En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. En savoir plusFermer
Actu-Environnement

Le juste prix du bio…

L'enquête Familles rurales a déclenché une avalanche de réactions chez les producteurs qui dénoncent la méthodologie de l'étude. La filière bio justifie notamment les écarts de prix avec le conventionnel par une production encore insuffisante.

Agroécologie  |    |  Rachida BoughrietActu-Environnement.com
   
Le juste prix du bio…
   
Le prix des fruits et légumes bio serait près de 70% plus onéreux que celui des conventionnels, a dénoncé l'association de consommateurs Familles rurales, dans son observatoire annuel publié le 24 août. Déjà en janvier dernier, l'UFC-Que Choisir avait pointé du doigt la cherté des prix bio en grandes surfaces avec des marges anormalement supérieures à celles des produits conventionnels. ''Le panier de produits bio à marques de distributeurs (MDD) est 22 % plus cher que le panier de marques nationales conventionnelles. Pire, il est 57 % plus cher que le panier de MDD non bio'', avait-elle dénoncé.

Le prix serait encore un obstacle à l'achat de produits bio pour la plupart des citoyens français, considèrent les associations de consommateurs. Thierry Damien, président de Familles rurales a ainsi qualifié les fruits et légumes bio ''d'inaccessibles''. Selon lui, ''c'est un produit de niche qui ne concerne pas 95% de la population française''. Or, l'Agence bio expliquait en mai que les prix des produits bio étaient restés stables en 2009. Elle soulignait que les prix des fruits et légumes bios avaient diminué de 3% l'an dernier par rapport à 2008. 40% des consommateurs seraient également prêts à payer plus cher pour manger bio, selon elle.

Une enquête controversée

L'enquête de Familles rurales a été menée cet été pendant deux semaines, à la mi-juin et à la mi-juillet, dans 38 départements sur un panel de 8 fruits (pomme, melon, abricot, cerise, fraise, pêche, nectarine, poire) et de 8 légumes (aubergine, carotte, courgette, haricot vert, poivron, pomme de terre, tomate, salade). L'association relève un écart moyen de 68% entre les prix des fruits bio et non bio. Pour les légumes, il serait à hauteur de 69%.
Mais l'interprofession des fruits et légumes frais (Interfel) a contesté mercredi 25 août ces chiffres et parle d'un écart de seulement 23% pour les légumes bio et 16% pour les fruits bio ! Soit un prix moyen de 2,31 euros le kilo pour des fruits de production biologique et 2,35 euros pour les légumes.

A l'instar de la fédération nationale d'agriculture biologique (Fnab) et du réseau Biocoop, Interfel, a dénoncé la méthodologie utilisée par l'association de consommateurs, menée sur une ''très courte période'' et sur ''seulement 38 départements''. ''Pour une étude objective, il est nécessaire d'observer la moyenne des prix des fruits et légumes frais sur une période significative (juin-juillet 2010) et sur l'ensemble du territoire français, tout en analysant les éléments conjoncturels (saisonnalité, aléas climatiques, actualité de campagnes, import, export…)'', a fait remarquer Interfel, qui regroupe les producteurs et distributeurs du secteur. Cette méthodologie ''n'est pas représentative de la réalité du marché des fruits et légumes frais et ne reflète ni le niveau de l'offre ni celui de la demande''.
Si l'association de consommateurs a en outre analysé les prix proposés par les hyper/supermarchés, les hard discounts et les supermarchés bio (où se trouveraient les produits les moins chers, selon elle), elle n'a en revanche pas évoqué les prix en circuits courts (AMAP, vente à la ferme, marchés…). Pourtant, ''durant les périodes estivales, une bonne partie de la vente de fruits et légumes en circuits courts est non négligeable'', s'est étonné Jacques Pior, chargé de mission Bio de l'Assemblée permanente des chambres d'agriculture (APCA). De son côté, Julien Adda, délégué général de la Fnab, a regretté l'absence ''d'analyses qui expliquent exactement pourquoi il y a des écarts de prix et qu'est-ce qui doit être fait pour qu'ils diminuent'' dans un contexte de crise économique. La fédération craint qu' ''une telle enquête ne décourage les agriculteurs à se convertir à la bio''.

Des différences entre le bio et le conventionnel

Alors pourquoi y a-t-il de tels écarts de prix entre le bio et le conventionnel ? La saisonnalité des produits, les volumes de production et les conditions climatiques ''sont des paramètres qui influent sur les prix et ce, tous les jours'', a expliqué Marc Heber, Directeur secteur fruits & légumes de Biocoop. ''Les fruits et légumes sont en plein champ ou dans des abris dépourvus de moyens de forçage. Ils sont bien plus soumis aux aléas climatiques que les productions conventionnelles souvent sous serres, chauffées et hors sol'', a-t-il précisé.
Le surcoût de l'ensemble des produits bio (estimé de 20 à 30%) - sans pesticides contrairement à ceux conventionnels -, s'explique aussi par des rendements plus faibles de l'agriculture biologique et une main d'œuvre plus importante, ''de longue durée et moins saisonnière'', a fait valoir Vincent Lestani, Directeur de la Coopérative des Agriculteurs Biologistes du Sud Ouest (CASBO). En amont du prix final, ''il ya le coût de revient du producteur à la charge de celui qui le produit : l'agriculteur'', a rappelé Biocoop. Le coût du contrôle et de la certification de l'ensemble de la filière est aussi à la charge directe des opérateurs. Quant aux réseaux de collecte et de distribution, ils sont insuffisamment développés.

L'écart de prix se justifie également par une production biologique encore insuffisante en France pour répondre à la demande accrue des consommateurs. Et ce en dépit d'une hausse de 23% du nombre d'exploitations engagées dans la filière bio l'an dernier, selon l'Agence Bio. Ce qui correspond à 2,46 % de la surface agricole utile (SAU) contre les 6% de SAU bio prévus en 2012 par le Grenelle. Malgré un dispositif de soutien aux conversions, le déséquilibre offre/demande conduit aux importations qui représentent 38% des ventes et influent sur les prix du marché bio. La production d'un agriculteur français en conversion doit en effet attendre trois ans avant d'être vendue…. Les grands groupes de distribution, les discounters ''se basent sur le tout importation pour des questions de volumes mais aussi de coût'', selon Jacques Pior qui pointe du doigt ''un problème de compétitivité française''. La Fnab craint ''un dumping social et environnemental''.

Vers une structuration des filières bio

Pour lever ces freins, les producteurs bio appellent à accroître la production locale et structurer les filières ''entre des producteurs paysans autonomes dans leur organisation économique afin de créer des outils avec des transformateurs et distributeurs pour gérer le marché et l'approvisionnement'', a expliqué le délégué général de la Fnab. ''On peut gérer les volumes, lisser les prix sur des années et améliorer les coûts de logistique''. Ce qui permettrait de garantir ''une juste rémunération du producteur et un prix accessible aux consommateurs''.
L'APCA demande également plus de crédits en faveur de la recherche sur le bio pour optimiser la production. Les producteurs bio demandent aussi davantage d'aides européennes et de l'Etat pour maintenir l'agriculture biologique et rendre les produits moins chers. Dans un communiqué, le Directeur de coopérative agricole bio Vincent Lestani a ainsi appelé le Ministère de l'Agriculture à ''moins soutenir l'agriculture intensive polluante et génératrice de coût environnemental pour la société (pollution des nappes phréatiques, d'appauvrissement sociétal désertification rurale), insécurisant pour le consommateur (résidus de pesticide) au profit de l'agriculture biologique qui apporte une réponse concrète à ces trois problèmes'', selon lui.

Sur le même sujet

Articles

Réactions11 réactions à cet article

 
Objectivité de Familles rurales ??

Dans mon secteur Rural, je connais bon nombre de responsables du réseau Familles rurales, et ils sont majoritairement liés à la FNSEA, au CDJA ainsi qu’aux réseaux catholiques conservateurs. Certains ont un vrai problème, idéologique et éthique, avec l’écologie et ce qu’elle suppose : le respect de la nature et du « monde d’ici bas ». Cette enquête ne serait-elle pas orientée ?

Commios | 27 août 2010 à 20h02
 
Signaler un contenu inapproprié
 
Pas accessible ?

C'est sûr que si on s'achète une télé 3D, on va avoir du mal à manger bio le reste du temps...

Ivan | 27 août 2010 à 22h21
 
Signaler un contenu inapproprié
 
attaque pleutre des conventionnels

Encore une étude faite rapidement, mensongère pour faire croire que les légumes conventionnels sont meilleurs.
Il y a le feu chez eux, j'en suis bien content. Et dire que certain vont prendre cette étude pour un fait réel.
Je ne mange que bio, je ne bois que bio. Je suis végétarien, et pour rien au monde je ne mangerai des fruits et légumes conventionnel.
Que ces faiseurs d'études (qui certainement mangent bio mais vous le cachent) se rende à l'évidence : LA BIO VA VOUS MANGER AH AH AH

laminaria | 30 août 2010 à 10h13
 
Signaler un contenu inapproprié
 
Produit de niche

Il s'agit d'un produit de niche à juste titre.
Pourquoi s'en étonner?
Il s'agit d'un retour en arrière sur les progrès agronomiques qui ont permis de produire plus.
C'est un choix de manger des produits issus de cette agriculture mais on ne pourra jamais nourrir la France entière avec ce mode de culture.
L'argument est fourni par les producteurs de bio eux-même. C'est une production trop soumise aux aléas climatiques. Est-ce envisageable que la production annuelle d'un pays comme la France soit soumise à des variation de 20-30% d'une année à l'autre?

hattori | 30 août 2010 à 10h23
 
Signaler un contenu inapproprié
 
Re:Produit de niche

le prix est un faux-débat. Je rencontre des personnes ayant largement les moyens de payer qui donnent aussi cet argument.
mais la qualité et la quantité, ça compte! Donnez une demi carotte bio à croquer à votre enfant, elle lui apportera plus de plaisir et de santé qu'une assiette de carottes rapées non bio. Et en général, si on prépare cru, ou cuit "al dente", une quantité moindre suffit; on peut aussi apprendre à acheter et consommer sans rien gaspiller, ce qui est rarement le cas des acheteurs en grande surface. Et à manger juste le nécessaire, un cadeau pour la santé!

Anonyme | 30 août 2010 à 14h15
 
Signaler un contenu inapproprié
 
Re:Re:Produit de niche

Je parlais justement de quantité pas de prix. Pour moi la bonne question est peut-on produire en quantité suffisante du bio tout en évitant les conséquences dramatique qu'aurait une chute de production de 30% s'une année à l'autre.

Personnellement, je viens de faire l'expérience de commander des paniers de fruits légumes issus de l'agriculture biologique et je dois dire que je ne vois de différence de gout avec ce que j'achète dans la grande distribution. Mais il ne s'agit la que d'un goût personnel.

Le prix a mon sens est quand même une question importante, parce que si globalement les parisiens pourraient se permettre de manger bio, c'est loin d'être le cas de tous le monde en france

hattori | 30 août 2010 à 15h00
 
Signaler un contenu inapproprié
 
Re:Produit de niche

Je suis toujours très étonné d'entrendre dire que manger bio n'est pas accessible à tout le monde. C'est probablement vrai, mais je tempérerai en disant tout simplement que même manger, tout simplement, n'est pas accessible à tout le monde! Il y a en effet des gens qui n'ont pas assez de revenus pour se nourrir, et nous le savons tous. Ceux-là évidemment peuvent encore plus difficilement manger bio.
Ce que je voudrais faire comprendre c'est que pour beaucoup, manger bio est accessible, à condition de revoir la manière dont on fait ses dépenses.
Pour ma part, en travaillant à temps partiel, j'ai vécu depuis le mois de mai 2009 sur un train de vie d'environ 1120 € par mois. Je mange bio à 95% à peu près et je suis certain que beaucoup, avec un même budget, pensent ne pas pouvoir se le permettre, même en vivant seul et sans personne à charge, comme c'est mon cas. J'ai 48 ans, pas d'enfants.
Mes choix de vie sont les suivants:
- logement modeste en location
- chauffage au bois (combustible - bûches - produit par mes soins)
- la même voiture depuis 10 ans, équipée au gpl (économie substantielle et carburant moins polluant); j'ai aussi la chance, bien que vivant en milieu rural, de travailler à 6 km seulement de mon habitation
- pas de télé (je m'informe des actualités sur internet et à la radio)
- je porte mes vêtements tant qu'ils sont "mettables"
- je ne fume pas, je ne bois ni café, ni boissons alcoolisées (sauf à l'occasion)
- je ne mange presque plus de viande
- je cherche d'abord les livres en occasion avant de les acheter neufs
Et franchement, je ne me sens pas malheureux !
Toutes ces mesures ne sont pas prises par souci d'économie mais sincèrement par philosophie de vie. Autrement dit, si mes revenus étaient doublés, ça ne changerait pas mes habitudes de consommation.
... et il me reste encore de quoi "sortir" 1 à 3 fois par semaine (ciné, concert, rando, expo, etc.)

Joël | 30 août 2010 à 16h48
 
Signaler un contenu inapproprié
 
Re:Re:Produit de niche

Je suis d'accord avec toi sauf sur deux points:

- transpose ta situation à celle d'un parent avec enfant(s) à charge change la donne.
- Le coup de la vie en grandes agglomérations et banlieue parisienne est sensiblement plus élevé qu'en milieu rural.

Après effectivement c'est une question de choix. Mais ce choix est-il vraiment justifié?

hattori | 30 août 2010 à 18h40
 
Signaler un contenu inapproprié
 
Re:Re:Re:Produit de niche

Evidemment il n'y a pas deux situations identiques.
Je voulais seulement attirer l'attention sur le fait que certains, qui seraient dans une situations similaire à la mienne, pourraient penser qu'ils ne pourraient pas y arriver, alors que ça dépend seulement des choix de consommation.

Joël | 31 août 2010 à 20h38
 
Signaler un contenu inapproprié
 
le vrai coût

Le dernier paragraphe de l'article pose les vrai question : au coût des produits conventionnels, il conviendrait d'ajouter les prix de traitements de l'eau, les primes PAC versé aux conventionnels, etc. Nous payons tous ces charges malgré nous dans nos impôts, notre redevance "Agence de l'eau" et dans le prix de l'eau en général ...

yodo | 02 septembre 2010 à 11h28
 
Signaler un contenu inapproprié
 
c'est normal que ce soit plus cher

Même si la production bio est plus importante les prix ne diminueront pas sauf pour la part de spéculation(qui n'est pas liée au cout de production ni à la rémunération des agriculteurs ) qu'il peut y avoir dans certains produit
(exemple en céréales bio).
La bio coute plus cher à parce qu'elle produit moins et coute plus cher à produire.
Croire qu'en produisant sur de plus grandes surfaces on diminuera le prix est faux.Sauf si par exemple on produit avec de la main d'oeuvre non payée ou payée par des subventions .
C'est normal de payer plus cher des produits de qualité ;alors, certains ne peuvent peut-être pas s'y payer mais que consomment-ils:des plats préparés par exemple,du poulet déjà cuit importés de Thailande,de la poudre de dinde chinoise dans des cordons bleus.....
La consommation est un choix de vie:"il faut choisir ce que l'on aime ou manger du poulet aux hormones"

caroline | 03 septembre 2010 à 21h47
 
Signaler un contenu inapproprié
 

Réagissez ou posez une question à la journaliste Rachida Boughriet

Les réactions aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- disposant d'un porte-monnaie éléctronique
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Je veux retrouver mon mot de passe
[ Tous les champs sont obligatoires ]
 

Partagez sur…