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Le bassin Rhin-Meuse confronté au défi du bon état des eaux

Le bassin Rhin-Meuse vise un bon état écologique pour 46 % des cours d'eau en 2027. Loin des 100 % de la DCE. De nombreuses pressions sont à limiter. Les priorités : l'amélioration de la qualité de la ressource et la restauration de la morphologie.

Eau  |    |  Dorothée Laperche  |  Actu-Environnement.com

Territoire tourné vers l'agriculture mais également historiquement industrialisé, le bassin Rhin-Meuse doit composer avec de multiples pressions dans sa quête vers un bon état de ses masses d'eau. Cet objectif fixé par la Directive cadre européenne sur l'eau ambitionnait initialement que chaque masse d'eau puisse atteindre le bon état en 2015, avec toutefois des possibilités de report d'échéance ou d'objectifs moins stricts - sous réserve de leur justification. Au final, trois cycles de six ans étaient prévus au cours desquels, les États-membres devaient réaliser à chaque fois une évaluation - un état des lieux - de leurs différents bassins hydrographiques et s'appuyer sur ce dernier afin de concevoir les actions à mettre en œuvre pour viser le bon état.

Les documents pour le dernier cycle prévu de 2022 à 2027 entrent aujourd'hui dans les dernières phases de leur élaboration : le schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux (Sdage) et son programme de mesure sont en consultation publique jusqu'au 1er septembre.

Au niveau du bassin Rhin-Meuse, le projet de Sdage prévoit d'atteindre en 2027 un bon état écologique pour au moins 46 % de ses eaux de surface et un bon état chimique pour au moins 32 % d'entre elles, en prenant en compte les polluants ubiquistes. Cet objectif monte à 73 % sans les intégrer.

Concernant les nappes d'eau souterraines, il ambitionne 68 % en bon état chimique et la totalité en bon état quantitatif.

Seuls 27,2 % des cours d'eau sont en bon ou très bon état écologique

Si les objectifs semblent modestes, c'est que la situation de la ressource s'avère complexe. Rejets de stations d'épuration urbaines, absence de traitement ou défaut de collecte des rejets urbains, débordement par temps de pluie, effluents d'élevages, rejets industriels, nitrates d'origine agricole : deux tiers des masses d'eau superficielles sont concernés par des pressions multiples et près d'un tiers par au moins quatre type de pressions. Les 33 % qui ne subissent qu'une seule pression doivent principalement faire face à des rejets de nitrates.

Au final, le bilan du bassin hydrographique montre que seuls 27,2 % des rivières et canaux sont en bon ou très bon état écologique, 44,8 % en état moyen et 28 % en mauvais état. Des pressions significatives sur l'hydromorphologie sont observées pour 39,7 % des rivières du secteur de la Meuse et 43,9 % du district du Rhin.

Concernant l'état chimique, les substances ubiquistes pèsent fortement sur le bilan : en les prenant en compte, plus de la moitié (54,6 %) des cours d'eau sont en mauvais état. Pour le reste, 23 % sont « non déterminé » et 22 % en bon état. En écartant du champ d'analyse ces polluants, la perspective est plus optimiste et montre que 43 % des cours d'eau serait en bon état et 33,4 % en mauvais état.

Les plans d'eau présentent, quant à eux, en majorité (65,4%), un état écologique moyen et la même proportion d'état bon et mauvais (15,4 %). De la même manière, les polluants ubiquistes déclassent la majorité des plans d'eau (70 %) - sans leur prise en compte la quasi-totalité atteint le bon état.

Des nappes souterraines déclassées majoritairement par les pesticides

Quasiment la moitié (47,4 %) des nappes d'eaux souterraines ne présentent pas un bon état chimique. « Les phytosanitaires restent les principaux paramètres qui dépassent les seuils sur les masses d'eaux souterraines, explique l'état des lieux. Elles restent impactées par les usages passés (métabolites de l'atrazine et de l'alachlore rémanents) et sont largement contaminées par les métabolites des molécules actuellement utilisées, notamment le métolachlore esa et la chloridazone desphényl ».

Deux masses d'eaux souterraines sur les 19 que compte le bassin ne sont pas en bon état aussi en raison de dépassements du seuil pour les nitrates. C'est le cas de la masse d'eau du domaine du Lias et du Keuper du plateau lorrain versant Rhin. Ou bien de la plus importante réserve en eau souterraine d'Europe avec près de 35 milliards de m3 côté français : la nappe phréatique rhénane (Nappe d'Alsace, Pliocène de Haguenau et Oligocène).

Cette nappe doit également faire face à des pollutions industrielles liées à des composés organo-halogénés volatils (COHV), mais aussi aux chlorures. Toutefois, pour ces deux polluants, comme la surface impactée est inférieure à 20 % de la superficie de la nappe et que le nombre de captages pour l'eau potable impactés reste limité, ces paramètres ne jouent pas sur le déclassement.

Des pollutions historiques à gérer

Néanmoins, les activités industrielles, et notamment minières, pèsent sur l'état des lieux des eaux souterraines. En cause notamment : l'ennoyage des galeries lors de l'arrêt de l'exploitation minière qui a contribué à la minéralisation de l'eau. « Une forte augmentation des concentrations en sulfates, magnésium, sodium, calcium, potassium et bore, et, dans une moindre mesure, en strontium, manganèse, et chlorures, a été observée, explique l'agence de l'eau Rhin Meuse. Cette situation est transitoire (…). Le temps nécessaire au renouvellement de l'eau du réservoir qui peut aller de quelques années à quelques dizaines d'années, si le temps de résidence de l'eau dans le réservoir est long ». Deux masses d'eaux sont concernées par un déclassement lié à cette pollution : le bassin ferrifère et les alluvions de la Moselle.

Les munitions des guerres mondiales qui persistent dans les sols constituent également une source de polluants comme le nitrate d'ammonium, les chlorates et perchlorates, les fulminates de mercure ou encore les azotures de plomb. Toutefois sans conduire au déclassement des masses d'eau. « Les impacts sont localisés mais la poursuite des études s'avère nécessaire pour permettre de délimiter précisément les zones impactées, les niveaux de contamination en période de hautes et basses eaux et de proposer des actions à mettre en œuvre afin de préserver la santé humaine », note l'agence de l'eau.

Concernant les aspects quantitatifs, aujourd'hui, seule une nappe serait en déséquilibre contribuant à alimenter de nombreuses tensions : celle des Grès du Trias inférieur (GTI), sur les secteurs de Vittel et Contrexéville (Vosges). Des accords ont toutefois été trouvés pour une restauration quantitative à l'échéance 2027. Un objectif réaffirmé dans le projet de Sdage. Reste à voir les options choisies.

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