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Empreinte biodiversité : les premiers outils de mesure sont opérationnels pour les entreprises

Face à l'urgence écologique, mais aussi sous la pression de la réglementation et des actionnaires, les acteurs économiques se tournent peu à peu vers les outils mesurant leur empreinte sur la biodiversité. Plusieurs sont désormais disponibles.

Biodiversité  |    |  Laurent Radisson  |  Actu-Environnement.com
Empreinte biodiversité : les premiers outils de mesure sont opérationnels pour les entreprises

À l'instar des indicateurs en matière climatique, les acteurs économiques prennent peu à peu conscience de la nécessité d'adopter des outils pour mesurer l'impact de leur activité sur la biodiversité. Une prise de conscience accélérée par les rapports de l'IPBES, qui tire le signal d'alarme sur l'effondrement des espèces et la dégradation des habitats naturels, par l'impact de cette érosion sur l'activité même des entreprises, mais aussi par la pression des actionnaires et de la réglementation.

La publication, le 27 mai, d'une déclaration de trente investisseurs du monde entier, représentant plus de 6 000 milliards d'euros d'actifs, pour créer un outil de mesure d'impact sur la biodiversité est, à cet égard, significatif. « En tant qu'investisseurs, nous reconnaissons la nécessité de protéger la biodiversité pour les générations futures, car nous ne pouvons pas générer de valeur pour nos clients sans une biosphère saine et, surtout, parce que nous pensons qu'il est de notre responsabilité d'améliorer la préservation de nos écosystèmes », affirment les signataires. Ils rejoignent une initiative, lancée en mars dernier, par un consortium formé de quatre sociétés de gestion : Axa Investment Managers, BNP Paribas Asset Management, Sycomore Asset Management et Mirova.

Le même jour, les membres et partenaires du Club des entreprises pour une biodiversité positive (Club B4B+) publiaient un appel dans le journal La Tribune pour « la mise en place de métriques quantitatives de la biodiversité, d'outils d'évaluation de l'empreinte biodiversité et d'objectifs scientifiques mesurables à tous niveaux pour faire face au déclin alarmant de la biodiversité ». Ces appels ne sont pas lancés dans le vide puisque plusieurs acteurs (ONG, universités, bureaux d'études, sociétés) travaillent sur la mise au point de tels outils, depuis plusieurs années pour certains. Et les premières solutions opérationnelles sont aujourd'hui disponibles.

Un outil fiable sur le modèle de l'indicateur climat

Ainsi, le 12 mai, CDC Biodiversité et le Club B4B+ ont officiellement lancé la version 1.0 du Global Biodiversity Score (GBS). Un outil de mesure de l'empreinte biodiversité des entreprises et des institutions financières mis au point après cinq ans de développement. « En mesurant les impacts des entreprises et des actifs financiers sur la biodiversité à travers les chaînes de valeur, le GBS peut mettre en évidence des actions visant à réduire efficacement les pressions sur la biodiversité », explique la filiale de la Caisse des dépôts. Et de vanter les qualités de son outil : résultats exprimés dans une métrique agréée, échelle d'analyse mondiale, représentation de la biodiversité dans son ensemble, méthodologie « transparente et consensuelle », capacité à rendre compte des efforts accomplis par les entreprises. « L'outil couvre 80 à 85 % de l'empreinte biodiversité globale d'un acteur », se félicite Antoine Cadi, directeur de la recherche et de l'innovation de CDC Biodiversité.

Mais la filiale de la Caisse des dépôts n'est pas le seul acteur à agir dans ce domaine. Une douzaine d'outils de mesures d'empreinte sont d'ores et déjà proposés à l'échelle mondiale. Parmi ceux qui présentent une évaluation globale des impacts des entreprises sur la biodiversité figurent des outils comme BioScope, développé par Pré Sustainability, Arcadie et Code ou encore Life Index, proposé par Lasting Initiative for Earth (Life) en Amérique du Sud. L'Institut pour un leadership durable de Cambridge (CISL) a également mis au point, en collaboration avec des sociétés formant le Natural Capital Impact Group (NCIG), un outil pour mesurer les impacts des entreprises sur la nature dans différentes régions du monde. « Avec cette métrique [en cours de test], les entreprises peuvent déterminer où leurs opérations présentent les plus grands risques pour la nature dans le monde. La mesure peut également éclairer les stratégies de réponse de l'entreprise, en fournissant une mesure quantitative pour éclairer les choix entre les différentes options d'atténuation », explique le CISL.

Offre de mesure d'impact adaptée à l'investissement

Le consortium, qui a initié la déclaration des investisseurs en faveur de la biodiversité, a lancé, en janvier dernier, un appel à manifestation d'intérêt (AMI) pour « une offre de mesure d'impact sur la biodiversité adaptée à l'investissement ». Une première mondiale. « Nous souhaitons développer le meilleur outil possible (…). Nous regardons et étudions donc, bien entendu, tous les indicateurs déjà disponibles sur le marché pour voir s'ils pourraient correspondre à nos besoins, notamment le GBS biodiversité », explique Sarah Maillard, analyste pour l'investissement socialement responsable chez Mirova.

 
En mesurant les impacts des entreprises et des actifs financiers sur la biodiversité à travers les chaînes de valeur, le GBS peut mettre en évidence des actions visant à réduire efficacement les pressions sur la biodiversité.  
Global biodiversity score
 
Les initiateurs de cet AMI se félicite des 14 réponses reçues, en provenance de six pays différents : Royaume-Uni, États-Unis, Suisse, Pays-Bas, France et Canada. « Le processus de sélection se poursuivra dans les semaines à venir », précisent ses membres, qui s'appuieront sur un comité d'experts issus notamment du Centre de surveillance de la conservation de la nature du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE-WCMC), du WWF France et de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB). « Nous sommes bien sûrs candidats dans plusieurs groupements, l'idée étant que les demandeurs puissent sélectionner notre méthode mais le data provider qu'ils souhaitent », explique Antoine Cadi de CDC Biodiversité.

Former une vision commune sur la mesure de l'impact de entreprises

Des initiatives ont été lancées afin de développer des bases internationales communes pour le déploiement des stratégies des acteurs économiques. C'est le cas du projet Aligning Biodiversity Measures for Business (ABMB), coordonné par le PNUE-WMC et qui réunit de nombreux partenaires comme la Convention sur la diversité biologique (CDB), l'UICN, la Commission européenne, qui en est son principal financeur, l'Université de Cambridge, l'Agence néerlandaise pour l'évaluation environnementale (PBL), mais aussi des sociétés comme CDC Biodiversité, Arcadis ou The Biodiversity Consultancy.

« Les dernières années ont vu une diversification rapide des méthodes d'indicateurs, développées pour différents secteurs et pour répondre à différents besoins », explique l'équipe Affaires et biodiversité du PNUE-WCMC. Afin de rendre ces méthodes cohérentes dans leur approche globale, le projet ABMB réunit les développeurs d'indicateurs et les parties prenantes dans une série d'ateliers. Avec un double objectif : former une vision commune sur la mesure de l'impact des entreprises sur la biodiversité ; intégrer des indicateurs des contributions des entreprises aux objectifs mondiaux de biodiversité dans leurs rapports et dans les cadres politiques mondiaux. D'autres initiatives semblables existent avec le Natural Capital Protocol Biodiversity Supplement, le Biological Diversity Protocol ou encore la Plateforme EU Business@Biodiversity.

Venir à la COP 15 avec une idée de son empreinte

En effet, la mise au point et le développement de ces outils s'accélèrent aussi sous la pression réglementaire et la proximité des deux grands rendez-vous internationaux sur la biodiversité, désormais prévus en 2021. C'est-à-dire le Congrès mondial de la nature organisé par l'UICN à Marseille, et la COP 15 de la Convention sur la diversité biologique en Chine, qui va fixer le cadre mondial pour la biodiversité post-2020. « Leur report est une opportunité pour les entreprises de s'emparer de l'outil [de mesure de leur empreinte] et de venir en visiteurs informés en ayant déjà une idée de leurs impacts et des engagements qu'elles pourraient prendre », explique Antoine Cadi.

Le reporting de l'empreinte biodiversité des entreprises pourrait devenir obligatoire en France et en Europe dans le cadre du reporting extra-financier. Certaines grandes entreprises ont d'ores et déjà l'obligation de publier une déclaration de performances extra-financières comportant des informations relatives à la biodiversité lorsque ce risque est considéré comme « pertinent ». Mais elles le font très mal, révèle la plateforme RSE dans un avis remis en mars au Gouvernement. La stratégie européenne en faveur de la biodiversité, présentée le 20 mai par la Commission européenne, prévoit aussi de « mesurer et intégrer la valeur de la nature ». Il s'agira « de mesurer l'empreinte des produits et des organisations sur l'environnement, en recourant, par exemple, à des approches fondées sur le cycle de vie et à la comptabilisation du capital naturel », explique l'exécutif européen.

Des travaux de normalisation émergent aussi au plan international. L'Organisation internationale de normalisation (ISO) devrait mettre en place, en juin prochain, un comité technique (TC) en vue de créer des normes internationales sur la biodiversité suite à une proposition de l'Afnor. Les premières normes devraient être élaborées d'ici 2023. « Il apparaît prématuré de donner une quelconque position de ce nouveau ISO/TC Biodiversité quant aux façons de mesurer les impacts des activités sur la biodiversité », indique Agnès Meur, responsable développement eau et biodiversité de l'Afnor, mais la question fera « en tout cas l'objet d'échanges ». « Les travaux s'articuleront (…) au mieux avec les travaux des instances internationales qui sont en prise directe avec les enjeux de biodiversité telles que l'UICN », assure la représentante de l'organisme français de normalisation.

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