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Bâtiments neufs : l'État « encourage » l'usage de l'électricité dans la prochaine RE 2020

MAJ le 09/12/2019

Le colloque, organisé le 3 décembre par l'Union française de l'électricité, a relancé le débat autour de l'usage du chauffage électrique qui serait avantagé par rapport au gaz, dans la réglementation environnementale des bâtiments neufs 2020.

Bâtiment  |    |  Rachida Boughriet  |  Actu-Environnement.com
Bâtiments neufs : l'État « encourage » l'usage de l'électricité dans la prochaine RE 2020

« Il faut qu'on arrête d'avoir l'électricité honteuse dans le domaine du bâtiment (…). L'électricité est la solution pour pouvoir réussir l'atteinte de la neutralité carbone en 2050 », a déclaré, le 3 décembre, Olivier David, chef de service du climat et de l'efficacité énergétique à la Direction générale de l'énergie et du climat (DGEC), lors du colloque organisé par l'Union française de l'électricité (UFE), à Paris. De quoi faire à nouveau bondir les acteurs de la filière gaz, représentés par l'association Coénove, présidée par Bernard Aulagne.

Le calcul de la baisse du coefficient d'énergie primaire de l'électricité, prévu pour la prochaine réglementation environnementale (RE) 2020, est un point de désaccord persistant entre la filière électrique et la filière gaz. D'autant que la réglementation thermique (RT) 2012, actuellement en vigueur, avait avantagé le gaz dans les logements neufs. « Nous trouvons inconvenant, si ce n'est choquant, que l'administration choisisse un colloque de l'UFE pour déclarer sa flamme à l'électricité et surtout, présente les choses comme une revanche de l'électricité, après une RT 2012 qui aurait favorisé le gaz », a déclaré Bernard Aulagne, dans un communiqué. Sachant que « les arbitrages concernant la RE 2020 ne sont, officiellement, toujours pas rendus ».

Électricité : le coefficient d'énergie primaire passera de 2,58 à… 2,3

Début 2020, l'État doit en effet concerter les acteurs sur les exigences réglementaires de la future RE 2020, puis les arbitrages interministériels interviendront au printemps 2020. L'État devrait publier les textes réglementaires à la mi-2020, avait annoncé, début novembre, Mickaël Thiery de la Direction de l'habitat, de l'urbanisme et des paysages (DHUP). « L'État a proclamé son choix pour la France de l'électrique par la voix de la DGEC qui assume encourager l'usage de l'électricité dans les bâtiments », a dénoncé M. Aulagne.

Au colloque de l'UFE, Olivier David a confirmé la décision des pouvoirs publics de baisser le coefficient de conversion de l'électricité en énergie primaire, qui passera désormais de 2,58 à 2,3.

La DGEC proposait d'abord la baisse du facteur d'énergie primaire fixée à 2,1, afin de prendre en compte l'évolution du mix énergétique projetée en 2035 dans la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE), et de répondre aux exigences européennes de la directive relative à l'efficacité énergétique des bâtiments. Les derniers arbitrages de l'administration, rendus en novembre lors d'une réunion avec les acteurs, annonçaient un coefficient de 2,3.

Or, en fixant un coefficient de 2,1, la filière gaz fustigeait, en mai dernier, « le retour du chauffage électrique par convecteurs à effet Joule peu performants et énergivores, conduisant à augmenter les besoins de puissance électrique en hiver (pointe électrique) ». Un avis partagé par l'association NégaWatt.

Un coefficient évalué à 2,74 aujourd'hui

En décidant un coefficient de 2,3, Coénove dénonce un « artifice » de l'administration, « faute d'arguments sérieux ». « L'Union européenne utilise une méthode objective pour calculer ce facteur de conversion : pourquoi ne l'appliquons-nous pas ?... sauf qu'elle conduit à un coefficient de 2,7 ! » a poursuivi Bernard Aulagne.

Pour NégaWatt, c'est un coefficient de 2,74 qu'il faudrait retenir dans la RE 2020 : une valeur jugée « représentative de la structure actuelle (2018) de production d'électricité en France ». « C'est cette valeur de 2,74 qu'il faut retenir, même si elle minore la réalité. C'est une question d'honnêteté intellectuelle, et au moins elle fera consensus, même si elle est sous-estimée », expliquait NégaWatt en avril dernier dans une note d'analyse.

Même son de cloche de la part de Thierry Rieser, gérant du bureau d'études Enertech, spécialiste de l'efficacité énergétique :« En accord avec les règles européennes, nous devrions adopter la valeur actuelle du coefficient (…) soit 2,74, et le réviser dans cinq ans pour suivre les évolutions réellement constatées ! A minima le maintien du statu quo à 2,58 pourrait être une solution raisonnable qui éviterait de rouvrir ce débat explosif », a déclaré M. Rieser, dans une tribune publiée le 26 novembre, aujourd'hui signée par plus de 1 300 maîtres d'œuvre et maîtres d'ouvrage du bâtiment concernés par la RE 2020. « Pourquoi d'ailleurs proposer 2,1, puis 2,3 ? Est-ce un marchandage ? », s'interrogent aussi les signataires.

De son côté, l'association Équilibre des Energies estime, dans un communiqué, que la valeur de l'indicateur en énergie primaire « devrait être alignée sur le coefficient de 2,1, proposé comme coefficient par défaut par l'Union européenne et d'ores et déjà admis dans les règles d'éco-conception et d'éco-affichage de composants essentiels tels que les pompes à chaleur ». Elle interpelle les pouvoirs publics sur le fait que le maintien d'une réglementation fondée sur le coefficient de 2,58 ou sur un coefficient qui « lui serait trop proche (…) compromettrait définitivement les chances de respecter l'objectif de neutralité climatique à horizon 2050 ».

Impact carbone du chauffage électrique : autre sujet de discorde

 
C'est un coefficient de 2,74 qu'il faudrait retenir dans la RE 2020 : une valeur jugée représentative de la structure actuelle (2018) de production d'électricité en France.  
NégaWatt
 
Dans le cadre de la RE 2020, l'État propose également de réviser la valeur du facteur d'émission carbone, également appelé « contenu en CO2 du kWh électrique », en le faisant passer de 210 grammes CO2/kWh à 80 grammes CO2/kWh. Soit une réduction de 62 % de l'impact carbone du chauffage électrique. Un autre point de désaccord avec la filière gaz et une « source d'inquiétude » pour Thierry Rieser et les signataires de sa tribune. L'association Coénove dénonce un « changement de méthode unilatéral qui permet de gommer le poids carbone de l'électricité utilisée pour le chauffage ». La valeur de 210 grammes, indique Thierry Rieser, « prend en compte le fait qu'en moyenne mensuelle hivernale, le mix énergétique s'appuie sur un recours important aux énergies fossiles, à cause précisément du chauffage électrique. Nous ne comprenons pas ce qui justifierait physiquement d'abaisser ce coefficient dans la RE 2020. Il est donc important de maintenir cette valeur hivernale dans la future réglementation », pour tenir compte de la pointe hivernale.

L'association Équilibre des Energies demande, quant à elle, de « rationaliser et de préciser la méthode de détermination » du contenu en CO2 du kWh électrique consommé.

Enertech et les signataires de sa tribune appellent les pouvoirs publics à revoir certains axes de travail de la RE 2020, craignant une baisse des exigences par rapport à l'expérimentation E+C-. « Une vraie concertation ne se mesure pas aux nombres de réunions organisées, mais à la véritable prise en compte des suggestions des acteurs... Nous en sommes loin mais nous continuerons à porter nos convictions », a déclaré Bernard Aulagne, président de Coénove.

Réactions14 réactions à cet article

 

Il faut bien tenter de justifier la demi-douzaine d'EPR que l'Etat souhaite commander à EDF / Framatome...

Pégase | 06 décembre 2019 à 23h26
 
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Il y avait jusqu'ici "un dogme" renforcé par hausse du fonds chaleur en 2018 et 2019, et la semaine dernière par 25 actions en faveur de ces réseaux chaleur, actions qui semblent écrites par les partenaires (lobbies) AMORCE, SNCU.. En résumé, peu importe les passoires thermiques, Il faut fournir une grande quantité de chaleur en réduisant les frais de chauffage en chauffant avec des déchets bois, bois vert et appoint gaz. En même temps ça crée des emplois ( d'élus écologistes au passage), ça fait travailler des entreprises (creuser pour mettre les tubes, combler .. coupe, séchage, du bois, transports bois..cendres , poussières puis épandages.). L’Etat y perd à tous les étages : l'ADEME par son fonds chaleur compense le surcoût lié à cette biomasse + chaudières bois, d'environ 0,15€ MWh livré, et TVA réduite, la pollution supplémentaire dûe aux combustions bois dégrade la santé, génère des coûts .. Tout ça pour arriver à 16,7 % d’EnR&R en 2020 au lieu de 23 %.. alors que l’on a une électricité décarbonnée ! MAINTENANT, se rend t- on compte qu’il n’est pas pertinent de mettre des km de tuyaux réseau pour raccorder les bâtiments qui vont être BBC (2020)? que le Rdt global d’un petit réseau est env. 73 %, mais monte à 82 % si la chaudière bois est en panne. Bénéfices : moins de camions diesel qui roulent, plus d’arbres qui vont capter le CO2. Quand on pense qu’on pouvait se contenter de garder ces réseaux chaleur pour valoriser la chaleur fatale + appoint gaz !

J Cl M 44 | 09 décembre 2019 à 10h47
 
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Rien compris au message codé de JCIM44, si, juste que l'électricité nucléaire est décarbonée, même ma petite fille qui est en grande section de maternelle vous prouve le contraire en 140 secondes. On arrête de déconner, une bonne fois, non?

Chlamic | 09 décembre 2019 à 11h43
 
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Décidément, les petites tractations se font entre potes...
au lieu de discuter de petits arrangements mais gros sous, il faudrait juste constater les faits aujourd'hui ; CONSTRUIRE sain et très économe en énergie est devenu facile. Par retour d'expérience , une maison bioclimatique bien isolée, nécessite 2 à 3 kwh de puissance installé. autrement dit une PAC A++ réversible de très faible puissance suffit pour le chaud l'hiver et le rafraîchissement l'été.

donc au lieu de perdre son temps dans des investissements nucléaires ou fonds de chaleur, couteux, quelques capteurs Pv sur le toit de la maison, e telle devient presque autonome. Je propose que l'Etat finance cet équipement si la maison est totalement bioclimatique. En plus rendre les gens peu dépendants du système est un confort pour l'avenir, hors des tempêtes à venir sur réseau, etc . DOMMAGE de ne pas vouloir faire bien de suite dans le sens des consommateurs.

Adri21 | 09 décembre 2019 à 12h08
 
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Bonjour,
en ligne de mire la privatisation des barrages ne se cache-t-elle pas derrière cette méthode insistante sur le retour de l'électrique?
René Sournia
74100 Ambilly

René Sournia | 09 décembre 2019 à 13h52
 
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si c'est l'électricité produite par le renouvelable c'est parfait, il est si facile de placer des panneaux photovoltaïques sur des bâtiments bien isolés que personne ne le fait. Il n'a pas que le nucléaire fossile et créateur de déchets qui peut produire de l'électricité.

wibart | 09 décembre 2019 à 19h00
 
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à CHLAMIC, selon un art. de francetvinfo.fr La France a produit de l’électricité à 86% décarbonée en 2018" .. plus loin, "Cette année exceptionnelle (...) positionne la France comme le premier exportateur européen en 2018 : 86,3 TWh exportés contre 26,1 TWh importés", souligne RTE dans un communiqué. Le nombre de jours où la France a dû importer de l'énergie a nettement reculé, avec 17 journées importatrices en 2018 contre 52 en 2017."

J Cl M 44 | 10 décembre 2019 à 09h44
 
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Il n' est jamais question de la géothermie ,pourtant exploitable dans de nombreux sites .Pas de lobby pour la soutenir comme pour le nucléaire ou l'éolien ?

sirius | 10 décembre 2019 à 10h43
 
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Comment peut-on prôner l'électrification à outrance (logement et véhicules) et en même temps stopper des moyens de production, notamment nucléaire ?
L'organisation du black-out généralisé est-elle un but politique ?
Il faut alors expliquer cela aux citoyens.
Et autrement que par la magie de la fée électricité (même pseudo-verte).
Il est un jour où il faudra bien commencer par prendre au sérieux les sujets de l'énergie...
Salutations à tous.

Albatros | 10 décembre 2019 à 17h36
 
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si l'on attend que l'état fasse tout pour l'énergie on n'a rien compris, c'est à chacun de s'équiper en renouvelable que l'on ne me dise pas que c'est trop cher, il faut etre conseillé pour choisir son entreprise ( prenez un mandataire gratuit), ensuite analysez les nombreuses de l'état et l'on pourra fermer trois centrales nucléaires au minimum.

wibart | 10 décembre 2019 à 18h54
 
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Pour faire un kWh d'électricité à partir d'une source de chaleur (charbon, nucléaire ou gaz), il faut jeter deux kWh thermiques dans la nature.
La pompe à chaleur peut en récupérer, pas le convecteur!
Dans toutes les bonnes écoles, sauf celles de management, on a entendu parler du principe de Carnot.

Le vrai problème de l'électricité (selon la CRE), c'est celui des logements épaves thermiques.

Butimage | 10 décembre 2019 à 19h21
 
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Cher wibart, tout le monde n'a pas la chance de disposer d'un logement avec possibilités de mener tous travaux de sa propre initiative. Propriétaire d'une maison "verte" en quelque sorte.
Avez-vous entendu parler du logement social et de la démographie ?
Encore du YAKAFOKON et de la vertu ?
Allez, bonne journée tout de même (je vais chercher l'eau au puits)

Albatros | 11 décembre 2019 à 14h37
 
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Si j'ai équipé ma maison en durable c'est que j'ai commencé il y a plus de dix ans avec les aides de l'état, un prêt à 0% que j'ai économisé en faisant mon jardin et en réfléchissant. Chaque propriétaire a les moyens de le faire avec un salaire moyen de 3000 euros en couple. Il est facile de chercher les entreprises et de calculer les devis. Une Hlm bien gérée par un office sérieux peut équiper en panneaux photovoltaïques avec du matériel sérieux, cela dépend de la volonté de la mairie.Simplement quand je dois faire une grosse dépense, je la prépare à l'avance.

wibart | 11 décembre 2019 à 17h54
 
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Bel exemple wibart, merci. Avec vous, tout est facile. On se demande pourquoi tous ne font pas comme vous...

PS: mon domicile est également du genre performant

Albatros | 11 décembre 2019 à 18h20
 
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