syndicat très concerné par les questions environnementales et la protection des riverains des champs !!!

Pégase | 30 septembre 2019 à 13h07
 
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