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Construction bas carbone : le choix des matériaux bute encore sur la fiabilité des données

Pour construire bas carbone et respecter la RE 2020, l'Ifpeb, Carbone 4 et une dizaine de prescripteurs, appellent les fabricants à renforcer les données environnementales des matériaux. L'observatoire E+C- doit mieux capitaliser les retours d'expérience.

Bâtiment  |    |  Rachida Boughriet  |  Actu-Environnement.com
Construction bas carbone : le choix des matériaux bute encore sur la fiabilité des données

Lancé durant l'été 2019 par l'Institut français pour la performance du bâtiment (Ifpeb) et le cabinet de conseil Carbone 4, un « hub » réunit une dizaine de prescripteurs (maîtres d'ouvrages, maîtres d'œuvre, ingénieries, entreprises) pour développer des solutions de conception bas carbone, compatibles avec la réglementation environnementale (RE) 2020 qui sera appliquée en 2021. Le hub regroupe actuellement BNP Paribas Real Estate, Bouygues Construction, Bouygues Immobilier, Covivio, Groupama Immobilier, Poste Immo, Rabot Dutilleul, Sogeprom et Vinci Immobilier. L'objectif de cette plateforme collaborative « est de créer une communauté experte équipée d'outils très opérationnels, asseoir une culture bas-carbone dans le métier et informer le métier sur l'optimum carbone / coût ».

Le 24 avril, l'Ifpeb et Carbone 4 ont présenté, lors d'un webinaire, les premières propositions du hub pour orienter les choix de conception et « aider la profession à parvenir à une performance carbone réelle ». Ils soulignent l'urgence de disposer de données « fiables et précises » pour permettre aux prescripteurs « de détecter et d'accélérer la mise en place des meilleures solutions en termes de performance carbone ».

Pour rappel, depuis fin 2016, les maîtres d'ouvrage volontaires anticipent la RE 2020, à travers l'expérimentation des seuils du référentiel E+ C- (Énergie positive et Réduction carbone). La RE 2020 impose des objectifs de performance énergétique plus ambitieux et intègre l'impact carbone des bâtiments. Aujourd'hui, l'Observatoire E+ C-, géré par la Direction de l'habitat, de l'urbanisme et des paysages (DHUP) et l'Agence de la transition écologique (Ademe), détient 1 151 bâtiments qui ont testé le référentiel. Soit 690 maisons individuelles, 311 logements collectifs et 150 bâtiments tertiaires, selon les derniers chiffres publiés. Cet observatoire permet de capitaliser les études énergétiques et environnementales réalisées selon le référentiel E+ C-, ainsi que des données économiques sur les opérations référencées.

Améliorer les données de l'Observatoire E+ C-

Or, les acteurs du hub appellent les institutionnels à « améliorer » la qualité des données recensées dans l'Observatoire E+ C-, « avec un minimum de tests de cohérence à l'entrée, avant de valider leur publication ».

« La base de données de l'Observatoire E+ C- n'est pas exploitable telle quelle. De nombreuses valeurs aberrantes ou incohérentes y sont constatées. Ainsi, pour éviter des biais dans les analyses, la base de données doit être retraitée », pointe Roman Ledoux, manager chez Carbone 4. De même, certaines catégories de bâtiments sont aujourd'hui très peu représentées au sein de l'Observatoire. « Il n'y a par exemple que quatre bâtiments de commerce dans la base de données et aucun bâtiment logistique. Aucune analyse n'est possible sur ces typologies pour le moment », a-t-il ajouté. Sur la base des données existantes de l'Observatoire E+ C-, les travaux menés par le hub ont « corrigé » les données « incohérentes », lorsque cela était possible. Le hub a ensuite constitué une base d'analyse « complète ». Celle-ci contient uniquement des bâtiments où les données sont cohérentes, corrigées le cas échéant, et où l'ensemble des détails de l'empreinte carbone est disponible.

Roman Ledoux a précisé un problème de cohésion des données brutes, fournies par les entreprises renseignant l'Observatoire E+ C-, portant sur le vecteur principal de chauffage et l'énergie principale de chauffage. Des données incohérentes ont été observées par le hub entre le générateur et l'énergie de chauffage, ou entre le générateur et l'énergie d'ECS (eau chaude sanitaire). Ainsi, la base de données corrigée et complète du hub a abouti à écarter « plus de 75 % des bâtiments de bureaux, 64 % des logements collectifs et 60 % des maisons individuelles ». Les données de ces bâtiments éliminés de l'Observatoire par le hub sont jugées incomplètes, ou avec des incohérences sur l'empreinte carbone relative aux produits de construction et équipements (PCE).

Pour toutes les typologies des bâtiments, le chauffage au gaz et le béton sont les plus émissifs

Après correction des données, Carbone 4 et l'Ifpeb ont analysé le niveau de performance énergétique (niveau énergie de 0 à 4) et le niveau de performance pour les émissions carbone (niveau carbone 0 à 2) atteints par les bâtiments de leur panel. Le hub constate que les logements collectifs sont plus ambitieux que les maisons individuelles, et que les seuils énergie très ambitieux sont atteints par des bureaux.

 
La base de données de l'Observatoire E+ C- n'est pas exploitable telle quelle. De nombreuses valeurs aberrantes ou incohérentes y sont constatées. Ainsi, pour éviter des biais dans les analyses, la base de données doit être retraitée.  
Roman Ledoux, manager chez Carbone 4
 
« Les maisons individuelles sont essentiellement vers des seuils énergie 0, 1 et 2 et du carbone 0 et 1. Les logements collectifs, eux, sont vers des seuils énergie 2 et 3, et carbone 1 et 2. Et c'est sur les bureaux que l'on voit atteindre le niveau de l'énergie 4 avec quelques bâtiments », a détaillé Roman Ledoux. Le hub a aussi étudié l'empreinte carbone, en fonction des vecteurs énergétiques et des typologies de bâtiments du panel. Le chauffage au gaz est « le vecteur le plus émissif » pour toutes les typologies, en moyenne, ajoute le hub. Le bois, l'électricité et les réseaux de chaleur (suivant la source primaire) sont les moins carbonés. De même, le béton est le mode le plus émissif pour toutes les typologies.

Compléter la base Inies des informations environnementales des matériaux

Le hub appelle également les fabricants à renseigner les données environnementales comprenant le carbone, qui sont recueillies dans la base nationale Inies, pour les produits de construction et les équipements des bâtiments. Plus de 2 000 références sont recensées dans cette base, gérée par l'Alliance HQE-GBC et l'Association française de normalisation (Afnor). Natan Leverrier, consultant chez Carbone 4, a souligné le besoin de compléter la base Inies pour « comparer le nombre de données disponibles par lot à l'empreinte carbone des bâtiments ». Des données de fabricants de matériaux (fiches de déclarations environnementales et sanitaires – FDES, et profils environnementaux produits - PEP) pour des lots « importants sont manquantes », critique le hub. De même, « aujourd'hui, il n'y a aucune corrélation entre le poids des lots et le nombre de fiches Inies disponibles ».

Natan Leverrier explique que 44 % des fiches (FDES) portent sur le lot « cloisonnement- isolation intérieure notamment », alors que ce lot ne représente qu'environ 10 % de l'empreinte carbone. « Il y a encore des trous dans la raquette et les membres du hub ont identifié trois exemples de catégories pour lesquels l'information est manquante », a souligné M. Leverrier. Cela concerne les faux-planchers, qui est pourtant une solution très souvent utilisée dans la construction tertiaire. « Il n'y a que sept données par défaut et aucune donnée spécifique des fabricants ».

Pour la pierre, c'est la même chose avec, aujourd'hui, très peu de données. Ce matériau « est pourtant assez utilisé dans les logements collectifs et on ne dispose, à l'heure actuelle, que d'une FDES et de cinq données par défaut ». Enfin, sur les systèmes CVC (chauffage, ventilation et climatisation) : « très peu de données » sont aussi disponibles sur les lots techniques. Certains systèmes sont « encore orphelins de données individuelles », comme les PAC (pompes à chaleur) ou le groupe froid air-eau, ou les échangeurs à plaques, a listé Natan Leverrier. Or les systèmes CVC, ajoute-t-il, sont « un poste important pour l'éco-conception carbone d'un bâtiment qui est lié au vecteur énergétique choisi ».

En l'absence de la donnée spécifique correspondant au matériau choisi (FDES et PEP), il est obligatoire, dans le cadre du référentiel E+ C-, de prendre la valeur environnementale par défaut, correspondante de la base Inies (valeurs ministérielles « DED »). « Ces données par défaut sont volontairement établies pour être supérieures à la réalité afin de pousser les industriels à publier leurs propres données pour chacun de leur produit », explique le hub. Il demande la suppression des coefficients de sécurité des valeurs ministérielles qui « faussent la compétition bas carbone entre maîtres d'ouvrage et la qualité des retours d'expérience ».

Réactions1 réaction à cet article

 

"Le béton est le mode de construction le plus émissif", par opposition à la brique ou aux bois. +16% par rapport au bois brut.
Question de béotien, je cherche à savoir de quoi sont originaires ces émissions de CO2 pour le béton. Pour faire du béton on mélange du gravier, du sable (peu émissifs) et du ciment constitué de pierres chauffées. Certes le chauffage du calcaire dégage de grandes quantités de CO2 par décarbonatation mais lors de la mise en oeuvre la chaux capte le même CO2 pour reformer des carbonates.
Si quelqu'un dispose d'une source d'info , merci d'en faire part.

Par ailleurs , le caractère émissif d'un matériaux doit être relier à la pérennité des constructions. Le béotien que je suis aurait tendance à penser que la pérennité du béton est plus que 16% plus longue que celle du bois ce qui en ferait un matériaux plus écologique en terme de CO2.

Ceci m'évoque les déboires d'EcoBilan qui tentait de donner pour chaque objet une valeur globale de pollution.

VD69 | 29 avril 2020 à 22h57
 
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