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Les automobilistes français se tournent de plus en plus vers les agrocarburants

En 2018, la consommation d'essence de superéthanol-E85, deux fois moins cher à la pompe, a connu un boom, en pleine crise des gilets jaunes. Le décollage des boîtiers pour convertir sa voiture profite à la filière française du bioéthanol.

Transport  |    |  Rachida Boughriet Actu-Environnement.com

Face à la flambée des prix des carburants à l'origine de la grogne des gilets jaunes, l'E85 (contenant jusqu'à 85 % d'éthanol et 15 % d'essence) tire son épingle du jeu. Les ventes de cet agrocarburant de première génération ont augmenté de 55 % en 2018 par rapport à 2017, selon le bilan annuel de la filière française du bioéthanol présenté le 29 janvier, devant la presse. Pour rappel, le bioéthanol est issu des cultures agricoles. Il est produit à partir de betteraves, de céréales cultivées en France (maïs et blé fourrager) ainsi que de résidus sucriers et amidonniers. Cette production représente 1 % de la surface agricole utile (SAU) française utilisée (300.000 hectares), précise la fédération professionnelle, la Collective du bioéthanol. La France demeure le premier producteur européen. Elle produit environ 12 millions d'hectolitres de bioéthanol par an (le quart de la production de l'Union européenne). La fédération se défend d'entrer en concurrence avec l'alimentation ou d'accélérer la déforestation et les changements d'affectation des terres, décriés par les ONG environnementales. La filière du bioéthanol réaffirme le potentiel de réduction des émissions polluantes.

Des carburants plus économiques, soutenus par la réglementation

Le superéthanol-E85 reste le carburant essence le moins cher à la pompe : 0,68 euro le litre actuellement. De même, l'agrocarburant E10 (contenant jusqu'à 10% d'éthanol) atteint les 1,42 euro le litre. Son prix est aussi inférieur à l'essence sans-plomb 95 (1,46 euro) et au gazole (1,43 euro). "En moyenne, l'E85 permet d'économiser 500 euros tous les 13.000 kilomètres par an", a souligné Nicolas Kurtsoglou, responsable carburant du Syndicat national des producteurs d'alcool agricole (SNPAA).

La filière du bioéthanol bénéfice d'un soutien fiscal du gouvernement qui a augmenté les objectifs d'incorporation des biocarburants dans les essences. Soit un taux porté de 7,5 % en 2018 à 7,9 % en 2019 puis 8,2 % en 2020, prévu par la loi de finances pour 2019. Une avancée saluée par Nicolas Rialland, directeur des affaires publiques chez la Confédération nationale des planteurs de betteraves (CGB). La loi crée un quota spécifique à l'éthanol de résidus, fixé à 0,2 % en 2019 et 0,4 % en 2020.Ce qui contribue "à se rapprocher", ajoute M. Rialland des objectifs européens d'énergies renouvelables de 10 % en 2020 et 14 % en 2030 dans les transports, selon la directive énergies renouvelables adoptée en 2018. Les biocarburants de première génération restent plafonnés à 7 % d'ici 2030 dans l'UE.

Le gouvernement a aussi gelé les augmentations des taxes sur les carburants pour satisfaire les demandes des gilets jaunes. Les agrocarburants E10 et E85 ont tiré avantage des débats autour du pouvoir d'achat initié par ce mouvement social. L'E10 et l'E85 ont atteint respectivement 42,9 % et 1,7 % de parts de marché des essences en 2018. Le réseau de distribution continue de s'étoffer, essentiellement dans les grandes et moyennes surfaces. 66 % des stations-service françaises proposent le SP95 E10 et 12 % l'E85.

Les ventes de boîtiers de conversion E85 explosent

L'E85 a aussi bénéficié en 2018 des premières homologations de boîtiers de conversion permettant aux automobilistes d'adapter leur motorisation essence, après la publication de l'arrêté fin 2017. "Cette année, le nombre de stations-service proposant de l'E85 progresse de 133 stations et dépasse les 1.100 stations, sachant que les véhicules équipés de boîtiers flexfuel peuvent également s'approvisionner en essence dans 100 % des stations. En 2019, nous attendons deux à trois cent stations supplémentaires", a déclaré Sylvain Demoures, secrétaire général du SNPAA.

Le prix du boîtier installé varie en fonction du nombre de cylindres du moteur : il se situe en moyenne entre 700 et 1.000 euros. "90 % des ventes de boîtiers concernent les véhicules équipés d'un moteur 4 cylindres", a indiqué Sébastien Le Polles, président de la société FlexFuel Energy Development (FFED), l'un des fabricants français. La société indique avoir multiplié par huit ses ventes de boîtiers entre 2017 et 2018, pour atteindre plus de 5.000 unités installées en 2018. "Aujourd'hui, nous installons environ 1.000 boîtiers par mois", a précisé M. Le Polles.

De son côté, Alexis Landrieu, PDG et fondateur de Biomotors, indique que sa société livre 1.500 boîtiers par mois et a vendu 15.000 boîtiers en 2018.

70.000 véhicules déjà équipés

Plusieurs régions ont déjà mis en place des aides financières à l'installation des boîtiers, telles que la région Grand Est, la région Sud-PACA ou les Hauts-de-France. 70.000 véhicules seraient déjà équipés de boîtiers E85 en France. Dix millions de véhicules seraient potentiellement compatibles. Selon Nicolas Kurtsoglou, une prochaine version de l'arrêté d'homologation des boîtiers est attendue fin 2019. Le nouveau texte pourrait élargir les véhicules compatibles à ceux de 15 CV et plus.

La Collective du bioéthanol table sur une croissance de 40 à 50 % des volumes d'E85 entre 2018 et 2019, et sur un dépassement de 50 % de parts de marché des essences pour l'E10. "Dans le cadre de la loi de mobilité, nous espérons que l'éthanol sera considéré comme un élément majeur de la mobilité durable", a déclaré Nicolas Rialland. La filière plaide aussi pour une aide de l'Etat à l'installation des boîtiers E85.

Réactions4 réactions à cet article

 

Peut-on considérer la production (pas forcément en bio ?) de bio-éthanol comme éco-défendable et donc soutenable ?

Si c'est à la place de pâtures, en tant que vieux végétarien ça ne me dérange pas, mais il y a mieux à faire avec les pâtures qui vont se libérer après avoir replanté des haies qu'on aurait jamais dû déplanter.

Sagecol | 31 janvier 2019 à 09h39
 
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Mon garagiste n'est pas favorable à l'utilisation de l'E85. Il le rend responsable d'encrasser les moteurs et de générer des pannes. Autrement dit, d'un côté, on économise et on utilise un carburant "durable" de l'autre on accroît les frais de maintenance de son véhicule. De quel côté penche la balance ?

cornemuse29 | 31 janvier 2019 à 09h50
 
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La belle affaire que voilà pour les gros céréaliers français, qui n'étaient pas franchement dans le besoin jusqu'à présent ! Ils pourraient au moins dire merci à l'Europe et à Bercy qui ont tout fait pour en arriver là.
Et encore une fois, le GPL, solution mature qui a déjà largement fait ses preuves en matière d'économies à la pompe, de faibles émissions polluantes et de fiabilité, est le grand oublié.

Pégase | 31 janvier 2019 à 10h09
 
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Merci à Cornemuse29 pour ses guillemets à "durable", d'autant plus qu'il dure de moins en moins plus vite on le consomme :-))))

Ça serait didactique si beaucoup de militants soucieux du juste mot pour la juste chose bannissaient "durable" au profit de "soutenable"

Brice Lalonde m'a prétendu que, à l'époque ministre de l'environnement, il n'avait pas été consulté quand au refus de "la France" d'assurer la traduction et l'édition francophone de "Notre avenir à tous" en 1978. C'est moi qui lui ai appris.

La men ta ble

Sagecol | 31 janvier 2019 à 10h20
 
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