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Les PME ne sont pas prêtes à faire face aux effets du changement climatique

Seulement un quart des PME déclarent avoir mis en place un plan d'adaptation aux risques climatiques, selon une étude publiée par l'assureur Axa. Les catastrophes naturelles sont souvent le déclencheur de stratégies de résilience. 02 novembre 2015

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 la conférence climat de Paris le Bourget

Tempêtes, inondations, sécheresse…, les risques climatiques engendrent chaque année au niveau mondial des pertes économiques que le secteur de la réassurance estime à 100 milliards d'euros dont seuls 30 milliards sont assurés, selon l'assureur Axa. Le coût du changement climatique pourrait représenter 20% du PIB mondial d'ici à la fin du siècle, a prévenu l'économiste Nicholas Stern en 2006. Une facture qui devra être supportée en grande partie par les villes et les entreprises.

 
Nous n'avons pas le choix : un monde à +2°C serait encore assurable, un monde à +4°C ne le serait certainement plus  
Henri De Castries, PDG d'Axa
 
"Les villes seront au cœur de la problématique climatique. C'est dans les villes que se trouvent les petites et moyennes entreprises (PME/PMI) qui constituent la colonne vertébrale économique de notre société, mais qui sont aussi les plus vulnérables aux risques de catastrophes naturelles", a souligné Henri De Castries, PDG du groupe Axa, après avoir analysé, dans une étude, leurs stratégies d'adaptation. Dans cette étude, publiée le 29 octobre, réalisée par le cabinet Penn Schoen Berland (PSB), plus de 1.000 dirigeants de PME, à travers l'Europe, le continent américain et l'Asie ont ainsi été interrogés, sur leur prise en compte du "défi climatique" et la manière dont ils y font face.

Les mesures d'atténuation privilégiées

Mais à un mois de la Conférence Paris Climat (COP 21), "beaucoup reste à faire", indique M. De Castries. Bien que 77% des PME considèrent que le changement climatique "fait courir un risque à long terme à leur entreprise", seules 26% ont mis en œuvre des plans de résilience (utilisation plus efficace des ressources hydriques, adaptation des normes des bâtiments aux conditions climatiques futures et aux événements climatiques extrêmes, construction d'ouvrages anti-inondations, rehaussement des digues…). Or, 59% des PME dans le monde (58% en France) déclarent avoir déjà été touchées par le changement climatique (élévation des températures, inondations, pollution, tempêtes, tsunami…). Tandis qu'elles sont 66% dans les pays émergents qui ont "jusqu'à présent payé le plus lourd tribut", a indiqué Jonathan Shingleton du cabinet Penn Schoen Berland.

Pour 37% des PME (et 46% des pays émergents), l'impact "le plus significatif" du changement climatique est celui sur les coûts des approvisionnements et les prix des matières premières et des intrants.

Les mesures actuellement adoptées par ces dernières sont essentiellement axées sur l'atténuation des émissions de gaz à effet de serre (GES) : économies d'énergie pour 65% des PME des marchés émergents et 47% des marchés développés, pratique du recyclage pour 61% des PME des marchés émergents et 57% des marchés développés.

L'Asie, plus touchée mais mieux préparée

En revanche, moins de 25% des PME dans le monde réalisent actuellement des évaluations régulières des risques et sont dotées de plans de prévention des catastrophes naturelles. Seulement 16% des PME françaises s'estiment "bien préparées". Les PME, qui ont déjà été affectées par le changement climatique, sont "bien plus promptes à mettre en place des mesures de résilience à long terme": 35% d'entre elles sont déjà dotées d'un plan et 51% ont l'intention d'en développer un. "Le marché le mieux préparé est la Chine, où 41% des PME déclarent avoir un plan anti-catastrophe, suivi de la Thaïlande, où 38% en ont instauré un", souligne l'étude.

A l'inverse, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis (parmi les principaux émetteurs), les PME sont plus de 40% à n'avoir aucune intention d'en élaborer un à l'avenir. "Ce sont les marchés les moins bien préparés". Pourtant, le Président américain Barack Obama a prévenu qu'une montée des eaux de 30 centimètres d'ici la fin du siècle pourrait coûter 200 milliards de dollars aux Etats-Unis.

Les PME qui n'ont pas encore été touchées par le changement climatique, ne sont que 14% à être dotées d'un plan de gestion des risques climatiques et 59% n'ont actuellement pas l'intention d'en développer un. Le changement climatique ne figure pas parmi les principaux "dangers" menaçant leur activité (instabilité financière, confidentialité des données et maladies professionnelles). De même, le manque de financement et d'engagement politique "les empêche d'être plus proactifs en la matière". Les PME (84% dans les pays émergents et 76% dans les pays développés) estiment que la lutte contre le changement climatique relève de la responsabilité "conjointe du monde des affaires et des pouvoirs publics". La moitié considère que ce même changement climatique peut offrir "une opportunité" supplémentaire de création de partenariats entre les collectivités locales et les entreprises.

Quel rôle pour les assureurs ?

Seules 25% des PME des marchés développés et 28% des marchés émergents ont souscrit une assurance couvrant les risques climatiques. Elles envisagent "plus volontiers une évolution de leurs besoins en matière d'assurance lorsqu'elles ont été touchées par les conséquences du changement climatique". Pour 62% des PME, les compagnies d'assurance constituent néanmoins "une source crédible d'information" sur le changement climatique et 74% d'entre elles estiment que les assureurs peuvent "contribuer à réduire les risques liés au climat".

Aujourd'hui, les PME s'intéressent essentiellement à la manière dont le secteur de l'assurance peut les aider à adopter des mesures d'atténuation (investissements dans les technologies vertes, efficacité énergétique), au-delà de l'obtention d'une indemnisation en cas de perte. 25% des PME pensent que le secteur de l'assurance doit accorder la priorité à les soutenir dans l'élaboration de plans de résilience. "Nous avons la conviction que, grâce à son expertise dans la modélisation et la prévention du risque, la gestion de crise et l'optimisation des réparations, le secteur de l'assurance dont Axa est l'un des éléments moteurs va devenir un partenaire déterminant dans cet effort mondial visant à développer notre résilience face au changement climatique", a déclaré Henri De Castries.

Les PME pessimistes sur la COP 21

Seulement 16% des PME sont "très optimistes sur le potentiel de la COP 21". Les PME européennes se disent "particulièrement pessimistes sur la solution qu'un accord éventuel pourrait apporter aux problèmes auxquels elles sont actuellement confrontées".

Le Programme des Nations unies pour l'environnement (Pnue) estime que les coûts d'adaptation pourraient atteindre 150 milliards de dollars par an en 2025-2030 et 250 à 500 milliards en 2050, si l'objectif de limiter à 2 degrés le changement climatique d'ici la fin du siècle est atteint. "Nous n'avons pas le choix : un monde à +2°C serait encore assurable, un monde à +4°C ne le serait certainement plus", a prévenu M. De Castries.

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