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Autoconsommation collective : déjà une réalité sur le terrain, mais freinée par un flou réglementaire

Dans les centres commerciaux, le tertiaire, les immeubles, l'autoconsommation est déjà pertinente. Les projets collectifs se multiplient, mais restent freinés par un manque de clarification juridique.

Energie  |    |  Sophie FabrégatActu-Environnement.com
Autoconsommation collective : déjà une réalité sur le terrain, mais freinée par un flou réglementaire

"On est en retard sur nos voisins". Ce constat, établi par le président du syndicat Enerplan, lors du colloque sur l'autoconsommation le 25 mai, est partagé par l'ensemble des acteurs. Si le Gouvernement a enfin annoncé l'appel d'offres expérimental, des barrières freinent le développement naturel de nombreuses installations. Pourtant, les projets sans soutien public pourraient déjà émerger dans le tertiaire, l'industrie ou l'habitat collectif. C'est d'ailleurs le cas aujourd'hui, mais ces pionniers se heurtent à des obstacles, liés à un manque de clarification réglementaire. "Je suis très pessimiste, note Didier Laffaille, chef du département technique de la Commission de régulation de l'énergie (CRE). On a mis dix ans à lancer Linky, j'ai peur que l'on mette dix ans à définir les règles de l'autoconsommation. Les acteurs se renvoient la balle et finalement rien ne bouge". De fait, l'expert pointe du doigt une discrimination entre les projets démonstrateurs, qui peuvent tester des solutions non réglementées, et les projets classiques qui essuient des refus.

 
Bientôt une ordonnance ? La loi de transition énergétique prévoit que le gouvernement procède par ordonnance, avant le 17 août 2016, pour fixer un cadre à l'autoconsommation et à l'autoproduction. La directrice de la direction générale de l'énergie et du climat (DGEC), Virginie Schwarz, a assuré le 25 mai que les mesures pour "sécuriser juridiquement" l'autoconsommation sans soutien financier seraient prises par le gouvernement, sans toutefois préciser leur contenu.
 

Des projets pionniers

A Langon (Gironde), le supermarché E. Leclerc va mettre en service, le mois prochain, une centrale photovoltaïque en ombrière de parking. L'installation de 3.500 m2 devrait couvrir 12% de la consommation du site (97% d'autoconsommation). Le PDG, Alain Lafforgue, pense déjà à l'élargissement du projet : "Nous souhaitons augmenter la part autoproduite, étendre cette expérience à d'autres bâtiments, mais nous sommes face à des incertitudes réglementaires et politiques sur la revente du surplus, le partage de la consommation sur plusieurs sites…".

Un obstacle auquel a été directement confronté Olivier Bechu, directeur général de Valenergies. Son projet : quatre immeubles tertiaires à Sophia Antipolis (Alpes Maritimes), livrés en 2015, couverts par 1.600 m2 de panneaux solaires. Un stockage de 50 kWh a été installé pour parvenir à 100% d'autoconsommation. La production doit couvrir 100% des usages d'électricité RT 2012, soit 300.000 kWh par an, et 50% de la consommation totale. Totalement autofinancé, ce projet vise à attirer les locataires avec un argument de taille : l'électricité photovoltaïque est gratuite. Cependant, Valenergies s'est heurté à ERDF, qui a refusé un raccordement en limite de propriété et souhaitait l'installation de raccordements individuels. Porté devant la CRE, ce litige a été tranché en faveur de la société, mais ERDF a fait appel de la décision.

Une situation fréquente : "Selon nos adhérents, ERDF propose de plus en plus la livraison de l'électricité par point, c'est-à-dire que chaque boutique est livrée, ce qui ne permet pas une autoconsommation collective à l'échelle d'une centre commercial", déplore Franck Charton, délégué général de l'association technique du commerce et de la distribution (Perifem).

Pourtant, le modèle d'autoconsommation collective fonctionne, comme le montre l'exemple de la régie locale de Zurich (Suisse), EWZ. Elle propose aux locataires d'immeubles couverts d'installations photovoltaïques de devenir actionnaires virtuels, grâce à une participation dans la centrale. En contrepartie, ils reçoivent une quantité fixe d'énergie (80 kWh/m2). En cas de changement de locataire, le contrat est transféré à l'occupant suivant.

De l'autoconsommation au service collectif

D'autres projets vont encore plus loin. Le syndicat départemental d'énergies du Morbihan, propriétaire des réseaux basse et moyenne tension, porte le projet démonstrateur Kergrid, à Vannes. Labellisé Passivhaus, le siège du syndicat a été équipé pour produire l'équivalent de ses besoins en consommation en un an. Des panneaux photovoltaïques et deux micro-éoliennes ont été installés, ainsi qu'un stockage et un système de management de l'énergie. "L'idée est de piloter au plus fin la consommation et la production, avec des modes de fonctionnement en effacement, en autoconsommation, avec recharge ou décharge de la batterie. Par exemple, on n'exclut pas de recharger la batterie avec l'électricité du réseau", explique Edouard Cereuil, responsable du service énergies. Désormais, le syndicat départemental souhaite passer à une échelle plus grande, en créant un microgrid, entre le siège, un complexe sportif, des habitations… "Nous voulons aller au-delà de l'autoconsommation pure, de l'autarcie, et apporter un service collectif", souligne le technicien. Pour éviter des surcoûts de raccordement, un dialogue a été ouvert avec ERDF : "L'idée était de savoir jusqu'à combien on pouvait injecter sur le réseau sans avoir besoin de le renforcer".

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