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Biodiversité : le gouvernement présente une stratégie nationale inachevée

La secrétaire d'État Bérangère Abba a dévoilé la nouvelle stratégie de l'exécutif pour mettre fin au déclin de la biodiversité. Présentée comme un premier volet en attendant la COP 15 sur la biodiversité, elle peine à convaincre les associations.

Biodiversité  |    |  Laurent Radisson  |  Actu-Environnement.com
Biodiversité : le gouvernement présente une stratégie nationale inachevée
Actu-Environnement Le Mensuel N°424 Cet article a été publié dans Actu-Environnement Le Mensuel n°424
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C'est un bouquet de stratégies que la secrétaire d'État à la Biodiversité, Bérangère Abba, a dévoilé, mardi 15 mars : le premier volet de la troisième Stratégie nationale pour la biodiversité (SNB3), un nouveau plan en faveur des zones humides, ainsi qu'un Plan national d'action contre les espèces exotiques envahissantes. Cette multiplication des stratégies permettra-t-elle d'enrayer l'érosion continue de la biodiversité ? Les associations de protection de la nature en doutent, faute notamment d'indicateurs et de moyens suffisants.

« Aujourd'hui, le déclin continu de la biodiversité a révélé les limites des politiques et des stratégies mises en place jusqu'alors », peut-on lire dans la nouvelle stratégie. Que prévoit concrètement cette dernière pour changer les choses ? Elle liste 72 mesures autour de cinq axes : la protection des écosystèmes, l'utilisation durable et équitable des ressources naturelles, la sensibilisation et la formation de la société, auxquels s'ajoutent deux axes plus méthodologiques portant sur la gouvernance et la question des financements.

Désamorcer les critiques

Souhaitant désamorcer les critiques, Mme Abba a pris soin de préciser devant la presse que la stratégie serait amendée à l'issue de la 15e Conférence des parties à la Convention internationale sur la diversité biologique (COP15), qui devrait se poursuivre, en août prochain, après de multiples reports dus à la crise sanitaire. Le projet de stratégie a en effet reçu des avis défavorables de plusieurs instances consultatives, dont le Conseil national de la protection de la nature (CNPN) et le Conseil national de la transition écologique (CNTE).

« Dans de nombreux cas, la SNB3 se contente de lister l'existant et de l'organiser sous forme d'objectifs et de mesures, sans apporter de réelles nouveautés, critique le CNPN dans un avis en date du 22 février 2022. Elle traite de manière insuffisante les principales pressions, éludant presque totalement l'artificialisation des sols, l'intensification agricole et forestière, la pêche industrielle et l'activité cynégétique. » Quant au CNTE, par un avis du 2 mars 2022, il a jugé le projet de SNB « insuffisamment ambitieux au regard du déclin de la biodiversité, présentant peu de réponses opérationnelles et un calendrier imprécis, et a regreté qu'aucune hiérarchisation ne permette d'identifier les priorités, notamment au regard de l'efficience des actions ».

Selon la représentante du gouvernement, ces critiques étaient essentiellement liées aux délais trop courts pour travailler sur les indicateurs, les financements et la gouvernance. Des insuffisances auxquelles pourront remédier les amendements post-COP 15, estime-t-elle.

Mesures non datées et non chiffrées

 
On refuserait cela dans une stratégie RSE d'une entreprise.  
Sandrine Bélier, directrice d'Humanité et biodiversité
 
Mais ces reproches sont également formulés par les associations de protection de l'environnement. « Nous sommes d'accord sur les cinq axes, mais les mesures sont non datées et non chiffrées. On refuserait cela dans une stratégie RSE d'une entreprise », a ainsi pointé Sandrine Bélier, directrice d'Humanité et biodiversité, à l'occasion de la présentation des résultats d'un sondage, le 2 mars, sur les attentes des Français en matière de protection de l'environnement. « Nous devons poursuivre la réflexion sur les suivis et les indicateurs, et les instances nationales se sont engagées à poursuivre ce travail », veut rassurer Bérangère Abba.

Pour ce qui concerne le financement, « son ministère a manqué de soutien politique, donc de moyens, analyse Yves Vérilhac, directeur général de la LPO. Elle a quelques millions pour éponger les dégâts causés par les centaines de millions dépensés par d'autres ministères et, en premier lieu, l'agriculture. » Le Plan biodiversité, présenté par Nicolas Hulot en juillet 2018, avait affiché un budget de 600 millions d'euros sur quatre ans. M. Vérilhac constate « un décrochage » par rapport à ce plan.

La secrétaire d'État annonce toutefois le lancement d'une mission confiée à de hauts fonctionnaires sur les besoins de financement des politiques de biodiversité. Une mission dont les conclusions pourraient également donner lieu à des amendements de la stratégie. « L'engagement d'inscrire les financements dans une trajectoire pluriannuelle constitue déjà une avancée », fait valoir Mme Abba.

Mais, pour l'heure, celle-ci ne peut mettre en avant que le fond d'amorçage de 5 millions d'euros, voté dans la loi de finances pour 2022, auquel s'ajoutent quelques financements complémentaires. Ceux-ci doivent permettre de réaliser 500 opérations « coups de poing » d'ici à 2025 pour lutter contre les espèces exotiques envahissantes, suivre le projet de création d'un douzième parc national consacré aux zones humides, résorber les premières décharges littorales en 2022, traiter deux points noirs des continuités écologiques en Isère et en Côte-d'Or, publier des plans nationaux d'action pour une dizaine d'espèces dans les jours qui viennent, déployer 1 000 aires éducatives, à horizon 2025, ou encore créer, cette année, 1 000 services civiques consacrés à la nature.

Mais Mme Abba reconnaît qu'il faut aller plus loin sur la fiscalité affectée, à travers le principe « pollueur-payeur », mais aussi « usager-payeur », « là où les atteintes sont avérées ». Les travaux sur les financements et les subventions dommageables doivent aussi être menés, en lien avec les réflexions européennes et internationales, ajoute la vice-présidente de l'Assemblée des Nations unies pour l'environnement.

Quant à l'agriculture, « nous avons un gros travail à mener avec les agriculteurs sur les sols, les pratiques agroenvironnementales, les intrants, la gestion de la ressource en eau », admet Bérangère Abba. Celle-ci précise sa volonté de « ne pas détourner le regard » de ces questions ni de céder à une fuite en avant dont la guerre en Ukraine serait le prétexte.

Gouvernance à revoir

En matière de gouvernance, les critiques portent à la fois sur l'élaboration de la stratégie et sur sa gestion. « La Stratégie nationale biodiversité est le fruit d'une vision collective et de dix-huit mois de concertation et de consultations avec les acteurs des territoires de métropole et d'outre-mer, les élus, les experts, les scientifiques, les usagers et associations, les instances représentatives, les services publics et les opérateurs. Une consultation du public a également été menée pour nourrir le texte, conduisant à plus de 4 000 contributions au total », fait valoir le ministère de la Transition écologique. « Une démocratie directe non aboutie et le court-circuit des corps intermédiaires », cingle, de son côté, Yves Vérilhac.

Pour ce qui est du suivi de la stratégie, « nous avons l'engagement du Premier ministre d'assurer ce pilotage au niveau interministériel », se félicite Bérangère Abba. La représentante du gouvernement annonce, par ailleurs, que chaque département ministériel devra présenter sa propre feuille de route en matière de biodiversité, comme ils le font déjà sur le climat.

Mais des critiques émanent également quant à la mauvaise implication des collectivités territoriales. « Il y a un défaut d'appropriation de la stratégie par les acteurs et les territoires », regrette Rémi Luglia, président de la Société nationale de protection de la nature (SNPN) qui craint, pour cette raison, que la stratégie ne serve à rien. Pour remédier à cela, la secrétaire d'État annonce une conférence annuelle État-Régions, afin d'aligner les objectifs, une initiative du même ordre élargie à toutes les collectivités, ainsi qu'une conférence des outre-mer tous les ans.

Reste à savoir si la méthode est la bonne alors que les précédentes stratégies ont échoué. « Préserver la biodiversité, c'est changer radicalement de mode de société (production et consommation, constructions comprises). Tout le reste est voué à l'échec. Il y aura constamment des impacts, quelles que soient les mesures prises, même à les supposer bien conçues, réalisées, suivies et respectées », estime Gabriel Ullmann, ancien membre de l'Autorité environnementale.

Réactions3 réactions à cet article

 

Stratégie pensée et conçue pour être inopérante, cela afin que se perpétue le plus longtemps possible le business as usual et sans se soucier des conséquences néfastes pourtant fort bien documentées !
Il n'y a qu'à voir comment le pédant ministre de l'agriculture, aux ordres de la FNSEA et de l'agrochimie, détruit méthodiquement toute possibilité d'évolution du modèle productiviste destructeur du vivant (paysans compris) en l'enferrant d'avantage dans le tout technologique, chimique et numérique (donc potentiellement contrôlable par de grandes firmes, "avantage" qui n'a certainement pas échappé à l'hégémonique FNSEA et à ses partenaires du CAC 40...).
Ce quinquennat a accéléré le pilonnage de l'environnement, déjà bien engagé par ses prédécesseurs.

Pégase | 17 mars 2022 à 10h36
 
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Pourquoi ajouter une nouvelle strate de concertations aux autres strates et plans qui ont échoué à freiner la perte de biodiversité ? Il faut que les projets les pétitionnaires soient mieux examinés qu' avant. Toutes les chances sont encore données à des projets qui veulent détruire l'environnement, ou/et massacrer des espèces protégées, ou/et réduire les surfaces des Zones Humides. L'élaboration du Schéma Régional des Carrières a été très discutée, chaque partie s'est exprimée, et des règles ont été définies. Ainsi dans la consultation phase 1, page 11/68 Délégation Régionale du Centre National de la Propriété Forestière donne un avis, parle des méthodes E R C en spécifiant que la Compensation doit être en dernier recours, puis " nous soulignons la prise en compte du potentiel agronomique et économique initial pour une reconstitution ou compensation de boisements à fonctionnalité équivalente, ainsi que les enjeux liés à la reconstitution du sous sol et du sol, et également à l'adaptation des peuplements à la nature du terrain restitué pour garantir une gestion durable des boisements restitués... avis favorable " Bien ! Sauf qu' un projet carrière de 25 ha, détruisant 14,5 ha de bois+ taillis, 1 ha Zone Humide, avec dérogation aux espèces protégées pour détruire potentiellement 38 taxons protégés, ne reconstitue que 6 ha de bois, avec création de 10,3 ha d'étang (opposition du Sdage) A ETE VALIDE haut la main par DDT, DREAL, CDNPS, CdA, mairie, com com, préfète 37

J Cl M 44 | 17 mars 2022 à 23h23
 
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Toute cette présentation n'est que poudre aux yeux , dire qu'on va s'intéresser à la biodiversité alors que le gouvernement veut exploiter le sous sol de la baie d' Audierne , propriété du Conservatoire du Littoral, pour la production de lithium, ou bien décide de créer une décharge monstrueuse à Bardouville dans le parc naturel Seine Normandie classé Natura 200 et ZNIEF ou quand le premier ministre se dépêche de créer une gare en plein champ dans le triangle de Gonesse!!! Quelle tartuferie ! Non rien ne les arrêtera, voilà la vérité ,car ce sont des petits , des mesquins, des médiocres ,uniquement préoccupés de satisfaire l'appétit de leurs copains destructeurs. L'être humain est le cancer de la Planète et tôt ou tard il faudra bien en convenir.

gaïa94 | 25 mars 2022 à 19h29
 
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