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EPR de Flamanville : l'ASN valide la cuve mais demande le changement du couvercle

Le président de l'ASN a exposé hier un avis estimant que la cuve de l'EPR présente une résistance suffisante en cas d'accident malgré les anomalies en carbone décelées dans sa composition. Le couvercle devra lui être changé d'ici 2024.

Risques  |    |  Agnès SinaïActu-Environnement.com
EPR de Flamanville : l'ASN valide la cuve mais demande le changement du couvercle

La tension était palpable hier à l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Pierre-Franck Chevet, président de l'ASN, a estimé que, sur une échelle de 1 à 10, il se trouvait lui-même au "niveau 9" de la pression, tant "les tensions sont constantes" entre le gendarme du nucléaire et EDF, sur "un sujet extrêmement complexe". Au total, 1.700 essais mécaniques ont été réalisés par Areva NP, complétés par environ 1.500 analyses chimiques pour caractériser le matériau de la cuve de l'EPR. Les essais ont été réalisés sur des éprouvettes prélevées dans les calottes issues du même procédé de fabrication que la cuve. C'est sur la base de ces analyses techniques que l'ASN s'est appuyée pour évaluer les risques inhérents aux défaut de fabrication de la cuve, avec l'expertise de l'IRSN et l'avis de son groupe permanent d'experts.

A l'issue de cet examen, l'ASN, qui a mandaté un organisme indépendant pour surveiller la réalisation de ces contrôles, considère que les caractéristiques mécaniques du fond et du couvercle de la cuve sont suffisantes au regard des sollicitations auxquelles ces pièces sont soumises, y compris en cas d'accident. "Pour autant, l'anomalie de la composition chimique de l'acier conduit à une diminution des marges vis-à-vis du risque de rupture brutale. L'ASN considère par conséquent nécessaire qu'EDF mette en oeuvre des contrôles périodiques supplémentaires". De son côté, EDF annonce que "c'est une très bonne nouvelle pour l'EPR de Flamanville 3. La cuve est déclarée apte au service. Le planning d'EDF est inchangé. Le démarrage du réacteur est prévu pour fin 2018", s'est félicité hier Laurent Thieffry, directeur du projet Flamanville 3.

Pour mémoire, le 7 avril 2015, l'ASN annonçait "avoir été informée par Areva d'une anomalie de la composition de l'acier dans certaines zones du couvercle et du fond de la cuve du réacteur de l'EPR de Flamanville", qui constituent les éléments les plus sensibles d'une cuve de réacteur nucléaire. Cette anomalie, issue de la technique de forgeage du lingot de la cuve et du couvercle, tient à une concentration de carbone excessive, dite ségrégation (teneur atteignant localement 0,32% pour une teneur attendue maximale de 0,22%) dans l'alliage métallique de la cuve et du couvercle. La forte concentration de carbone a pour conséquence de réduire la ténacité de l'acier, d'autant que sa résilience diminue du fait du bombardement par les neutrons. Malgré cette anomalie, la cuve est posée par EDF en 2014 à Flamanville, en dépit des avertissements de l'ASN.

Le couvercle devra être changé en 2024

Si L'ASN estime que les contrôles seront réalisables sur le fond de la cuve par des machines robotisées qui pourront détecter des défauts à l'occasion des visites décennales,elle souligne que la faisabilité technique de contrôles similaires sur le couvercle de la cuve n'est pas garantie. De fait, les grappes de commandes qui perforent les surfaces externes et internes du couvercle complexifient leur accès. Comme l'explique le directeur général de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) Jean-Christophe Niel, du fait que les traversées de fond de cuve ont été supprimées afin d'éliminer le risque de fuite ou de brèche, l'ensemble de l'instrumentation pénètre par le couvercle qui comporte un ensemble plus important de traversées.

L'ASN estime que cette pièce cruciale devra être remplacée. "L'utilisation du couvercle doit être limitée dans le temps". Le gendarme du nucléaire accorde sept ans à EDF pour changer de couvercle. Soit le temps nécessaire à sa fabrication, qui sera réalisée par les fonderies de Japan Steel Works, les usines du Creusot ne réalisant que l'assemblage des pièces. 2024 est donc une date conforme aux intérêts d'EDF, mais "on n'est pas à un an près", estime M. Chevet.

Le prochain couvercle sera-t-il plus contrôlable ? C'est un élément essentiel du système. Pour Laurent Thieffry, directeur du projet Flamanville 3, la demande de l'ASN de remplacer le couvercle répond non pas à un problème de sûreté, mais à un problème "d'écart à un attendu d'optimum, en regard d'un problème d'inspection de sûreté".

Du côté de la Chine, les répercussions de l'avis de l'ASN sont très attendues. Les deux EPR en chantier à Taishan, qui devaient démarrer en 2013 et 2014, rencontrent des difficultés équivalentes. "On va faire profiter les EPR de Taishan de toute l'expertise de Flamanville 3", rassure EDF, qui chiffre à 100 millions d'euros et à 4 à 9 mois d'arrêt de tranche le remplacement des couvercles.

Une dérive dérogatoire ?

Lors de cette décision cruciale, l'ASN a dû passer outre l'avis minoritaire exprimé par Yves Marignac et Jean-Claude Autret au sein du Groupe permanent d'experts pour les équipements sous pression nucléaire. Cet avis souligne que "les marges que présentent les propriétés mécaniques du matériau en zone ségrégée vis-à-vis de la prévention du risque de rupture brutale de la cuve sont significativement réduites par rapport aux propriétés attendues en l'absence de ségrégation majeure. Le non respect de l'exigence de qualification technique de la cuve constitue une atteinte inédite, par sa nature et par son contexte, au premier niveau de la défense en profondeur. L'excès de confiance, le caractère tardif de la détection des ségrégations et le choix industriel de mener l'installation de la cuve à son terme avant de procéder à leur caractérisation constituent des éléments aggravants (...)."

Pour Yves Marignac, qui siège depuis trois ans dans les groupes permanents d'experts de l'ASN, cet avis minoritaire est une première et se justifie par le fait que la cuve est le composant le plus crucial de la sûreté : "Ce nouveau réacteur est censé être un pas en avant pour la sûreté nucléaire, et pourtant c'est le premier à démarrer avec une cuve qui n'est pas conforme aux spécifications." Y'aurait-il deux poids, deux mesures dans la sûreté nucléaire ? "Le facteur de marge attendu était de trois, aujourd'hui il reste un peu supérieur à un. Il s'agit bien d'une dérive dérogatoire par rapport aux critères réglementaires", pour une pièce qui "ne devait pas pouvoir être homologuée selon ces critères". Ces critères, fixés par la réglementation de 2005 sur les établissements sous pression nucléaire (ESPN), ont été assouplis par décret en juillet 2015. Le risque est de voir cette procédure faire jurisprudence à l'avenir dans le sens d'un assouplissement des normes et d'un relâchement des exigences de sûreté.

Réactions2 réactions à cet article

 

Vaut mieux essayer d'en rire : le Directeur de l'ASN déclare qu'"il se trouvait lui-même au "niveau 9" de la pression".
Espérons donc qu'il présente dans son organisme un un taux de carbone conforme !
Sinon, il risque d'exploser avant sa démission ou sa fin de fonction;

Christophe Vieren | 04 juillet 2017 à 14h37
 
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Transposons pour une voiture:
l'entreprise Trucmuche valide la mise en vente du véhicule mais demande le changement des freins d'ici 7 ans aux nouveaux acquéreurs, sait on jamais, ça pourrait lâcher dans une pente raide avec les enfants à l'arrière; à vos frais bien évidement y compris les dommages collatéraux.
Un ami a travaillé sur site au coulage des bétons, les conditions rudes, le froid, l'écume, la pluie, le sel, les cadences... Des ingrédients loin d'être optimums pour faire un ouvrage nécessitant 0 défaut.. En d'autres termes, il n'était pas très fière de la qualité de son travail...

en veille | 09 juillet 2017 à 00h58
 
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