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Actu-Environnement

Les eaux superficielles et souterraines françaises restent toujours autant polluées

Comme chaque année, l'IFEN vient de publier son rapport sur la pollution des eaux superficielles et souterraines par les pesticides en France. La situation reste donc critique et bien loin des objectifs européens.

Eau  |    |  Florence Roussel Actu-Environnement.com
Depuis 1998, l'Institut Français de l'Environnement (IFEN) développe un système d'information permettant d'établir régulièrement un état de la contamination des eaux par les pesticides en France. Cette évaluation se base sur la recherche de plus d'une trentaine de molécules actives à la fois dans les eaux souterraines et les eaux de surface. Les résultats permettent d'attribuer une classe de qualité à chaque point de prélèvement en fonction des concentrations en substances. Les eaux souterraines sont classées en trois catégories : Bonne, Médiocre ou Mauvaise. Pour les eaux superficielles deux catégories supplémentaires existent : Très Bonne et Moyenne. Ainsi, un prélèvement d'eau superficielle où la concentration de 39 molécules différentes n'excède pas 0,1 µg/l pour chacune des substances et 0,5 ?g/l pour la somme des substances, sera qualifié de Très bonne qualité.

Conformément à sa mission, l'IFEN vient de publier son bilan regroupant les données 2005. Globalement, la présence de pesticides dans les eaux superficielles et souterraines reste généralisée sur l'ensemble du territoire métropolitain. Ainsi les substances actives recherchées ont été détectées au moins une fois dans respectivement 91 % des points de mesure des cours d'eau et dans 55 % des points de mesure des nappes souterraines. D'un point de vue qualitatif, 64% des prélèvements dans les eaux superficielles présentent une très bonne ou une bonne qualité mais encore 36% sont en classe moyenne (20%), médiocre (6%) ou mauvaise (10%). Autrement dit, dans certains cours d'eau notamment ceux de qualité « Mauvaise », les teneurs en pesticides sont telles qu'elles peuvent affecter de manière importante les équilibres écologiques ou ne peuvent pas permettre l'utilisation de la ressource pour l'approvisionnement en eau potable. Les principaux pesticides responsables des déclassements en qualité mauvaise des points de mesure sur les cours d'eau sont toujours le glyphosate (herbicide connu sous le nom commercial de Roundup), l'AMPA (acide aminométhylphosphonique et produit de dégradation du glyphosate) et deux autres herbicides : le diuron (utilisé sur les cultures fruitières) et l'isoproturon (utilisé sur les cultures céréalières).

Concernant les eaux souterraines, un quart des prélèvements ont une qualité médiocre à mauvaise. Ces aquifères nécessiteraient donc un traitement spécifique d'élimination des pesticides s'ils étaient utilisés pour produire de l'eau potable. Cependant pour 1% des cas, ces traitements ne seraient peut-être pas suffisants. Les teneurs en pesticides sont supérieures aux normes réglementaires et rendent ces aquifères inaptes à la production d'eau potable. Les substances responsables de ce mauvais classement sont, dans le cas des eaux souterraines, des molécules issues de la dégradation de pesticides comme par exemple le desmethylnorflurazon produit de dégradation de l'herbicide dichlobénil.

La situation dans les départements d'outre-mer (DOM) est similaire même si les prélèvements sont beaucoup moins nombreux. Les données proviennent principalement des réseaux d'usage d'eau potable, mais les premiers résultats d'analyses produits par les groupes régionaux phytosanitaires commencent à être traités. Malgré son interdiction depuis 1993, le chlordécone reste le pesticide le plus retrouvé que ce soit dans les eaux superficielles ou dans les eaux souterraines.

Face à ces analyses, l'IFEN se veut prudent et précise que les pourcentages de stations ou d'analyses quantifiées données dans ce bilan ne doivent pas être interprétés en termes de tendances. En effet, le dispositif d'observation des pesticides dans les eaux se renforce d'année en année. Il est donc difficile d'après l'institut de savoir si les évolutions sont dues à une modification de la situation dans les eaux ou à une modification du système d'observation. Ainsi, le nombre de molécules recherchées continue de croître : en eaux superficielles, 489 substances différentes ont été recherchées en 2005 contre 459 en 2004. En eaux souterraines, 707 substances différentes ont été recherchées en 2005 contre 417 en 2004.
L'IFEN rappelle également que les points de prélèvement ne constituent pas un échantillon entièrement représentatif de l'ensemble des cours d'eau et des nappes souterraines du territoire national.

Le parti politique CAP21 est loin d'être aussi précautionneux. Pour son porte-parole Eric Delhaye, la France est assise actuellement sur une bombe à retardement car la dégradation des eaux est lente et inexorable. Pour le parti, ces résultats démontrent que le plan interministériel de réduction des risques lié aux pesticides présenté le 28 juin 2006 n'est pas de nature à enrayer cette évolution. Selon lui, seule la mise en place d'une politique de soutien à l'agriculture biologique et aux systèmes de production intégrées apparaît véritablement efficace pour supprimer ou réduire l'utilisation des pesticides de synthèse. CAP 21 propose de compléter cette politique par l'instauration d'une taxe suffisamment dissuasive sur les pesticides calquée sur l'expérience danoise et la protection immédiate des champs captants stratégiques pour la production d'eau potable.

Réactions9 réactions à cet article

 
Et les eaux en bouteille ?

Le consommateur se rue sur les eaux en bouteilles pour échapper à l'eau du robinet. Qu'en est-il en fait de leur supposée qualité biologique ? Voilà une question politiquement incorrecte à laquelle il doit être bien difficile d'obtenir une réponse impartiale !

suzzarini.jf | 17 janvier 2008 à 08h52
 
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Pesticides : tout le monde en utilise...

L'IFEN rappelle bien dans son rapport qu'il s'agit des PESTICIDES et non pas des seuls produits phytosanitaires utilisés en agriculture. Dans les pesticides, il y a ces derniers produits, ceux utilisés dans les jardins particuliers, sur les espaces verts, en forêts, etc. Il y a les herbicides utilisés en voirie, sur les ballastières des voies ferrées, sur les aires de stationnement (usines, centres commerciaux, résidences, etc). Il y a tous les BIOCIDES utilisés dans le traitement des denrées entreposées et des locaux (entrepôts, locaux d'élevage, serres, etc), des matériaux de construction et notamment les bois de charpente, le traitement des bois (palettes, mobilier d'extérieur), le traitement des coques de bateaux (cf certaines pollutions dans le Bassin d'Arcachon), etc, etc. Il est nécessaire que ce soit dit, non pour exonérer certains excès d'origine agricole, mais pour montrer qu'élus, opérateurs économiques, administrations, ménages, professions liées à l'agriculture... tous sont "émetteurs" de ces pollutions et, par conséquent tous, c'est à dire NOUS, sont concernés.

croquedale | 17 janvier 2008 à 10h48
 
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Gestion globale de l'eau

En France les organismes en charge de la gestion de rivières considèrent qu'un prélèvement d'eau latérale pour usages divers est perdu pour la rivière .
Ce genre de vision à oeillières de la gestion de l'eau a pour résultat de ne pas permettre la technique de la gestion globale de l'eau que l'association des biefs du Pilat préconise depuis de nombreuses années pour préserver et répartir la ressource en eau afin de recharger les nappes souterraines en les dépolluant.

jeandb | 17 janvier 2008 à 20h20
 
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Re:Pesticides : tout le monde en utilise...

En l'occurence, les matières actives incriminées dans le rapport de l'IFEN sont bien des produits phytosanitaires, utilisés donc en agriculture, espaces verts et par les particuliers (glyphosate, diuron pour les plus présents) et non des biocides.

NAT | 18 janvier 2008 à 09h36
 
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Re:Re:Pesticides : tout le monde en utilise...

Non, il y a toutes les substances "pesticides". Voici un extrait de ce que l'AFP a indiqué le 11 ou le 12 janvier en annonçant la sortie du rapport de l'IFEN (texto) :

" En rivière, 91% des 819 points contrôlés en 2005 par l'Ifen présentaient au moins un pesticide (produits phytosanitaires utilisés pour la protection des végétaux ou biocides pour la protection de biens d'équipement comme le bois de charpente). Pour les eaux souterraines, 55% des 1.213 points de contrôle révélaient une concentration de pesticides.
Les niveaux de contamination sont significatifs, indique l'étude de l'Ifen: 36% des points de mesure en eaux de surface ont une qualité moyenne à mauvaise et 25% des points de mesure en eaux souterraines ont une qualité médiocre à mauvaise."

On ne peut pas discriminer l'usage d'origine d'un effluent herbicide : agriculture, ZNA (jardins, espaces verts, voiries, ballastières, forêt...). De la même façon on ne peut pas discriminer l'usage d'origine de fongicides et d'insecticides utilisés en traitement de matériaux divers.
Là où les analyses apporteront une précision, c'est sur des substances interdites en agriculture, forêt, parcs et jardins (ZNA en général), par exemple anti-algues sur les coques des bateaux. Et encore... en parlant des anti-algues et herbicides dits "ammoniums quaternaires" : comment discriminer toitures, terrasses, jardins, piscines et autres usages ?

croquedale | 18 janvier 2008 à 10h11
 
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Re:Re:Re:Pesticides : tout le monde en utilise...

Peu m'importent les communiqués de presse.
D'après ce que je lis dans le rapport de l'IFEN, bien qu'éventuellement des molécules à usage biocide soient recherchées aussi dans les eaux :
"les principaux pesticides responsables des déclassements des points de mesure sur les cours d'eau sont :
AMPA (produit de dégradation du glyphosate) - 79 stations déclassées
Glyphosate - 43 stations déclassées
diuron - 21 stations déclassées
isoproturon - 15 stations déclassées
chlortoluron - 8...
métolachlore - 5
acétochlore - 4
bentazone - 4
carbendazime - 3
aminotriazole - 3

Il s'agit dans tous les cas d'herbicides à usage agricole ou assimilé (sauf le carbendazime - fongicide), le glyphosate, le diuron et l'aminotriazole étant couramment employés en espaces verts, les autres à usage essentiellement (pour ne pas dire exclusivement, parce que je n'ai pas le temps de vérifier) agricole (herbicides céréales ou maïs, encore lui).
Maintenant, je suis peut-être passée à côté d'un usage d'un de ces produits en tant que biocide, et je serais très heureuse que vous me permettiez d'étoffer mes connaissances en ce sens,

NAT | 18 janvier 2008 à 11h57
 
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Re:Et les eaux en bouteille ?

Les eaux embouteillées font également l'objet d'un contrôle réglementaire de la qualité de l'eau qui prévoit notamment la recherche des produits phytosanitaires.
Il suffit de s'adresser à l'entreprise d'embouteillage, ou au service santé-environnement de la DDASS du département où se situe le captage (ou source, terme beaucoup plus vendeur) pour avoir cette information.

La réponse impartialle réside dans l'obligation de se soumettre au contrôle sanitaire prévu par le code de la santé publique, par la réalisation des analyses par un laboratoire agréé par le ministère de la santé et par l'obligation de mettre à disposition cette information.

Sauf si biensûr, Mulder a raison et qu'on nous cache tout et qu'on nous ment...

Xeno | 23 janvier 2008 à 14h52
 
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Programme agriculture biologique!

Le plan visant à développer l'agriculture biologique sur les périmétres de protection des captages AEP est une très bonne idée.
Mais, quand je lis le chiffre de 700 000 ha potentiels(données du GRENELLE), je ne sais pas s'il s'agit du cumul des périmétres rapprochés, éloignés ou les deux. Il en découle une problématique un peu différente parce qu'ayant l'occasion de regarder la superficie des périmétres rapprochés, ceux-ci sont souvent réduits (pour ce que j'ai déjà vu).
Je me pose alors la question de savoir si un agriculteur devient intéressé, techniquement et financiérement, par ces petites surfaces même si l'agriculture bio rime avec petite production...?
Quelqu'un a t'il des informations complémentaires?
Merci beaucoup!

Anonyme | 07 février 2008 à 08h55
 
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Il faut les dépolluer

C'est possible de les dépolluer en commencant pas les têtes de bassins versants

jeandb | 02 octobre 2009 à 01h18
 
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