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Gouvernance de l'Arctique : les tensions actuelles prennent des allures de nouvelle guerre froide

Alors que les cinq Etats riverains de l'Arctique souhaitent exploiter les nouvelles opportunités offertes par la fonte des glaces en se référant au droit international, d'autres parties demandent une gouvernance élargie au nom de l'environnement.

Biodiversité  |    |  Sophie Fabrégat Actu-Environnement.com
   
Gouvernance de l'Arctique : les tensions actuelles prennent des allures de nouvelle guerre froide
   

Une conférence organisée sous l'égide de l'OTAN (Organisation du traité de l'atlantique Nord), du 13 au 15 octobre à l'Université de Cambridge, a mis en exergue les tensions et les différences de vue autour de la gouvernance de la région Arctique. Pendant trois jours, des diplomates, des chercheurs universitaires, des élus et des industriels ont échangé sur les questions de sécurité liées au changement climatique dans cette zone.

Autrefois protégée par sa mer de glace, cette région est de plus en plus l'objet de convoitises du fait des nouvelles opportunités offertes par la fonte des glaces. Cette zone pourrait contenir un quart des réserves mondiales de gaz naturel et de pétrole. La diminution saisonnière de la calotte glaciaire ouvre également la voie à de nouvelles routes maritimes et à de nouvelles ressources halieutiques.

   
Evolution de surface maximale de la banquise entre 1980 et 2010 © University of Illinois
 
   

Aujourd'hui, les cinq Etats côtiers de l'Arctique (Russie, Norvège, Canada, Danemark et Etats-Unis) font valoir leurs droits sur les fonds marins en vertu des textes internationaux sur les droits de la mer. D'autres parties, dont l'UE et la plupart des ONG environnementales, souhaitent une gouvernance multilatérale aux vues des enjeux environnementaux propres à cette zone. D'aucuns craignent que cette course au pôle Nord soit source d'instabilité politique, à l'instar de Paul Berkman, chercheur au Scott polar research institute pour qui les tensions actuelles prennent des allures de nouvelle guerre froide.

Les pays riverains souhaitent maintenir leur chasse gardée

Aucun pays n'exerce de souveraineté sur le pôle Nord ou l'océan Arctique. Aujourd'hui, ce sont les dispositions de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (UNCLOS) qui s'appliquent à cette région. Cette convention contient également des dispositions relatives à l’exploitation des ressources biologiques et non biotiques et à la protection de l’environnement. Un texte soutenu par les Etats riverains, car il leur permet une chasse gardée sur les fonds marins, les eaux territoriales et écarte l'idée d'une gouvernance plus large demandée par certains. Dépassant leurs conflits, ces cinq Etats se serrent les coudes pour protéger leurs intérêts nationaux.

En mai 2008, ils ont adopté la déclaration d'Ilulissat, dans laquelle ils indiquaient rester attachés au cadre juridique existant et au règlement harmonieux des éventuelles revendications qui se chevaucheraient.
Ils se sont entendus début octobre pour créer une Commission hydrographique régionale pour l'Arctique, organisme qui sera chargé, entre autres, d'établir une cartographie précise des eaux arctiques en vue de faciliter la navigation maritime dans cette zone.

Le 15 septembre dernier, la fédération de Russie et la Norvège ont signé un traité bilatéral concernant la délimitation maritime et la coopération en mer de Barents et dans l'océan Arctique. Objet d'une longue discorde, cet espace maritime de 175.000 km2 serait riche en ressources naturelles. Les deux pays se sont finalement entendu sur une coopération pour l'exploitation de gisements d'hydrocarbures et la gestion des pêches sur les zones ''limitrophes''.

Mais parallèlement, chacun accroît ses recherches pour prouver que certains fonds marins tombent sous sa souveraineté. En effet, la Convention de l'ONU prévoit que les Etats côtiers sont souverains dans une limite de 200 milles marins au large des côtes, mais précise que ceux-ci peuvent demander à étendre cette zone d'exclusivité jusqu'à 350 milles s'ils démontrent que leur plateau continental se prolonge au-delà des 200 milles. Les cinq Etat étayent donc leur dossier qu'ils doivent présenter à la Commission des limites du plateau continental de l'ONU, seul organisme international habilité à homologuer l'appartenance nationale des extensions du plateau arctique.

L'UE prône une gouvernance élargie

Un repli sur soi que dénoncent certaines parties, dont l'Union européenne, qui est inextricablement liée à cette région. Trois États membres (le Danemark, la Finlande et la Suède) possèdent des territoires dans l’Arctique. Deux autres États arctiques (l’Islande et la Norvège) appartiennent à l’Espace économique européen.

Lors de la conférence organisée par l'OTAN, la vice-présidente du Parlement européen, Diana Wallis, a épinglé le repli des Etats riverains au sein du Conseil de l'Arctique (dont les membres permanents sont le Canada, les Etats-Unis, la Finlande, l'Islande, la Norvège, la Suède, la Russie et le Danemark avec le Groenland et les îles Féroé) et demandé qu'il soit élargi.

''Nous nous félicitons de l'accent qui est mis sur les questions environnementales, a répliqué Holm Olsen, ministre des affaires étrangères du Groenland. Ce qui est moins bienvenu, c'est la notion selon laquelle il ne devrait pas y avoir de développement industriel au nom de la protection de l'environnement. Ce dont vous avez pu bénéficier ne devrait pas nous, Arctique, être refusé à nous, région Arctique''.

Réactions1 réaction à cet article

 

C'est quand même hallucinant de constater les mouvements de contrôle de cette zone qui s'amorcent... alors que la fonte de la calotte arctique est une *catastrophe absolue* en soit, donc *tout* le monde paiera les conséquences au centuple. A ce sujet voir par exemple:

http://climateprogress.org/2010/06/06/arctic-death-spiral-maslowski-ice-free-arctic-watts-goddard-wattsupwiththat/

http://backseatdriving.blogspot.com/2007/08/james-hansen-and-albedo-flip.html

ecospan | 19 octobre 2010 à 12h37
 
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