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Chimie du végétal : le marché des bioplastiques en croissance

Si la R&D sur les matières végétales s'accélère, les ventes de bioplastiques augmentent même si le marché des produits biosourcés est encore limité. L'efficacité industrielle, économique et environnementale de la chimie végétale reste à démontrer.

Agroécologie  |    |  Rachida Boughriet Actu-Environnement.com
   
Chimie du végétal : le marché des bioplastiques en croissance
   
Intensifier la recherche française sur les végétaux (amidon, glucose, glycérol, paille, résidus de bois, oléagineux…) pour développer une chimie verte en France et en Europe : tel est l'objectif de l'Association Chimie du Végétal (ACDV). Lancée en 2008, elle fédère à ce jour 28 membres parmi les industriels de la chimie (l'UIC- Union des Industries chimiques-UIC, BASF, Arkema, Rhodia, Solvay, des agro ressources (Soufflet, Roquette, Syral, l'USIPA, …) et les industriels clients en aval. Toutes les filières agricoles sont représentées au sein de l'association : la cellulose, l'amidon, les oléagineux et les protéagineux. Son but : ''accélérer la mise sur le marché de produits biosourcés'', a rappelé le 27 mai, Christophe Rupp-Dahlem, Président de l'ACDV, et directeur des programmes chimie du végétal chez Roquette, en présentant les actions de l'association. D'autant que dans le cadre du Grenelle, l'industrie chimique française s'est engagée à passer d'une utilisation de ''5 à 8%'' (chiffres UIC) de matières premières d'origine végétale à 15% d'ici à 2017.
Limiter la dépendance de l'économie au pétrole, réduire les émissions de gaz à effet de serre, maintenir et créer de la valeur ajoutée et de l'emploi, participer à la croissance verte sur le plan international et enfin répondre aux exigences du règlement européen REACH… Tels sont les enjeux du développement de la chimie végétale dans l'Hexagone. Les dérivés des plantes peuvent en effet remplacer le pétrole dans nombre de process industriels. Des cosmétiques aux détergents et textiles en passant par les produits d'hygiène, d'entretien et d'emballages, tous ces produits pourraient être fabriqués à partir de matières premières végétales en substitution des dérivés du pétrole.

Un marché encore limité malgré le développement des bioplastiques

En dépit de la crise, la recherche dans ce domaine reste active en France notamment au sein du pôle de compétitivité Industrie et Agro-Ressources (IAR) et Axelera, également membres de l'association. La R&D s'accélère en particulier dans les bioplastiques déjà mis sur le marché par des industriels. L'allemand BASF a développé sa gamme de plastique Ecoflex composée à 25% de matières renouvelables. Depuis le 1er trimestre 2010, il commercialise la matière plastique dite biodégradable, l'Ecovio FS, composé de 45% d'acide polylactique (PLA) obtenu à partir du maïs et de 55% d'Ecoflex, ajoutée à sa gamme de produits des papiers d'emballages, et de films thermorétractables. La société Sphere produit aussi des sacs poubelles à base de fécule de pomme de terre commercialisés dans toute l'Europe. Roquette vient également de lancer à Lestrem (62) deux unités industrielles. L'une est dédiée à la production de la molécule isosorbide (20 à 30.000 tonnes) utilisée comme matière première dans de nombreux polymères, solvants et plastifiants verts, a précisé Christophe Rupp-Dahlem. L'autre, développée avec le néerlandais DSM vise à produire plusieurs centaines de tonnes d'acide succinique par un procédé de fermentation pour élaborer des polymères comme le PBS (Polybutylène succinate), utilisé dans la fabrication d'emballages et films agricoles. Bioamber, société détenue par ARD (Agro-industrie recherche et Développements) et DNP Green Technology, a aussi démarré en décembre dernier une unité d'acide succinique dotée d'une capacité de production de 2.000 tonnes par an. Les intermédiaires chimiques de synthèse offrent un gros potentiel à la chimie végétale. De son côté, Solvay produit de l'épichlorhydrine à partir de glycérol.

Rhodia mise également sur le sourcing végétal pour les biotechnologies. Outre la cellulose du pin utilisée pour fabriquer des filtres à cigarette ou des films de protection pour écrans à cristaux liquides, le chimiste emploie également l'éthanol pour produire des biosolvants. Les oléagineux, en particulier le soja, le colza, l'arachide, la noix de coco et le ricin servent à produire des acides utilisés ''dans la fabrication de tensioactifs pour les shampooings, gels douche ou détergents et les plastiques de haute performance pour l'automobile'', selon Jean-Marc Pujol, responsable du pôle Novecare chez Rhodia. Les biomatériaux dans les voitures ont en effet le vent en poupe. D'ailleurs PSA Peugeot Citroën souhaite intégrer une dizaine de pièces en bioplastiques dans ses véhicules d'ici à 2015 tandis qu'Arkema espère faire 10% de son chiffre d'affaires à partir de ressources végétales d'ici cette date. Le chimiste a notamment signé une convention de recherche sur les acryliques issus du végétal avec le Conseil régional de Lorraine. Ce programme, doté de 11M€ sur 3 ans, vise à élaborer un procédé de conversion du glycérol co-produit du biodiesel en acide acrylique.

Des impacts environnementaux potentiellement défavorables

Les industriels semblent enthousiastes et très confiants dans l'avenir de ces nouveaux matériaux. Si ce marché est appelé à se développer, il restera encore secondaire au regard des plastiques traditionnels. European Bioplastics, l'Association européenne des producteurs de bioplastiques, estime qu'en 2007 le marché représentait environ 260.000 tonnes soit 0,5% du marché global des plastiques. Cette part de marché pourrait atteindre 3% fin 2010. Par ailleurs, en 2006, sur 600.000 tonnes de solvants utilisés sur le marché, seuls 2,5 % étaient des biosolvants, sur 400.000 tonnes de tensio-actifs utilisés, 33 % étaient d'origine végétale, avec une ambition d'ici 2015 de 10 % et 30 % respectifs, selon un rapport du Haut conseil de la coopération agricole (HCCA) publié en septembre dernier.

Toutefois, ce développement même faible fait craindre des impacts environnementaux et sociaux majeurs à long terme. L'efficacité industrielle, économique et environnementale de la chimie végétale reste encore à démontrer. Le caractère ''renouvelable'' des polymères d'origine agricole fait en effet débat. La question de la consommation d'eau lors de la phase de production des résines, notamment l'amidon de maïs, pourrait poser problème. A l'image des agrocarburants décriés, les produits biosourcés font également polémique autour de la concurrence alimentaire. Mais le président de l'Association Chimie du Végétal affirme qu'il s'agit avant tout de ''développer cette chimie du végétal de façon raisonnée sans perturber l'alimentation'' et qu'il ne faut pas ''confondre les biocarburants et les produits biosourcés''. Les surfaces cultivées seraient ''moindres'' pour ces produits, estime-t-il. Actuellement, 1% des surfaces arables agricoles en France serait dédié à la chimie du végétal, selon M. Rupp-Dahlem. 4 % de la surface agricole utilisée permettraient de produire des intermédiaires chimiques d'ici 2020, contre 15 à 20 % pour les biocarburants''. De même que le rapport du HCCA tient à préciser que ''le développement de la chimie végétale ne dépend pas uniquement de l'exploitation des terres agricoles mais bien d'une utilisation raisonnée (…) de toutes les formes de la biomasse encore largement inexploitée (déchets et résidus, bois et algues)''.

Des projets sur la deuxième génération de produits biosourcés issus de déchets agricoles sont en route mais cette filière ne devrait pas voir le jour avant 5 à 10 ans. Quant aux recherches actuellement menées par la société Fermentalg sur les micro-algues, celles-ci sont principalement destinées aux produits alimentaires et carburants. La société prévoit un lancement commercial fin 2011.
En attendant, les professionnels veulent se tourner vers l'analyse du cycle de vie (ACV). L'association, en collaboration avec l'Ademe, participe à la réalisation d'un document sur des ACV simplifiées pour les produits biosourcés. Les professionnels de l'association demandent en outre que le cadre fiscal et réglementaire soit optimisé pour développer la filière, à l'instar des préconisations du haut conseil de la coopération agricole (HCCA). L'association plaide pour la prise en compte ''de la contribution positive de la chimie du végétal dans la réduction des émissions de CO2'', la définition d'un objectif chiffré d'incorporation de biomasse dans certains produits et œuvre à la création d'une étiquette carbone à l'image de l'étiquette énergie. Le HCCA a également recommandé en septembre dernier que ''soient mobilisés 500 M€ de fonds publics sur 5 à 7 ans'', en citant le Grand emprunt tout en ajoutant ''un réel enjeu en termes d'emplois''.

Réactions2 réactions à cet article

 
Conséquences sur l'alimentation

Bonjour,

Vous écartez les conséquences sur la disponibilité alimentaire en raison de la faible part du marché consacrée aux biosources. Certes ! mais elles se rajoutent à la part consacrée aux agrocarburants.

La conséquence peut être de 3 ordres :

*lorsque les installations industrielles seront mises en service, on nous dira qu'elles doivent maintenant qu'elles sont construites, tourner. Aussi, le jour où l'approvisionnement français fera défaut on tapera nécessairement ailleurs notamment dans les pays du sud.

* dans le cas où la biosource sera moins chère dans les pays du sud, on nous fera la remarque qu'il faut bien faire de la marge, le sud trinquera encore

*Enfin ce sont les échanges internationaux qui font le prix et non pas ce qui est consommé sur le plan national. Aussi, l'accroissement de consommation alimentaire fait augmenter les prix et le sud ne peut plus se nourrir

On ne peut donc pas d'une phrase régler ce problème qui est très complexe et qui lorsque cette industrie tournera à fond,ne sera plus réglé que par le marché

AMS | 03 juin 2010 à 17h35
 
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Je suis totalement d'accord avec l'avis précédent. Ont à présenter il y a quelques années le bio-carburant à base d'éthanol comme la solution miracle pour sortir de l'ère du pétrole. Ont s'est rapidement rendu compte que la totalité des surfaces cultivable du globe ne permettrait pas de produire suffisamment de carburant. Je suis d'accord qu'il est d'une importance cruciale de diversifier les sources d'approvisionnement en matière que ce soit en industries, en énergétique... Toutefois, avec un développement trop important de ces industries la bourse de Chicago va encore s'enflammer et au final de plus en plus de personnes risques de souffrir de la faim dans le monde. L'intention est louable mais la réalité peut se montrer très cruelle. De toute façon comme dit dans le commentaire précédent le marché fixera les prix et tout le monde sait que ce sera à la hausse (ont est capitaliste ou on ne l'est pas). Au final, ce genre de technologie doit bien évidemment est développé mais tout en restant en marge des techniques classiques.

florian | 19 juillet 2011 à 10h18
 
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