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Abeilles : les apiculteurs dénoncent l'autorisation d'un nouveau néonicotinoïde en France

Les apiculteurs de l'Unaf fustigent l'autorisation par l'Anses de deux pesticides contenant du sulfoxaflor qu'ils jugent toxiques pour les abeilles, en ayant le même mode d'action que les néonicotinoïdes interdits à compter de 2018.

Biodiversité  |    |  Rachida BoughrietActu-Environnement.com

L'Union nationale de l'apiculture française (Unaf), syndicat représentant 22.000 apiculteurs, repart à la charge contre les pesticides néonicotinoïdes neurotoxiques impactant les colonies d'abeilles, alors que deux nouveaux insecticides viennent d'être autorisés par la France.

La production française de miels en 2017 est encore en-dessous des 10.000 tonnes,"victime" de l'impact des pesticides mais aussi de prédateurs comme le varroa ou le frelon asiatique, des conditions climatiques (gelées tardives, sécheresse,…) et de la réduction des ressources mellifères. Soit trois fois moins que la production en 1995, a rappelé Gilles Lanio, président de l'Unaf, le 19 octobre, lors d'une conférence de presse.

1995 marque le début d'utilisation en France de certains pesticides, dont les trois néonicotinoïdes (la clothianidine, l'imidaclopride et le thiaméthoxam), interdits partiellement depuis 2013 pour certains usages, dans l'Union européenne. Malgré les restrictions européennes, leur recours n'a pas baissé en France. Au contraire, toutes molécules confondues, l'usage des néonicotinoïdes a augmenté de 4% entre 2013 et 2015, d'après des chiffres obtenus auprès du ministère de l'Agriculture par l'Unaf en juin dernier. Cette dernière a commandé une enquête, réalisée par une journaliste indépendante, révélant qu'au moins 6 millions d'hectares seraient traités chaque année, en France, avec des insecticides néonicotinoïdes, soit via les traitements de semences (enrobages), soit par pulvérisation.

 
6 millions d'hectares traités par an aux néonicotinoïdes Selon l'enquête de l'Unaf, trois millions d'hectares par an de cultures de céréales à paille (blé, orge) seraient traités au néonicotinoïde imidaclopride, 1,5 million d'ha par an de colza au thiaclopride (qui n'est pas interdit par l'UE) ), 1 million d'ha par an de maïs au thiaclopride et 390.000 ha par an de betterave à l'imidaclopride et au thiaméthoxam. Ces hectares traités représentent plus de 20% de la surface agricole utile (SAU) française.
 

Sulfoxaflor, un néonicotinoïde ou pas ?

La France veut aller au-delà du moratoire européen en ajoutant l'interdiction, à partir du 1er septembre 2018, de deux autres néonicotinoïdes (le thiaclopride et l'acétamipride) les plus couramment utilisés. La France prévoit des dérogations possibles jusqu'en juillet 2020 par arrêté, conformément à la loi biodiversité d'août 2016. Le décret interdisant formellement les cinq néonicotinoïdes devrait paraître prochainement. Le gouvernement attend deux avis de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), fin 2017 puis au premier trimestre 2018, sur l'existence d'alternatives à ces pesticides pour chacune des cultures concernées.

Or, le projet de décret "omet deux néonicotinoïdes dans la liste d'interdiction : le sulfoxaflor (produit par Dow AgroSciences) et la flupyradifurone (produit par Bayer CropScience)", a dénoncé Anne Furet, chargée de projet "Environnement de l'Abeille" à l'Unaf. Alors que l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) "donne son feu vert [à l'homologation] de produits à base de sulfoxaflor", fustige-t-elle.

Au niveau européen, le sulfoxaflor est autorisé depuis juillet 2015. En 2014, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) avait qualifié cette substance de "hautement toxique pour les abeilles" avant de finalement donner un avis positif en 2015 au dossier d'homologation transmis par Dow AgroSciences. Pour l'industriel, le sulfoxaflor n'appartient pas à la famille des néonicotinoïdes mais à la famille des sulfoximines. L'Unaf dénonce cette classification par le producteur de pesticides qui aurait "dissimulé les grandes similitudes dans leurs propriétés biochimiques. Comme les autres néonicotinoïdes, la molécule est systémique : une fois absorbée par la plante, elle circule dans son système vasculaire jusque dans le pollen et le nectar".

 
On va remplacer les cinq néonicotinoïdes qu'on va supprimer par un nouveau néonicotinoïde.  
Gilles Lanio, président de l'Unaf
 

Le feu vert, donné fin septembre par l'Anses, concerne deux produits à base de sulfoxaflor : le Closer dédié aux agrumes, légumes et arbres fruitiers, ainsi que le Transform qui est utilisé sur les céréales à paille. "On va remplacer les cinq néonicotinoïdes qu'on va supprimer par un nouveau néonicotinoïde. La molécule est autorisée sur de nombreuses cultures : arboriculture, céréales à paille, cultures légumières, lin", interpelle le président de l'Unaf, Gilles Lanio.

Anses : "ses métabolites ne sont pas toxiques pour les insectes"

Cette autorisation intervient alors qu'une étude vient de paraître, dans la revue PLoS One, sur la disparition de près de 80% des insectes volants entre 1989 et 2013 en Europe, mettant en cause les pesticides. En France, ce sont 300.000 à 400.000 colonies d'abeilles qui disparaissent chaque année. "Malgré de tels chiffres, nos pouvoirs publics persistent à autoriser en catimini ces produits dangereux", s'est insurgé M. Lanio.
 L'Unaf appelle le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, à "intervenir en retirant immédiatement les autorisations de mise sur le marché de ce produit". Interrogé ce vendredi 20 octobre par RMC, le ministre de l'Agriculture, Stéphane Travert réfute toute ingérence dans ce dossier. En juin dernier, il avait laissé entendre que la France renoncerait à aller plus loin dans son interdiction des néonicotinoïdes que ce que prévoient les textes européens. Avant d'être contredit par le Premier ministre. "L'Anses a mis en place une autorisation de mise sur le marché à partir des données scientifiques dont elle disposait. Il n'y avait pas d'éléments constatant que la molécule pouvait être dangereuse. Il va falloir que l'Anses puisse regarder exactement ce qu'il en est. C'est ce que j'attends de l'Agence en tout cas", a déclaré le ministre à RMC.

De son côté, l'Anses confirme, à Reporterre, que le sulfoxaflor "n'appartient pas à la même famille chimique que les néonicotinoïdes, même s'il a le même mode d'action. Il se différencie par sa faible persistance dans les sols (entre 1 et 4 jours contre 120 à 520 jours pour les principaux néonicotinoïdes) et est moins toxique pour les organismes aquatiques. De plus, ses métabolites ne sont pas toxiques pour les insectes", assure l'Anses. L'usage des deux produits sur les grandes cultures attractives pour les pollinisateurs,"notamment celles présentant de très grandes surfaces (tournesol, colza…) n'est pas autorisé", a précisé l'Agence.

Réactions1 réaction à cet article

 

Il y a une tartuferie majeure à écrire que les cultures céréalières sur lesquelles est autorisé ce nouveau produit, ne sont pas attractives pour les abeilles, sous prétexte que ce ne sont pas des plantes à pollinisation ! Va-t-on expliquer aux abeilles de ne pas passer par là, de ne pas se poser sur ces plantes qui ne les "attirent pas" ? Part-on du principe qu'il n'y a ni ruche, ni même un champ de fleurs, nulle part en France, à moins de 100 mètres de toutes les monocultures qu'on va passer au sulfoxaflor ?
Imaginons juste de faire la même chose aux humains : "merci de ne plus passer sur cette zone cultivée : elle contient un produit mortel pour vous et vos enfants... mais rassurez-vous elle est non attractive pour vous !" Pour le moins, on la cloturerait , cette zone... mais les clotures à insectes, ça n'existe pas !

Par ailleurs l'article d'origine de l'ANSES précise tout de même qu'une (phytopharmaco)vigilance en réseau va être activée pour la première application de ce produit. Autrement dit, comme toujours, les abeilles vont tester la "version bêta" et les apprentis sorciers en tirer leurs conclusions après coup, comme toujours, devant les colonies éventuellement décimées. Business as usual !

Philippe | 24 octobre 2017 à 10h33
 
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