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Les bâtiments à basse consommation en attente de généralisation

La RT 2012 va rendre obligatoires les normes énergétiques de basse consommation. Une grande avancée issue du Grenelle de l’environnement, qui ne portera cependant que sur les constructions neuves, soit 1% à 2% par an du parc immobilier.

Décryptage  |  Energie  |    |  Agnès SinaïActu-Environnement.com

La bonne nouvelle, c’est que les bâtiments construits demain ne consommeront presque plus d’énergie, ceux d’après-demain en produiront plus qu’ils n’en consommeront. La mauvaise, c’est que les bâtiments anciens, notamment les passoires thermiques des années 50 à 70, pourraient ne pas suivre ce mouvement prometteur. Philippe Pelletier, président du Comité stratégique du Plan Bâtiment Grenelle, s’en est expliqué lors des Rencontres de la performance énergétique consacrées aux bâtiments à basse consommation, les 13 et 14 octobre au CNIT à Paris-La Défense : "Nous avons choisi de ne pas créer d'obligations car nous croyons à l'exemplarité. Nous sommes sur la ligne de l'incitation, sur un changement de société avec une prise de conscience de chacun quant à la nécessité de réduire nos consommations d'énergie."

La rénovation : un immense chantier encore peu investi

Plusieurs ONG environnementales et experts ayant participé à la préparation de la loi Grenelle 1 s’étaient émus de ce renoncement, regrettant que les propositions retenues par le Comité stratégique du Plan Bâtiment Grenelle ne se résument à « un catalogue de mesures disparates, molles et peu lisibles, centré sur une simple amélioration du « diagnostic de performance énergétique » (DPE), structurellement inadapté, et sur un toilettage des mesures fiscales incitatives ». Pour les associations CLER, Effinergie et Negawatt, la loi Grenelle aurait dû donner un signal fort et viser pour les bâtiments existants la généralisation graduelle d’un niveau de performance « basse consommation- rénovation »  inspiré du niveau « BBC » (Bâtiment Basse Consommation) de l’actuelle réglementation sur le neuf.

Reste donc l’incitation. Le Grenelle 2 prévoit un moyen de pression pour encourager la réalisation de travaux améliorant la maîtrise de l’énergie : le renforcement du Diagnostic de performance énergétique. Qu’il y ait vente ou location de maison individuelle ou de bâtiment en copropriété, le propriétaire – ou le syndic – doit afficher la performance de ces locaux. L’étiquette de performance énergétique permet de comparer l’efficacité des bâtiments. Les meilleurs auront un avantage comparatif sur le marché de l’immobilier car leur classement énergétique devra être indiqué dans l’annonce. A entendre Jean-Pierre Molia, président du syndicat national du diagnostic immobilier, « les algorithmes utilisés dans cette méthode obligatoire ne paraissent pas assez fiables. L’étude que nous avons réalisée sur les logiciels utilisés par les diagnostiqueurs a démontré des écarts de résultats aberrants, de l’ordre de 1 à 3 pour un même logement.  L’accès aux informations sur place pose aussi un problème : comment déterminer l’épaisseur d’une isolation si l’on est pas un peu intrusif ou si le propriétaire nous renseigne mal ? ». Il faut donc considérer le DPE comme une première évaluation permettant une réflexion sur les consommations énergétiques. Non comme la réalité de la performance elle-même.

Quant à la prise de conscience des citoyens, l’Ademe la scrute avec attention, mesurant chaque année l’investissement des ménages dans la rénovation énergétique de leur habitat. Selon le baromètre de l’Ademe, le taux d’intention de travaux de la part des ménages a atteint un niveau historique. « Indéniablement, une prise de conscience s’est opérée chez les ménages sous la poussée des débats sur le réchauffement climatique et du Grenelle de l’environnement. 14,8% des ménages ont entrepris des travaux d’amélioration énergétique de leur logement en 2010. C’est un taux jamais atteint à ce jour », analyse Virginie Schwarz, directrice exécutive des programmes de l’Ademe. Le double vitrage reste le premier des travaux effectués. Même si la proportion des passages à l’acte de rénovation est à la hausse, elle n’augmente pas encore significativement par rapport à la moyenne des baromètres relevés depuis 20 ans par l’Ademe.

Complexe réhabilitation des logements sociaux

Conscient que les ensembles de logements sociaux et privés sollicitent un traitement particulier, le gouvernement a mis l’accent dans le Grenelle sur la lutte contre la précarité énergétique. Sur la période 2010-2020, 300.000 logements devraient être rénovés, mais la loi Grenelle 2 ne précise pas par quels moyens financiers, hormis l’acquisition de certificats d’économie d’énergie par les vendeurs d’énergie, dont « une part » qui reste à déterminer « doit être réalisée au bénéfice des ménages en situation de précarité énergétique » (article 78).

À Vénissieux (Rhône), l’organisme Grand Lyon Habitat a pris les devants, décidant de réhabiliter les onze tours du quartier de la Darnaise, sur le plateau des Minguettes, soit 727 logements. Les travaux ont commencé en 2002 et ont duré huit ans, en site occupé. Le bâti a été isolé par l’extérieur avec fermeture des loggias et remplacement des fenêtres. L’électricité des équipements (ascenseurs et parties communes), le renouvellement d’air avec VMC ont été rénovés. Un programme solaire sur les onze tours a été lancé, dont les façades sont garnies de panneaux photovoltaïques raccordés au réseau. Des panneaux solaires ont aussi été installés en toiture terrasse pour produire l’eau chaude sanitaire en complément de celle fournie par le chauffage urbain. Les pieds d’immeubles ont été sécurisés. Coût total de l’opération, pris en charge à hauteur de 23% par l’OPAC Grand Lyon, les autres fonds provenant principalement de la Caisse des dépôts, de l’Etat, de prêts patronaux et du Conseil régional : 10.436.000 €, soit 14.000 € par logement et 200€ par m2, pour un bilan énergétique de 128 kWhEP/m2/an (contre 201 kWhEP/m2/an avant travaux).

La métamorphose du parc neuf est imminente

La RT 2012, dont le décret a été présenté en Conseil d’Etat le 12 octobre, va systématiser des performances bien réelles dans les futurs logements neufs du parc résidentiel, construits à partir du 1er janvier 2013, et dès le 1er juillet 2011 dans le tertiaire, les bâtiments publics et les zones ANRU. Même si elle ne va porter que sur une proportion infime (le taux annuel de constructions neuves ne représente que 1 à 2% du parc existant), la réglementation thermique Grenelle 2012 donne un coup d’accélérateur à la recherche de la performance énergétique des bâtiments. En généralisant les bâtiments basse consommation (BBC) dans la construction neuve, la RT 2012 va marquer l’histoire de la construction en France. L’objectif de la nouvelle réglementation est clair : limiter la consommation d’énergie primaire à 50 kWhEP/m2/an pour les constructions neuves, à comparer aux 150 kWhEP/m2/an dans les logements neufs actuels.

Le besoin bioclimatique ou « Bbio » est le point fort de cette nouvelle réglementation. Ce coefficient va obliger les constructeurs à déterminer très en amont de la construction le bon niveau de conception bioclimatique du bâtiment et les besoins de chauffage, de climatisation et d’éclairage. Il sera exprimé en valeur absolue, par rapport à un plafond de consommation à ne pas dépasser. Ce concept signe la disparition de l’Ubât de la RT 2005, qui ne s’intéressait qu’au niveau d’isolation du bâti. Le Bbio, exprimé en points, va plus loin car il cherche à limiter les besoins en énergie pour les composants liés à la conception du bâti : la RT 2012 appréhende par un indicateur unique la qualité intrinsèque de la conception du bâtiment.  Ce coefficient novateur devrait valoriser le niveau d’isolation de l’enveloppe, la mitoyenneté et la conception bioclimatique avec la prise en compte de l’éclairage naturel, des apports solaires et des protections.

BBC : des surcoûts modérés

Les coûts de construction seront-ils franchement plus élevés ? Pour Grégory Monod, promoteur dans la région d’Annecy, il n’y a pas de surcoût important. Constat à l’appui : les 51 logements basse consommation de l’éco-quartier construits par son entreprise, la SOGIMM, à Epargny, en Haute-Savoie, ont coûté 1662 euros HT au m2, soit un surcoût de 10% par rapport à un logement neuf ordinaire. L’opération a été réalisée en tenant compte du label suisse Minergie : bâtis avec des volumes simples et compacts, isolation extérieure de 16 cm, balcons désolidarisés pour minimiser les ponts thermiques, chaudière collective bois à plaquettes, logements bi-orientés pour favoriser la ventilation naturelle complétée par une VMC double flux, récupération d’eaux de pluie pour l’arrosage des terrasses… Bilan : une moyenne de 63 KWhEP/m2/an dans les quatre bâtiments de trois étages.

En Allemagne, plus avancée en matière de logements écologiques, les mêmes constructions coûtent 20% de moins qu’en France. Pour l’architecte Françoise-Hélène Jourda, il y a une explication : « La France est le pays des grands groupes de BTP. En Allemagne et en Autriche, où les métiers manuels sont bien plus valorisés, il y a un réseau de PME artisanales très intégrées localement, qui savent ajuster leurs prix et réagir rapidement aux demandes locales ». Un nouveau modèle de société en perspective, pour un secteur en pleine métamorphose, malgré une forte capacité d’inertie.

Réactions4 réactions à cet article

 

"Nous avons choisi de ne pas créer d'obligations car nous croyons à l'exemplarité. Nous sommes sur la ligne de l'incitation ..." (Philippe Pelletier)
Imaginer que l'énorme chantier de la rénovation énergétique au niveau facteur 4 (ou plus) puisse se faire par la vertu de la seule incitation est une dramatique illusion. Elle ne conduira qu'à rénover à un niveau insuffisant, à un rythme trop faible et sans réelle priorisation des urgences.
Le Grenelle a concrétisé une vraie rupture sur le neuf (et il faut s'en féliciter) mais il n'a du tout pris la mesure du chantier sur la rénovation énergétique qui doit intégrer :
1) un niveau de performance d'au moins 80 kWhep/m2.an (chauffage et eau chaude)
2) dès maintenant des milliers d'opérations pilotes à ce niveau, sur tout le territoire,
3) une obligation règlementaire de rénovation avec une progressivité ciblant les moyens et les ressources vers les bâtiments où le gain potentiel est le plus élevé.

Que de temps perdu, de tergiversations, de fausses illusions.
Pourquoi attendre ? Il n'y a donc aucune urgence à agir ?

Thierry SALOMON
Président de l'association négaWatt

Thierry SALOMON | 20 octobre 2010 à 18h44
 
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"La RT 2012, dont le décret a été présenté en Conseil d’Etat le 12 octobre, va systématiser des performances bien réelles dans les futurs logements neufs du parc résidentiel"
De quel performence bien réelle parle-t-on ?
Pour ce qui est des bâtiments répondant à des testes de bonne réalisation soit. Mais pour le plus grand nombre, non !

"En Allemagne, plus avancée en matière de logements écologiques, les mêmes constructions coûtent 20% de moins qu’en France"
Pour moi, un bâtiment BBC ne rime pas forcément avec écologique, loin sans faut !

Fred_ | 21 octobre 2010 à 09h43
 
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Malheureusement, peu de gens pensent réellement à l'environnement dans cette époque de précarité et de désillusions. Le citoyen lambda verra tout d'abord le chiffre des travaux avant même de penser aux économies potentielles faites par ces rénovations. Mais je suis d'accord, il y a urgence à agir mais ne pas confondre non plus vitesse et précipitation...

Emy | 26 octobre 2010 à 13h35
 
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Est il possible de produire soi meme des briques en paille terre chaux et chanvre .Est ce rentable et l'isolation thermique peut elle aussi efficace...? En période de chaumage et de déficit multiple et d'inhumanité généraliser par les grands ensembles urbains l' écologie humaniste et simple devrait etre la solution de premier plan...Revenons donc un peu au bon sens des anciens et à des valeurs sures pour la préservation des équilibres séculaires ...

vinctd | 27 octobre 2010 à 18h04
 
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