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Présidentielle : les candidats pensent à l'écologie sans l'Europe

Pendant que les candidats à l'élection présidentielle affinent leur programme, l'écologie émerge timidement. La question de l'Europe est en revanche absente alors que les deux sujets sont intimement liés, alertent Catherine Banet, Arnaud Gossement, Marianne Greenwood et Gaël Virlouvet.

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Présidentielle : les candidats pensent à l'écologie sans l'Europe
Catherine Banet, Arnaud Gossement, Marianne Greenwood et Gaël Virlouvet
Avocats et consultants
   

Pour les signataires de la présente tribune, experts des questions d'environnement, l'écologie n'est pas si absente de la campagne électorale en cours. Toutefois, les candidat(e)s oublient que la protection de l'environnement est d'abord un enjeu européen. Ils pensent ou veulent présenter la France comme un village isolé. Or, la pollution, l'énergie ou l'économie circulaire n'ont pas de frontières. Parler d'écologie c'est donc aussi parler d'Europe.

L'écologie émerge dans la campagne

Les candidats à l'élection présidentielle parlent d'écologie. Plus ou moins bien et avec plus ou moins de convictions, mais ils en parlent. A commencer bien entendu par les candidats écologistes tels François de Rugy, Jean-Luc Benhamias ou Yannick Jadot. Emmanuel Macron consacre, pour sa part, un chapitre important de son livre "Révolution" à la transition énergétique et vante longuement les mérites de l'énergie solaire. François Fillon formule 35 propositions qui vont du développement de l'autoconsommation d'énergie à l'application d'un taux de TVA réduit sur les produits intégrant plus de 50% de matériaux recyclés dans leur composition. Jean-Luc Mélenchon consacre un volet de son livre programme "L'avenir en commun" à la "planification écologique" et propose de modifier la constitution pour y inscrire la "règle verte". Les candidats aux primaires de gauche n'ont pas encore structuré le volet écologie de leurs programmes mais la transition énergétique ou la pollution de l'air sont souvent cités dans leurs discours.

L'écologie est donc présente dans les programmes, même si souvent traitée de manière incomplète. Elle se voit limitée à des pollutions isolées, des crises industrielles ou bien se voit cantonnée à la seule question énergétique. Parce que l'écologie est présente dans l'actualité, les candidats se voient contraints d'en parler. Le changement climatique, la pollution de l'air, le scandale du diesel ou l'avenir de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes sont autant de sujets qu'un candidat ne peut éluder, sans pour autant intégrer l'écologie dans leur vision politique à long terme

L'Europe reste la grande absente

Les candidats à l'élection présidentielle parlent d'écologie et aucun ne l'affiche comme un sujet mineur. Reste que tous les candidats oublient qu'il s'agit d'abord d'un enjeu européen et international. 85% des règles qui composent le code de l'environnement français sont en effet élaborées ou inspirées par les institutions de l'Union européenne. Ces règles contribuent au quotidien à l'amélioration de la protection de l'environnement en France, qui les met en œuvre et les adapte au contexte national.

Pourtant, cette réalité juridique est mise à l'épreuve des discours des candidats. Ces derniers proposent soit des mesures contraires à nos engagements européens – comme la suppression du principe de précaution -, soit des mesures qui existent déjà en droit européen – comme celles relatives à la pollution de l'air. Plus étonnant encore, Jean-Luc Mélenchon écrit dans son livre-programme que l'Europe serait une cause de "régression" de la protection de l'environnement. Ceci est faux, l'Europe ayant toujours été le moteur du développement du droit de l'environnement : le développement durable est l'un des objectifs du projet européen, inscrit dans les Traités. Les Etats membres gardent en outre également la compétence d'adopter des règles plus ambitieuses en matière d'environnement.

Plus grave encore, aucun candidat ne précise quelle serait, s'il était élu, la position de la France sur le contenu de deux très importantes législations que les Etats, la Commission et les eurodéputés négocient actuellement : le paquet économie circulaire et le paquet "énergie propre". Ces projets de textes vont déterminer nos politiques publiques en matière d'énergie ou de déchets pour la prochaine décennie avec des objectifs à 2030. Les acquis et réalités juridiques sont relégués, ou pire, volontairement rejetés, au profit d'une attitude politique opportuniste. Tout se passe comme si le Brexit avait corrompu certains esprits : les candidats se détachent de l'Europe, en oubliant tant les protections acquises et leur sens des responsabilités.

Les candidats les plus visionnaires devraient être en mesure de défendre les intérêts nationaux en construisant sur les acquis européens. Qu'il s'agisse des droits à l'autoconsommation énergétique, du coût de l'énergie, de la valorisation des déchets ménagers, des nuisances industrielles, des services d'économie d'énergie, de la fiscalité carbone ou de l'agriculture durable : ces dossiers présentent tous une forte dimension européenne. Cette dernière est autant une protection qu'une opportunité. Un discours inverse ou biaisé serait synonyme de régression écologique. Nul ne peut ainsi faire croire aux Français(e)s que le prochain Président de la République pourra lutter seul contre le changement climatique ou l'effondrement de la biodiversité. Il est temps de parler d'Europe, et bien !

Chronique proposée par Catherine Banet, docteur en droit, professeure associée, Université d'Oslo, Arnaud Gossement, docteur en droit, avocat, enseignant, Université Paris I, Marianne Greenwood, responsable affaires publiques d'une société de services en efficacité énergétique et Gaël Virlouvet, consultant en économie circulaire, président d'Ille et Vilaine Nature Environnement

Réactions3 réactions à cet article

 

Une fois de plus, on constate que le mot
nature n'entre pas dans l' univers mental de ces politiciens .
Pour eux l'écologie se résume aux questions énergétiques ,on le comprend: ils ramènent tout à l'économie et à l'industrie .
Vision technologiste qui n'a aucune relation avec le vivant .

sirius | 21 décembre 2016 à 09h56
 
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Parmi les candidats, vous ne citez pas Benoit Hamon qui a pourtant une vision intéressante de l'écologie à travers l'économie.
Il est l'un des seuls à ce jour à admettre que la croissance n'est pas la solution à nos problèmes. Cela reste à l'état de projet mais ses idées méritent que l'on s'y attarde.

Brucker | 21 décembre 2016 à 10h38
 
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L'Union européenne a un très grand avenir devant elle ... quand elle se retourne

Et c'est heureux pour l'avenir écologique des générations futures.

Tout ce que l'UE a pu faire jusqu'ici de relativement positif pour l'environnement a dû d'abord recevoir l'autorisation des pouvoirs d'argent qui manipulent la commission. Surtout depuis qu'elle est présidée par l'ancien premier sinistre d'un toujours paradis fiscale.

Un exemple probant : le laxisme lié à la "feuille verte" européenne par rapport aux normes initiales bio de Nature & Progrès.

Sagecol | 22 décembre 2016 à 09h50
 
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