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“Mon architecture est un lieu d'appropriation collective”

L’architecte allemande de 34 ans, Anna Heringer, a reçu le Global Award for Sustainable Architecture*, pour ses travaux dans le Nord du Bangladesh rural, où elle a amené les habitants à construire une école en terre et en bambou sans électricité.

Interview  |  Gouvernance  |    |  Agnès Sinaï Actu-Environnement.com
   
“Mon architecture est un lieu d'appropriation collective”
Anna Heringer
Architecte
   

Actu Environnement : Quels sont les concepts et l'éthique de votre architecture ?

Anna Heringer : Je m'inspire de l'identité locale des populations, des ressources propres à un paysage, à un environnement, des savoir-faire artisanaux. Les notions de liberté et d'autonomie sont pour moi fondamentales : les potentialités des habitants doivent être mises en valeur, l'architecture n'est pas là comme une contrainte venue de l'extérieur, mais comme un élément d'appropriation, de participation, comme un bien commun dont le profit revient aux habitants, co-constructeurs des édifices, qui prennent ainsi en main leur vie et retrouvent la confiance dans leur destin. C'est au Bangladesh, où je séjourne périodiquement depuis une dizaine d'années, que j'ai vécu cette expérience de co-construction, qui a été un élément d'émancipation pour les habitants et les usagers.

AE : Quelle est votre définition de la durabilité ?

AH : Pour moi, une démarche de développement durable, une démarche soutenable met d'abord en avant la participation des usagers à la construction de l'édifice qu'ils vont être fiers de co-construire. Cette dimension sociale d'appropriation par les habitants me paraît aussi importante que les dimensions esthétiques et environnementales de la soutenabilité. Il me semble que les usagers d'un bâtiment sont d'abord des créateurs avant d'être des consommateurs. Certains matériaux le permettent, comme le bois et la terre, qui sont des biens communs. Donner le pouvoir de créer et de construire, voilà mon but lorsque j'interviens auprès d'une communauté : mon architecture est un lieu d'appropriation collective. Dans les pays occidentaux, les habitants sont très rarement impliqués et sollicités dans leur créativité. C'est une dimension qui pourrait être développée. La soutenabilité va de pair avec la simplicité. Elle est également synonyme de beauté, d'harmonie avec l'environnement naturel, mais aussi avec l'environnement social. L'architecture telle que je la conçois sert à favoriser les relations humaines, et à mobiliser des emplois nombreux pour la construction. Au Bangladesh, le chômage de masse justifie une main d'œuvre nombreuse sur les bâtiments. L'architecture simple, en terre et en bois, est à la portée des travailleurs locaux et ne sollicite pas de mécanisation, de béton et de grues industrielles. Vouloir réduire la main d'œuvre me semble une mauvaise piste sociale.

   
Chantier à Rudrapur, Bangladesh © AH
 
   
AE : Quels sont vos matériaux de prédilection ?

AH : Le meilleur critère de choix des matériaux est leur accessibilité locale. Il faut utiliser des matériaux vernaculaires, qui peuvent être aussi doux que la soie, aussi rudes que la pierre, dont la variété est grande et la beauté diversifiée, et qui ne demandent pas d'énergie extérieure pour leur transformation. La terre, le bois ou le bambou vieillissent mieux que le béton et restent esthétiques pour longtemps. Ce sont des matériaux universels. Malheureusement, l'usage de la terre est depuis longtemps négligé par l'architecture, alors que c'est le matériau le plus disponible sur la planète. Seule une université enseigne la construction en terre en France, à Grenoble. Mais, à quelques exceptions près, la terre n'est pas reconnue ni répertoriée dans les usages courants, alors qu'elle joue un rôle vital parmi ceux qui n'ont pas les moyens de payer des constructions en béton et en acier.

AE : Est-ce que vous vous définissez comme une architecte low-tech ?

AH : Oui, c'est exactement ça. Par opposition aux hautes technologies (high techs), les basses technologies (low techs) consomment peu d'énergie et mobilisent les ressources locales, tout en faisant appel à une main d'œuvre intensive. Elles sollicitent l'autonomie des populations. Elles créent des systèmes résilients. Je suis convaincue qu'il faut se rendre moins dépendant de la high tech en général, et compter sur les forces locales, plutôt que sur des systèmes sophistiqués et fragiles, coûteux et inaccessibles aux populations pauvres. La soutenabilité ne doit pas se cantonner à un monde sophistiqué d'experts et à des technologies coûteuses utilisés par les plus privilégiés.

* Créé en 2006 par Jana Revedin, le Global Award for Sustainable Architecture récompense chaque année cinq architectes internationaux engagés sur la voie du développement durable.

Réactions1 réaction à cet article

 

J'adhère tout à fait à ça.
Nos sociétés soi-disant modernes auraient bien besoin de réapprendre la simplicité.

Remyd | 29 juillet 2011 à 10h55
 
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