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Les territoires à forts enjeux de biodiversité se révèlent très mal protégés en France

Un tiers du territoire national joue un rôle irremplaçable pour la biodiversité. Mais en croisant ces zones avec les pressions exercées et avec les protections existantes, 17 % du territoire national ressortent en zone de vigilance.

Biodiversité  |    |  Laurent Radisson  |  Actu-Environnement.com
Les territoires à forts enjeux de biodiversité se révèlent très mal protégés en France

Les zones clés de la biodiversité qui subissent les pressions les plus fortes sont très mal protégées en France métropolitaine. Telle est la conclusion d'une étude publiée en décembre 2019 et réalisée par le service statistique du ministère de la Transition écologique et l'unité mixte de service Patrinat, sous la tutelle de l'Office français de la biodiversité (OFB), du Muséum national d'histoire naturelle (MNHN) et du CNRS.

Pour parvenir à cette conclusion, les auteurs, Antoine Lévêque et Isabelle Witté, ont d'abord identifié les zones du territoire national les plus riches en biodiversité à partir des données issues de l'Inventaire national du patrimoine naturel (INPN). Celles-ci regroupent plus de quatre millions d'observations relatives à 7 835 espèces et s'appuient sur un maillage complet du territoire (5 875 mailles de 10 km de côté). Ils ont ensuite mis en évidence celles de ces zones qui subissaient des pressions importantes, puis ils les ont croisées avec les espaces protégés. Les résultats montrent le hiatus existant entre les deux cartes.

Répartition hétérogène de la biodiversité

« Les enjeux touchant à la biodiversité (grande richesse, présence d'espèces rares, localisées, endémiques, menacées, protégées…) ne sont pas répartis de manière homogène sur le territoire », rappelle tout d'abord l'étude. La biodiversité est en effet façonnée par des facteurs multiples tels que l'histoire, la géographie, l'écologie ou l'activité humaine.

Les auteurs ont identifié les « points chauds » de la biodiversité en s'appuyant sur le concept d'irremplaçabilité. Ces zones clés sont « davantage situées sur le littoral, en montagne et dans la région méditerranéenne, et moins fréquentes dans les secteurs de grandes cultures », résume le document. C'est le cas du littoral, en raison d'habitats naturels singuliers, comme les estrans, les dunes ou les marais qui abritent une faune et une flore originales. La richesse des zones de montagne, quant à elles, s'explique par « l'hétérogénéité des milieux naturels liée au relief, source de diversité en espèces, et la rareté des espaces d'altitude restreignant la distribution de la faune et de la flore qui y sont inféodées ». La zone méditerranéenne, enfin, se caractérise par un fort taux d'endémisme, c'est-à-dire par la présence de nombreuses espèces que l'on ne retrouve pas ailleurs. « À l'inverse, les plaines du nord et de l'ouest, hormis quelques exceptions, par exemple dans certaines vallées ou forêts, accueillent surtout des espèces largement répandues et se caractérisent par de vastes ensembles relativement homogènes », rapporte l'étude.

Les auteurs ont ensuite combiné les enjeux liés à l'artificialisation des milieux et à l'agriculture pour déterminer les zones sous tension. En prenant en compte ces pressions et le caractère irremplaçable des milieux, il apparaît que plus de 10 % du territoire national est concerné par des enjeux forts ou très forts.

Couverture quasi nulle des enjeux

L'analyse s'est poursuivie en superposant les zones à enjeux ainsi identifiées avec les espaces protégés, entendus comme les espaces faisant l'objet de protections réglementaires (parcs nationaux, réserves naturelles) ou foncières, ou bien classés Natura 2000. Cette superposition met en évidence « une couverture a priori insuffisante ou quasi nulle de ces enjeux nationaux de biodiversité » sur de vastes surfaces. « Quatorze à 18 % des mailles totalement irremplaçables ne sont pas ou presque pas couvertes par de tels espaces protégés », indique le document.

Couverture des enjeux de biodiveristé par les aires protégées
 

L'étude parvient à la conclusion que plus de 17 % du territoire métropolitain sont en vigilance au regard des enjeux nationaux de biodiversité. Les parties du territoire qui posent particulièrement problème se situent dans « l'arrière-pays méditerranéen (Roussillon, Languedoc et, dans une moindre mesure, Provence), le sillon rhodanien, une partie non négligeable du Bassin parisien (dont la vallée de la Seine), le bassin minier et plus généralement la Flandre, la vallée de la Sèvre nantaise et le sud du Maine-et-Loire, le nord de l'Alsace, la Limagne en Auvergne, la plaine dijonnaise, le pourtour du massif armoricain, la plaine de Caen et une partie du Bessin, l'ouest de la Moselle et le nord de la Meurthe-et-Moselle, le Bordelais et la basse vallée de la Garonne ».

Ces zones, qui abritent plus de 11 millions d'habitants, se caractérisent par une densité de population très supérieure à la moyenne nationale. Ce qui montre le rôle joué par l'urbanisation et l'artificialisation des sols, la dégradation des milieux naturels étant le premier facteur de disparition de la biodiversité. Mais les auteurs pointent aussi le recours à des pratiques agricoles intensives, facteur jugé « déterminant » pour le devenir de la biodiversité.

 
Les enjeux touchant à la biodiversité (grande richesse, présence d'espèces rares, localisées, endémiques, menacées, protégées…) ne sont pas répartis de manière homogène sur le territoire.  
 
Ces deux causes de dégradation accélérée de la biodiversité étaient toutefois déjà identifiées. Elles constituent en effet les deux priorités du plan biodiversité lancé par le Premier ministre en juillet 2018. Concernant l'artificialisation des sols, ce plan s'est essentiellement traduit par la création d'un observatoire chargé de la mesurer et le lancement d'un groupe de travail sur la renaturation des friches. Mais, dans le même temps, le Gouvernement cherche à réduire le nombre de documents de planification environnementale opposables aux documents d'urbanisme. Quant à la lutte contre les méfaits de l'agriculture intensive, les dernières statistiques, montrant un bond de 23 % des ventes de pesticides entre 2017 et 2018, marquent l'échec des politiques menées en la matière.

Réactions1 réaction à cet article

 

Tout à fait exact ce constat: je viens de me farcir l'intégralité du rapport de situation du SRADDET de la région Centre-Val de Loire et bien que ce territoire soit couvert en grande partie par des forêts et des zones humides qui abritent des espèces de faune et flore rares,protégées, en état préoccupant ou en voie d'extinction,l'urbanisation s'y développe à grands pas et l'artificialisation n'y connaît pas de limites. Pas un seul Parc Naturel , des zones Natura 2000 déclassées pour y faire passer des avions, des Znieff sur la Loire morcelées et ignorées pour construire un pont alors que le tribunal administratif d' Orléans s'y oppose.S'y développent des routes et des ronds points partout , des lotissements en bordure de forêt,des défrichements pour installer des zac en plein champ, des déboisements massifs pour alimenter la filière bois...Les élus locaux n'ont que faire de la protection de la nature. Mais aussi, que font les jeunes générations qui seront les premières impactées par les changements qui s'annoncent? Personne ne bouge! Il y a une inertie et une fatalité coupables.

gaïa94 | 16 janvier 2020 à 19h00
 
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