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Bassin Rhône méditerranée : l'atteinte du bon état des cours d'eau en 2027 en question

L'état des lieux des masses d'eau du bassin Rhône méditerranée montre que 72 % des cours d'eau, 85% des lagunes ou estuaires et 49 % des plans d'eau risquent de ne pas atteindre le bon état en 2027. Premier volet de notre série consacrée à la métropole.

Eau  |    |  Dorothée Laperche  |  Actu-Environnement.com
Bassin Rhône méditerranée : l'atteinte du bon état des cours d'eau en 2027 en question

La vigilance est de mise pour les cours d'eau de Rhône méditerranée. Le dernier état des lieux des masses d'eau du bassin montre que seulement 48% sont au moins en bon état écologique. Parmi ceux-ci, 35 % en bon état et 12 % sont en très bon état. A l'inverse, 2 % sont en mauvais état écologique, 20 % en état médiocre et 20 % en état moyen. L'état chimique des cours d'eau est en revanche plus positif : 96 % sont en bon état.

Pour l'agence de l'eau, l'une des explications de ce résultat réside dans la méthode de classement des masses d'eau requis par la Commission européenne. Le principe est que lorsqu'un des paramètres suivis est déclassant, la masse d'eau est déclassée. « Elle renvoie une image pénalisante de l'état écologique alors même que certains éléments sont restés stables ou se sont améliorés », souligne l'agence. Si la méthode ne fait pas l'unanimité, elle ne doit pourtant pas cacher les enjeux du bassin.

72% des cours d'eau risquent de ne pas être en bon état en 2027

L'objectif de la Directive cadre européenne sur l'eau (DCE) visait initialement un bon état de l'ensemble des masses d'eau en 2015, et désormais au plus tard en 2027. Mais la tâche va être ardue car la tendance ne va pas dans le bon sens. Selon le bilan de l'agence de l'eau transmis à la Commission européenne : 72 % des cours d'eau risquent de ne pas atteindre le bon état contre 68 % lors du précédent état des lieux en 2013.

 
La moitié des cours d'eau présentent des formes altérées de leur morphologie et continuité écologique.
 
Agence de l'eau Rhône méditerranée Corse
 

En cause notamment ? Les altérations de la morphologie et de la continuité écologique (pour plus de la moitié des cours d'eau), les prélèvements d'eau et l'altération de l'hydrologie, les pollutions d'origine agricole (nutriments et pesticides) et les rejets des systèmes d'assainissement des collectivités et des industriels. Pour mémoire, 44% des besoins énergétiques de la France sont produits dans ce bassin avec l'énergie nucléaire et l'énergie hydraulique.

L'état des lieux pointe une autre masse d'eau impactée par les pressions : les eaux de transitions. Sur les 27 lagunes ou estuaires présents sur le bassin, 6 sont en très bon état écologique ou en bon état, 6 en état moyen, 6 en état médiocre et 9 en mauvais état. « L'état chimique des eaux de transition ne présente pas de dépassement des NQE [Normes de Qualité Environnementale] en 2019, est-il noté dans le document. Toutefois, il précise que « les lagunes restent particulièrement exposées aux pressions exercées sur leur bassin versant et notamment les pesticides dont la plupart ne sont pas inclus dans l'état chimique. D'autres suivis permettent de caractériser cette problématique ».

Les efforts doivent donc être accentués pour un grand nombre de ces masses d'eau : 85% d'entre-elles risquent en effet de ne pas atteindre le bon état écologique en 2027. L'équilibre de celles-ci est perturbé par des apports de matières organiques, de nutriments, de micropolluants mais également des pressions physiques dues à l'altération des zones humides et des berges.

69% des plans d'eau en bon état écologique

Concernant les plans d'eau du bassin, la situation est un peu plus positive : 69 % sont aujourd'hui au moins en bon état écologique. De la même manière, 97 % présentent un bon état chimique. Toutefois les pollutions par les nutriments d'origine agricole, parfois cumulés avec les nutriments urbains et industriels, le marnage des plans d'eau ou des problèmes de connectivité avec les affluents pourraient conduire à ce que 49 % n'atteignent pas le bon état en 2027.

De la même manière, 85 % des eaux souterraines sont en bon état chimique et 88 % en bon état quantitatif. « De manière générale, on constate une amélioration de la situation des masses d'eau souterraines, pointe l'état des lieux. De 44 masses d'eau en mauvais état en 2015 - soit 18 % du nombre total - , on est passé à 36 en 2019 - soit 15 % du total- ». Parmi les causes des dégradations : la présence de pesticides, nitrates ou solvants. Ces pressions ainsi qu'un prélèvement d'eau excessif fait peser un risque de non atteinte du bon état pour 26% des masses d'eau souterraine en 2027 dans ce bassin.

Une augmentation du nombre de mouillage de 225 % en 5 ans

Enfin, pour les eaux côtières, 47 % seraient au moins en bon état écologique. Ce résultat peu réjouissant est à nuancer selon l'Agence de l'eau. Elle pointe en effet que 53 % seraient déclassées à cause d'un indicateur qui regroupe l'ensemble des macro-invertébrés vivant au fond de la mer dans le sédiment : le descripteur benthos de substrat meuble. « Le manque de robustesse de ce descripteur invite à considérer cette évaluation avec prudence, considère-t-elle. Les autres descripteurs de l'état écologique que sont les macroalgues, les herbies de posidonie et le phytoplancton ne présentent pas d'évolution au regard de l'évaluation de 2015 et restent en bon état ».

 
Un bilan pour préparer le programme d'actions pour 2022-2027 La directive cadre sur l'eau impose de réaliser un état des lieux des masses d'eau à chaque nouveau cycle. Ce travail constitue donc la première étape de la dernière période de gestion prévue par la DCE (2022-2027). C'est sur sa base que sera élaboré le schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux (Sdage) et son programme de mesures associé.
 

Néanmoins, l'agence invite à la vigilance pour préserver l'état des herbiers de posidonie soumis à une pression grandissante des bateaux : le nombre de mouillages sur ces derniers a en effet augmenté de près de 225 % sur les cinq dernières années. « Parmi les quatre familles de pression affectant les eaux côtières : les apports, les aménagements, les espèces invasives et les usages en mer -, les activités maritimes et les arts trainants constituent la forme de pression la plus impactante pour l'état écologique des masses d'eau côtière, détaille le bilan. Elles ont un impact physique direct sur les habitats et notamment les herbiers de posidonie. Si à ce jour le bon état écologique n'est pas remis en cause par cette pression, elle est en augmentation et doit être maitrisée avant d'arriver à une dégradation totale et irréversible », alerte l'agence de l'eau.

Par ailleurs 100% des masses d'eau présentent un bon état chimique en 2019. « Les eaux côtières présentent un volume d'eau généralement très important qui assure une bonne dilution des apports, note toutefois l'agence. Dès lors, il faut garder à l'esprit que cette évaluation ne préjuge pas d'une contamination chimique plus localisée au droit d'un rejet urbain, d'une source d'apports portuaires ou d'un débouché de cours d'eau côtier ».

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