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Actu-Environnement

Bilan décevant pour la stratégie nationale pour la biodiversité selon l'UICN

Alors que la commission européenne lève le contentieux envers la France concernant l'insuffisance de désignation de sites Natura 2000, le comité français de l'UICN dépeint un bilan globalement décevant de la mise en œuvre de la SNB.

Biodiversité  |    |  Florence Roussel Actu-Environnement.com
Adoptée en février 2004, la stratégie nationale pour la biodiversité est le principal dispositif d'action du gouvernement français sur ce thème. Elle assemble les actions déjà engagées par la France en matière de protection de la nature et du vivant, et en propose de nouvelles autour de quatre grands axes : mobiliser tous les acteurs, reconnaître au vivant sa valeur, prendre en compte la biodiversité dans toutes les activités et politiques sectorielles et enfin, mieux connaître la diversité du vivant. Par conséquent, elle mobilise à travers 10 plans d'action les ministères de l'écologie, des affaires étrangères, de l'agriculture, de l'équipement, de l'outre-mer et de la recherche, ainsi que le secrétariat général de la mer et la Délégation interministérielle à l'aménagement et la compétitivité des territoires (DIACT).

Après trois ans de mise en œuvre, l'heure est au bilan. Le Comité français de l'Union Mondiale pour la Nature (UICN) juge ce bilan globalement décevant puisqu'il semblerait que peu d'actions annoncées dans les plans aient pu être concrétisées à l'exception des plans « patrimoine naturel » mené par le ministère de l'écologie et « action internationale » mené par le ministère des Affaires Étrangères.

En effet, le plan d'action « patrimoine naturel » est le plus positif en termes de réalisations, essentiellement dans le domaine des espaces protégés avec la création des deux parcs nationaux de la Guyane et de la Réunion, des parcs naturels marins et la désignation des sites du Réseau Natura 2000. À ce sujet, la ministre de l'écologie et du développement durable, Nelly OLIN, a annoncé la levée du contentieux que la commission européenne avait ouverte à l'encontre de la France pour insuffisance de désignation de sites Natura 2000. Le réseau français terrestre est dorénavant considéré comme satisfaisant et cohérent par la Commission. Il couvre plus de 12% du territoire métropolitain, soit 6,7 millions d'hectares et comprend 1.334 sites d'intérêt communautaire, pour la conservation de la flore et de la faune et des habitats naturels remarquables et 369 zones de protection spéciales, pour la conservation des oiseaux et de leurs habitats.

Concernant le plan d'action international, l'UICN estime que le ministère des Affaires Étrangères a mis en œuvre plusieurs actions démonstratives dans le domaine de la biodiversité comme le renouvellement du Fonds Français pour l'Environnement Mondial (FFEM), la tenue de la Conférence Biodiversité et coopération européenne au développement et la poursuite des négociations sur la gouvernance (IMOSEB, ONUE). Mais l'UICN recommande au ministère des Affaires Étrangères de renforcer les moyens humains mobilisés afin de concrétiser les autres actions annoncées.

Pour les autres ministères, l'avis de l'UICN est beaucoup plus critique. Pour les plans « agriculture » et « mer », le comité estime que les mesures prises en faveur de la protection de la biodiversité ne sont pas assez significatives pour limiter les impacts importants engendrés par des pratiques encore très productivistes. En agriculture, l'UICN relève toutefois l'adoption de mesures sur la biodiversité dans la PAC et l'amélioration de la surveillance biologique des territoires et des projets à l'interface agriculture-biodiversité. Cependant, selon lui, la capacité d'action du comité de pilotage de ce plan est malheureusement limitée en termes de moyens humains et financiers dédiés ainsi que sa capacité d'influence des décisions politiques. Des sujets restent également non abordés malgré leurs enjeux comme les agro-carburants et les OGM.

Concernant le plan d'action dédié à la mer, l'UICN reconnaît des réussites dans le domaine du patrimoine naturel : création des parcs naturels marins, de l'agence des aires marines protégées et des négociations internationales pour la création d'un sanctuaire marin dans les Caraïbes. Cependant, l'UICN estime que le plan reste plus un tableau à remplir qu'un outil de mobilisation et de programmation d'actions. Beaucoup reste à faire dans les domaines liés aux transports, à la pêche, à la recherche et à la formation.

Concernant le plan d'action « infrastructure de transport », l'UICN regrette qu'il se limite pour l'instant essentiellement à des discussions. Il explique que les tensions sont parfois fortes entre le ministère de l'Écologie et celui de l'Équipement au sein duquel la biodiversité n'a pas été réellement appropriée ni intégrée dans leurs politiques, où elle n'est souvent vécue que comme une contrainte imposée, explique l'UICN.

Par ailleurs, l'UICN signale qu'il n'a relevé aucune avancée sur le plan « territoires » visant l'intégration de la biodiversité dans la gestion des territoires car aucun comité de pilotage n'a été mis en place depuis le lancement du plan en novembre 2005 par la DIACT. Même remarque sur le plan « urbanisme ». Selon l'UICN, le comité de pilotage est à ce jour fictif car la participation des responsables de la direction de l'urbanisme aux réunions n'a jamais dépassé la demi-heure. Il existe donc un réel désintérêt de cette direction pour la biodiversité qu'il est nécessaire de rectifier.

Enfin, l'UICN déplore que la mise en œuvre des trois plans d'action Forêts, Outre-Mer et Recherche, validés en septembre 2006, n'ait pas encore commencé. Aucun des ministères concernés n'a constitué ni convoqué de comité de pilotage. Le ministère de l'Agriculture a invoqué la constitution d'un groupe sur le changement climatique, censé englober le comité de pilotage du plan Forêt mais cette démarche n'apparaît pas appropriée pour l'UICN qui estime que le plan doit bénéficier d'un pilotage propre et que les thématiques du plan ne concernent pas uniquement les effets du changement climatique sur la forêt.

Dans son ensemble, l'UICN dénonce également un manque de mobilisation de la part des entreprises, des collectivités, des associations environnementales et du grand public en considérant que le processus de mise en œuvre d'une stratégie et de plans d'action est resté confiné au domaine des services de l'État. Il semblerait cependant que les associations souhaite plus prendre le sujet en considération puisqu'un collectif de 23 d'entre elles lance la campagne de mobilisation citoyenne « Biodiversité : l'Etat… d'urgence ! ». Les associations reprochent de leur côté à l'État français d'être attentiste et de mettre en place une Stratégie Nationale Biodiversité théorique sans moyens ni échéanciers effectifs alors que la survie des hommes dépend entièrement des ressources du vivant. L'objectif de la campagne est donc de rappeler ses obligations à l'État en matière de biodiversité. Les associations sollicitent le ministère de l'écologie, le ministère de l'agriculture et les conseils régionaux français afin d'obtenir des engagements forts et précis en matière de biodiversité. Elle propose d'envoyer des cartes postales à ses administrations afin de les faire passer à l'action.


Télécharger les cartes postales (PDF - 1,7 Mo)

Réactions4 réactions à cet article

 
France et biodiversité

La biodiversité, c'est d'abord connaitre la nature. Le recrutement en histoire naturelle est en chute libre tant au niveau des universités que des museum. Pas de connaissance, pas de moyens, des projets d'urbanisme qui privilégie l'augmentation de logements et d'infrastructures routières, une agriculture qui est attachée au couplage des aides à la production, l'argent pour l'environnement qui est puisée par l'assainissement et les normes "qualités". .... Aucune chance pour la biodiversité

collembole | 29 mars 2007 à 20h39
 
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Re:France et biodiversité

Bonjour,
Sil est exact qu'il existe un déficit de savoir monumental en matière de connaissances naturalistes dans le public, il est faut par contre de dire que l'agriculture est couplée à des aides à la production. En effet depuis la réforme de la pac de 92, l'aide à l'agriculture est liée à l'occupation de l'espace. C'est de cela que découle la destruction des lisieres forestieres, et des éléments isolés du paysage comme les arbres isolés. De là aussi découle la qualification et la quantification de ce qu'est une haie. Si elle dépasse 4 m de large, l'agri perd sur sa longueur ler bénéfice de la DPU (aide).
A vouloir le mieux et le conrôle ont obtient souvent le pire.
Philipe

philippe | 01 novembre 2007 à 10h16
 
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Re:Re:France et biodiversité

Il ne faut pas remonter à bien longtemps pour retrouver une France agricole... Les comportements n'ont guère évolué et de nombreux élus français en sont issus... Vivant aujourd'hui à la campagne, je suis sidérée de constater certains comportements ruraux, la manière dont le processus décisionnel se fait au niveau municipal..!!! Il ne faut pas s'étonner des résultats... Les mentalités et les comportements des coqs de villages sont quelque peu effrayant.... Parler de préservation de biodiversité à la campagne ou en forêt... !!! Mais plus soucieux qu'eux de la préservation de la nature...il n'y a pas... Il en prennent tous plus soin les uns que les autres...:on voit le résultat !!!
On protège les plantes à coup d'engrais et de pesticides... (à les écouter ils n'en utilise que très peu...!), on protège la biodiversité à coup de pulvérisateurs (désherbants) et de fusil (chasse)... Mais qui aime mieux les animaux que les chasseurs...!
Arrêtons l'hypocrisie

Lancelot du Rallye... | 03 novembre 2007 à 09h51
 
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Natura 2000: la France mauvaise élève...

Il n'y a pas si longtemps la France était la dernière de l'Europe avec 2% de son territoire en ZPS Natura 2000 ! Faut-il crier victoire avec le pourcentage actuel, alors qu'il est nettement en dessous des objectifs et surtout alors que la protection des zones concernées n'est pas assurée et respectée conformément aux législations en vigueur ! En effet, dans divers secteurs de France, on assiste à la fragmentation programmée des écosystèmes par des projets de routes ou autres projets d'infrastructures que l'ont sait préjudiciables pour la protection de la biodiversité, au beau milieu de sites Natura 2000 : le tout cautionné par les élus locaux et certains services de l'Administration !
Bruxelles reçoit un nombre croissant de pétitions dont le plus grands nombre a trait à des projets d'infrastructures traversant des sites protégés par les directives européennes... La France traîne à répondre... Et si les valeureux pétitionnaires arrivent à obtenir gain de causes, les décideurs de ces projets ne seront pas inquiétés... Ils peuvent donc continuer en toute impunité...!!! Bel exemple de démocratie à l'heure du Grenelle et de la responsabilité environnementale...?????
Mais ne nous inquiétons pas avec 1500KM de tramways 2000KM de voies ferroviaires... belle solution du Grenelle, les choses avancent... Pourquoi n'a-t-on pas annoncé de chiffre pour les voies routières...? Où sont passés les 2900Km d'autoroutes, et les 25 000KM de routes prévus... ? En matière de routes la "sécurité" et "l'indispensable" ont bon dos pour faire illusion et éviter de parler de ce qui dérange...
Il est temps de sanctionner les décideurs qui votent des projets contrevenants aux législations en vigueur.

Lancelot du Rallye... | 03 novembre 2007 à 10h20
 
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