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Assurances : gestion des risques naturels garantie ?

Tempêtes, inondations et sécheresse sont amenées à être de plus en plus fréquentes avec le changement climatique. Les assurances vont devoir suivre la politique d'adaptation, autant dans la couverture des sinistres que dans la gestion d'actifs.

Gouvernance  |    |  Lauriane RialheActu-Environnement.com

Les changements climatiques constituent le risque stratégique le plus important pour le secteur de l'assurance. Car les impacts "affectent tous les métiers des assurances, de la conception des produits à la gestion de leurs actifs, en passant par l'évaluation du risque et donc des prix ainsi que le cadre réglementaire régissant le secteur", expliquent les Amis de la Terre dans une étude sur les institutions financières publiques. C'est aussi ce que souligne le Plan national d'adaptation au changement climatique (Pnacc) publié en juillet dernier.

Depuis 1982, les phénomènes naturels sont couverts par les assurances. Et désormais, tout contrat dit "multirisques" comprend l'indemnisation des dégâts causés par une tempête ou un séisme. Mais la garantie catastrophe naturelle joue seulement si un arrêté interministériel paru au Journal officiel constate l'état du sinistre. Le Code des assurances ne donne pas de réponse précise à la question "qu'est-ce qu'une catastrophe naturelle ?", mais il définit les effets des catastrophes naturelles comme étant "les dommages matériels directs non-assurables ayant eu pour cause déterminante l'intensité anormale d'un agent naturel lorsque les mesures habituelles à prendre pour prévenir ces dommages n'ont pu empêcher leur survenance ou n'ont pu être prises". Une avalanche, une inondation, un tremblement de terre, un glissement de terrain ou encore une sécheresse, sont donc considérés comme catastrophe naturelle.

 
Le concept d'adaptation Le concept d'adaptation est défini par le Troisième Rapport d'évaluation du GIEC comme "l'ajustement des systèmes naturels ou humains en réponse à des stimuli climatiques ou à leurs effets, afin d'atténuer les effets néfastes ou d'exploiter des opportunités bénéfiques".
Selon le Réseau Action Climat, "si l'adaptation spontanée est l'adaptation à une contrainte climatique par une réponse immédiate et non réfléchie d'un point de vue stratégique, l'adaptation planifiée, quant à elle, résulte de décisions stratégiques délibérées, fondées sur une perception claire des conditions qui vont changer et sur les mesures qu'il convient de prendre pour parvenir à la situation souhaitée". Ainsi, une politique d'adaptation doit pouvoir combiner divers aspects : physiques (comme la mise à niveau de digues de protection), institutionnelles (comme les mécanismes de gestion de crise ), stratégiques (comme le choix de déplacement ou d'installations de populations), concerner l'augmentation de la connaissance en mettant en oeuvre des programmes de recherche, ou encore concerner l'information du public et des décideurs, afin de faciliter la responsabilisation et la prise de décision.
 
Vers une augmentation des catastrophes naturelles et donc du coût de l'indemnisation

En 2007, la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge publient un rapport sur les catastrophes naturelles dans le monde : les tendances générales révèlent une augmentation de 60% des catastrophes naturelles sur deux décennies, les inondations et les tempêtes étant les plus fréquentes. Entre 1987-1996 : 4.241 catastrophes sont recensées, contre 6.806 entre 1997 et 2006. Durant la même période, le bilan en vies humaines de ces événements a doublé, passant de 600.000 à plus de 1,2 million de morts, et le nombre de personnes affectées par an a augmenté de 17%, passant d'environ 230 à 270 millions. Le changement climatique est le principal mis en cause : les auteurs de l'étude affirment que ces statistiques pourraient être croisées avec "la démographie mondiale et l'urbanisation galopantes et l'augmentation significative des températures depuis 1980".

C'est d'ailleurs en s'appuyant sur les prédictions scientifiques du réchauffement climatique que Nicholas Stern, à la tête du "Government Economic Service" britannique et anciennement économiste en chef de la Banque Mondiale, publie, en 2006, le "Stern Review". Selon lui, le coût de l'inaction face au changement climatique reviendrait à environ 5.500 milliards d'euros dans les années à venir.

Mais il prédit qu'une action forte et rapide suffirait à limiter l'impact financier du réchauffement climatique. Car les coûts de l'inaction pourraient représenter 5 à 20% du PIB mondial, alors que les coûts de l'action ne s'élèveraient qu'à 1 à 2%.

Et les systèmes d'assurances n'échappent pas au scénario. En 1988, la sécheresse dans l'Ouest américain a coûté 13 milliards de dollars. La tempête Xynthia qui a frappé l'Ouest français en février 2010, aura coûté 1,5 milliard d'euros aux assureurs : 800 millions d'euros pour les conséquences du vent et 700 millions pour les inondations.

Même avant cela, la Fédération française des sociétés d'assurance (FFSA) avait projeté un quasi-doublement des indemnisations liées aux catastrophes naturelles sur les vingt prochaines années. Tempêtes, inondations et sécheresses, qui ont coûté 34 milliards entre 1988 et 2007, devraient ainsi peser à hauteur de 60 milliards sur les comptes des assureurs pour la période 2007-2030. Et si la facture augmente pour les assureurs, elle augmentera aussi pour les assurés : selon l'étude de la FFSA, la part liée aux catastrophes naturelles dans la prime d'assurance dommages des ménages passerait ainsi, à terme, de 16% à 25%.

Les assurances directement responsables du changement climatique

Les systèmes financiers et d'assurances ont un impact non négligeable sur le changement climatique, car leurs activités sont émettrices de gaz à effet de serre. D'après l'étude des Amis de la Terre, "les assurances ont des responsabilités particulières dans l'incitation aux changements de comportements qu'elles ont le pouvoir de créer à travers les produits qu'elles distribuent (assurance), et également par les orientations et les émissions de GES induites de leurs investissements" : l'argent des assurés peut en effet être placé dans des entreprises polluantes. Les Amis de la Terre ont calculé les émissions induites par ce portefeuille d'actifs, et le résultat est le suivant : "en 2006, les émissions induites par la gestion d'actifs des assurances françaises ont représenté 490 millions de tonnes équivalent CO2, soit 90% des émissions françaises totales" cette année-là.

Dans cette même étude, l'organisation environnementale recommande donc l'étiquetage carbone des produits de placement et d'assurance pour pouvoir choisir des produits financiers plus écologiques : "Cette demande va dans le sens de l'étiquetage environnemental des produits, décidé dans le Grenelle de l'Environnement. De manière complémentaire, les assurances devraient publier la répartition détaillée de leurs portefeuilles et la liste des entreprises dans lesquelles elles investissent". Au sein de l'Association pour la transparence et l'étiquetage des produits financiers (ATEPF), seules la Macif et la Maif ont rejoint le programme d'étiquetage de leurs produits. Il se compose de trois critères complémentaires permettant de comparer les produits au sein de leur catégorie : la sécurité financière (pour la garantie et la revalorisation du capital), la responsabilité (pour un placement selon des critères liés à l'éthique et à l'intérêt général), l'impact climatique (pour que l'argent soit investi principalement en obligations françaises et sur des secteurs d'activités peu émetteurs de GES).

Pour le Réseau Action Climat, c'est une refonte complète de la politique des assurances qui est recommandée car "le mécanisme actuel n'est pas incitatif à prendre en compte les risques naturels".

La mal-adaptation des assurances au changement climatique augmenterait la vulnérabilité du système au lieu de la réduire.

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