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Plastiques : le recyclage mécanique et le recyclage chimique affutent leurs arguments environnementaux

Les questions environnementales sont une des clés de la lutte que se livrent le recyclage mécanique et le recyclage chimique. L'empreinte carbone est souvent mise en avant. L'enjeu des substances préoccupantes émerge.

Décryptage  |  Déchets  |    |  Philippe Collet  |  Actu-Environnement.com

Les spécialistes du recyclage mécanique n'ont eu de cesse d'afficher leur hostilité au déploiement du recyclage chimique, tout au moins s'agissant des résines, comme le polyéthylène téréphtalate (PET), pour lesquelles ils proposent déjà des solutions. Les deux camps affutent leurs arguments. À l'occasion de la consultation sur la réforme du dispositif de collecte et de reprise des plastiques, les défenseurs du recyclage mécanique ont interrogé l'impact environnemental de leur concurrent.

Valorplast, l'entreprise qui assure la reprise dite « option filière » des emballages plastique triés par les collectivités a demandé, si « un bilan technico-économico-environnemental [avait] été réalisé [et] quelles en sont les conclusions ». Les fédérations professionnelles des gestionnaires de déchets ont, quant à elle, expliqué qu'elles jugent indispensables de retenir l'une ou l'autre des techniques de recyclage à l'aune d'un bilan environnemental.

La réduction des émissions de CO2 mise en avant

Sur le sujet, les promoteurs des deux technologies n'hésitent pas à mettre en avant les gains du recyclage en matière d'émissions de carbone. Le Syndicat des régénérateurs de matières plastiques (SRP) explique ainsi que les 536 657 tonnes recyclées mécaniquement en France, en 2021, représentent « un potentiel d'économies CO2 de plus de 1 million de tonnes ». L'argument est avancé depuis 2017 et la publication d'un inventaire du cycle de vie (ICV) réalisé conjointement avec l'Agence de la transition écologique (Ademe). Le recyclage mécanique du PET, la résine qui attise le plus les convoitises, permettrait de diviser par trois les émissions de gaz à effet de serre par rapport à la production de résine vierge, selon cette étude.

De leur côté, les tenants du recyclage chimique ne sont pas en reste. Ineos Styrolution, qui travaille sur le recyclage du polystyrène (PS), explique que son procédé réduit de moitié les émissions de CO2 par rapport à du PS vierge. Sabic, le géant de la pétrochimie qui développe une unité de recyclage du polyéthylène (PE) aux Pays-Bas, explique que l'empreinte carbone « cradle-to-cradle » est réduite de 2 kg de CO2 pour chaque kilo de PE recyclé avec son procédé de pyrolyse. Cette comparaison s'appuie notamment sur les bénéfices indirects de l'incinération évitée.

Une étude globale, réalisée par le Karlsruhe Institute of Technology (KIT) tente la synthèse. Elle montre que la comparaison est complexe et repose sur de nombreuses variables, comme le mode de collecte des déchets, leur qualité (en particulier la présence ou non de résidus organiques), le niveau de tri (plus ou moins poussé selon les modes de recyclage), ou encore le devenir des déchets non recyclés. Finalement, elle conclut que le recyclage chimique apparaît plus performant que le recyclage mécanique en termes de coûts et d'efficacité carbone. Mais les auteurs s'empressent d'ajouter que les meilleurs résultats sont obtenus en combinant les deux solutions. Il est possible en associant le meilleur des deux technologies de réduire de 0,48 kg les émissions de CO2 par kilo de déchets plastique par rapport à un scénario tendanciel qui se fonde uniquement sur le recyclage mécanique.

De l'alimentaire vers l'alimentaire

Mais le bilan environnemental ne s'arrête pas à l'impact climatique. À mesure que le recyclage des plastiques progresse, le devenir des additifs associés aux résines interroge. Le Réseau international pour l'élimination des polluants alerte notamment sur la présence du substances dangereuses, comme des polluants organiques persistants (POP) ou des perturbateurs endocriniens, dans des plastiques recyclés. En jeu, l'impact en termes de santé et la capacité des plastiques recyclés à être aptes au contact alimentaire.

Pour l'instant, il semble que le plastique recyclé employé pour des emballages alimentaires soit épargné. Pour cela, les recycleurs n'emploient que des déchets d'emballages alimentaires, ce qui de fait limite la présence de substances dangereuses en entrée. C'est la stratégie adoptée pour le recyclage de PET, puisque le PET recyclé incorporé dans de nouvelles bouteilles est produit à partir de bouteilles usagées. Mais cette stratégie conduit à une envolée de son prix tant la demande décolle.

Bien sûr, il faut s'assurer que les déchets employés sont bien des emballages alimentaires. Si ce tri est relativement simple pour les bouteilles, il est plus complexe pour d'autres emballages, comme les films plastique. Le marquage numérique (digital watermark) des emballages, grâce à un filigrane qui indique les caractéristiques du film, est une solution envisagée. Le recours à l'intelligence artificielle est aussi étudié.

 
Qu'est-ce que le recyclage ? L'Alliance recyclage fait valoir que le recyclage chimique « ne répond pas à ce jour à la définition européenne du recyclage ».
Le rapport de l'Echa confirme que de nombreuses technologies se cachent derrière ce terme. Ces technologies modifient la structure des polymères pour obtenir des liquides, des gaz ou d'autres produits, contrairement au recyclage mécanique qui modifie physiquement les plastiques en les broyant et les remodelant.
Autre différence : les produits obtenus sont parfois employés comme combustibles, ce qui constitue une « valorisation énergétique », pas une « valorisation matière ». L'Echa recommande donc de clarifier les différentes définitions.
En l'occurrence, la Commission européenne y travaille. Une première appréciation de la place qui sera accordée au recyclage chimique devrait être fixée par les lignes directrices relatives à l'obligation d'incorporer 25 % de PET recyclé dans les bouteilles en 2025. Mais l'élaboration de ce document, attendu initialement en juillet, fait l'objet d'âpres négociations et semble avoir pris du retard.
 
L'Echa questionne le recyclage chimique

De son côté, le recyclage chimique propose une autre alternative : revenir à une matière première (des monomères ou de l'huile employée à la place d'un hydrocarbure) pour produire des résines parfaitement identiques aux polymères vierges. Quant aux substances indésirables, elles sont censées être éliminées en amont de la production de la résine.

Mais sur ce point, l'Agence européenne des produits chimiques (Echa) est prudente. Un rapport publié en novembre dernier explique que le devenir des substances préoccupantes présentes dans les déchets est pour l'instant peu étudié. L'Echa explique que les premiers résultats sur des déchets électroniques et les retardateurs de flamme bromés sont très variés. En outre, la pyrolyse (la technologie employée pour recycler le PE) peut, elle aussi, produire des composés bromés toxiques qui peuvent se retrouver dans les huiles. Enfin, rien ne garantit que de bons résultats de laboratoires peuvent être reproduits à l'échelle industrielle.

Et l'Agence européenne de recommander de limiter le recyclage chimique à des catégories de déchets dont on sait qu'ils ne contiennent pas de substances indésirables. En bref : il faudrait assurer un tri rigoureux comme c'est déjà le cas pour le recyclage mécanique.

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