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La France veut peser sur la gouvernance de l'Arctique

La France a présenté sa politique sur l'Arctique. Elle appelle à la mise en place de normes de sécurité environnementale. La région connaît un réchauffement rapide ouvrant la voie aux forages miniers, d'hydrocarbures et à la surpêche.

Biodiversité  |    |  Rachida BoughrietActu-Environnement.com

Le ministre des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault a présenté le 14 juin la feuille de route nationale sur l'Arctique, préparée depuis 2013 par Michel Rocard, ambassadeur chargé des pôles. Elle inscrit parmi les priorités françaises, "pendant les prochaines années", la protection de l'environnement de "cet écosystème unique et fragile".

Alors que la hausse des températures causée par les changements climatiques fait fondre les glaces arctiques, ce territoire, riche en hydrocarbures et en minerais (pétrole, gaz, or, diamants, fer), a attisé la convoitise des compagnies pétrolières, avec le feu vert des pays voisins (Russie, Norvège, Canada, Etats-Unis (Alaska), Danemark (Groenland)), en vertu de leur juridiction. Ces cinq Etats limitrophes de l'océan Arctique ont des droits souverains sur les ressources naturelles qui s'y trouvent. Ils coopèrent avec la Suède, la Finlande, l'Islande au sein du Conseil de l'Arctique, un forum intergouvernemental. La France fait partie des 12 Etats observateurs permanents, avec la Chine très intéressée aussi par ces ressources.

Encadrer voire interdire les activités extractives à risques

L'intérêt de ces pays a grandi pour cette zone en 2008. Date à laquelle une étude de l'Agence géologique américaine (US Geological Survey) avait chiffré les gisements potentiels de l'Arctique. La région pourrait abriter jusqu'à 13% des réserves mondiales non encore découvertes de pétrole et 30% des réserves mondiales non encore découvertes de gaz, principalement en Russie et en Alaska. Malgré ce potentiel, les obstacles à cette terre promise sont nombreux : le prix du baril a chuté en 2015 et les surcoûts d'exploitation, liés aux conditions climatiques et de glaces, diminuent la rentabilité de ces gisements, au point de faire reculer Total et Shell. La présence de terres rares (métaux stratégiques) suscite également les convoitises, notamment au Groenland, qui recèlerait 25% des réserves mondiales. La fonte des glaces a aussi ouvert la voie à d'autres activités : nouvelles routes maritimes et pêche.

Mais au nord de la mer de Barents, près de l'archipel du Svalbard, les flottes de pêche au chalut norvégiennes et russes détruiraient les habitats des espèces indigènes, a alerté l'ONG Greenpeace.

Face à ce constat, la France plaide pour "l'application de normes environnementales élevées" en Arctique, a déclaré Jean-Marc Ayrault devant un parterre de scientifiques, d'élus, de représentants d'entreprises et d'ONG. "La France respecte et reconnaît la souveraineté, la juridiction des Etats de l'Arctique. Mais elle connaît aussi ses obligations au niveau du droit international". Le ministre a réaffirmé les engagements du Président François Hollande, prononcés le 16 octobre 2015, à l'occasion de la Conférence du Cercle arctique à Reykjavik (Islande). "Il faudra renoncer à exploiter la plupart des ressources [fossiles] connues (…), si nous voulons limiter le réchauffement climatique à 2°C, à 1,5°C (d'ici 2100, ndlr)", a réitéré M. Ayrault.

La France plaide, dans sa feuille de route, pour un encadrement des activités extractives "à la hauteur des enjeux environnementaux arctiques pouvant aboutir à leur interdiction dans les cas où le risque apparaîtrait trop grand". Elle soutient l'adoption de processus garantissant une expertise écologique et une étude d'impact en amont de toute nouvelle activité. Depuis 2013, l'énergéticien russe Gazprom exploite le pétrole arctique en mer de Barents. La firme pétrolière italienne Eni a commencé en mars 2016 la production de sa plateforme pétrolière offshore Goliat dans l'Arctique norvégien. Or, en 2013, le Conseil de l'Arctique a adopté un accord non contraignant sur la prévention des marées noires.

La France considère que l'Arctique "doit être une zone pilote de développement des technologies vertes", promue par la présidence américaine du conseil de l'Arctique (2015-2017). "Dans une zone où changement climatique rime avec perspectives de développement économique et commercial, les enjeux de croissance verte (développement des énergies renouvelables, des technologies vertes, de l'investissement et de l'innovation) sont primordiaux", indique la feuille de route.

Le pergélisol : "une bombe climatique à retardement"

La priorité est également "de lutter contre les forceurs climatiques à courte durée de vie comme le carbone suie. C'est essentiel pour la maîtrise des températures mondiales", avait ajouté François Hollande à Reykjavik en Islande. Et pour cause : "Sur la période récente, le réchauffement du climat de l'Arctique est quatre fois plus important que l'augmentation de la température moyenne à la surface de notre planète", a prévenu Marie Noëlle Houssais, océanographe, directrice de recherche au CNRS. "La diminution de l'étendue de la banquise arctique en fin d'été est l'une des manifestations les plus spectaculaires de l'évolution actuelle du climat boréal. Depuis la fin des années 1980, le volume total des glaces de mer arctiques aurait diminué de 75%", a-t-elle ajouté. Soit une perte moyenne d'étendue de la banquise de 13,4% par décennie.

La scientifique a également alerté sur la fonte du pergélisol (ou sol gelé) de la zone Arctique qui est le plus gros réservoir continental de carbone de la planète. "En libérant de grandes quantités de gaz à effet de serre, la fonte du pergélisol pourrait avoir des conséquences dramatiques sur le changement climatique". Selon le 5e rapport du Groupe d'experts sur l'évolution du climat (Giec), "il n'y a guère de signal inversif au cours du siècle prochain", a prévenu Mme Houssais. Elle a appelé à accélérer la recherche scientifique française et internationale.

Préserver les écosystèmes

Les cinq Etats riverains sont en train de négocier sur un projet d'accord cette fois contraignant de prévention de la pêche illégale dans l'océan Arctique central, en lien avec la Commission européenne. L'UE a inscrit cet objectif dans sa politique intégrée sur l'Arctique, présentée en avril dernier. La France appuie cette initiative visant à établir un cadre de gestion durable des pêches. Elle soutient également "la démarche de définition d'aires marines protégées", en concertation avec les acteurs impliqués. Les ONG demandent de sanctuariser l'Arctique (à l'instar de l'Antarctique depuis 1991) pour protéger les espèces. La France milite aussi "pour une prise de mesures visant à limiter l'impact de la navigation sur les mammifères marins".

L'Arctique est pour la France "une zone écologiquement sensible dans laquelle les intérêts français doivent s'exprimer dans une logique d'intérêt durable et général bien compris", conclut la feuille de route. Dans l'UE, l'Espagne et les Pays-Bas doivent rendre publiques en 2016 leurs politiques Arctique. L'Allemagne l'a présentée en 2013.

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