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« Notre philosophie est d'avoir une vision intégrative et territoriale de la biodiversité »

L'Office français de la biodiversité (OFB) est né le 1er janvier de la fusion de l'Agence française pour la biodiversité et de l'Office national de la chasse. Pierre Dubreuil présente les grands enjeux liés à ce nouvel établissement.

Interview  |  Biodiversité  |    |  Laurent Radisson  |  Actu-Environnement.com
   
« Notre philosophie est d'avoir une vision intégrative et territoriale de la biodiversité »
Pierre Dubreuil
Directeur général, Office français de la biodiversité (OFB)
   

Actu-Environnement : Les missions de l'OFB sont-elles une simple addition de celles de l'AFB et de l'ONCFS ?

Pierre Dubreuil : La loi reprend les mêmes familles de missions : police de l'environnement, mobilisation de la société, appui aux politiques publiques, expertise, appui aux gestionnaires de l'environnement, connaissance et recherche. Le potentiel d'expertise et de recherche sera bien plus grand du fait de la fusion. La loi confère, par ailleurs, des compétences de police judiciaire plus importantes aux 1 800 inspecteurs de l'environnement. Ils disposent de l'ensemble de l'arsenal de police judiciaire sauf la garde à vue. Et en matière de police administrative, ils conservent les compétences qu'ils avaient jusqu'à présent.

AE : En quoi l'OFB sera-t-il plus efficace que les établissements précédents pour mettre fin à l'érosion continue de la biodiversité ?

PD : Par la capacité opérationnelle de l'établissement qui dispose de 2 800 agents. Il y aura entre 15 et 25 inspecteurs de l'environnement par département. La fusion renforce mécaniquement la capacité d'action. La réunion des forces aux niveaux national, régional et départemental permet aussi de rassembler des compétences qui donnent une puissance plus importante. Les savoir-faire sont rassemblés au sein d'un même établissement alors que l'AFB était plus axée sur le milieu aquatique et marin, et l'ONCFS sur le milieu terrestre. La singularité majeure de l'OFB est de rassembler tous les acteurs qui interviennent en matière de biodiversité, sans exclusive dans sa gouvernance et dans le dialogue : chasseurs, agriculteurs, pêcheurs, associations de protection de la nature, usagers de la nature, gestionnaires d'espaces naturels, etc. On crée un gros opérateur unique et inédit, qui n'a pas d'équivalent en Europe. Cela permet d'avoir une réponse un peu plus adaptée aux enjeux dans ce contexte d'érosion accélérée de la biodiversité.

AE : La première cause d'érosion est la destruction des milieux. Or, l'OFB n'a pas de compétence en matière d'aménagement. Comment pouvez-vous réellement agir ?

PD : On peut intervenir en tant qu'expert sur des projets d'aménagement. Notre rôle est de donner un avis technique au préfet mais c'est effectivement borné réglementairement. Notre expertise technique est fondée sur la connaissance des milieux et des espèces. Ce savoir influence la décision, ou pas. On n'est pas une ONG et on n'est pas là pour faire des leçons de morale sur l'artificialisation. On a par ailleurs une mission de mobilisation de la société. Cette mission a un grand impact pour faire comprendre que l'artificialisation des sols est une cause d'érosion. C'est ensuite aux citoyens eux-mêmes de faire pression.

AE : La gestion des milieux marins par l'OFB a suscité des inquiétudes. Où en est-on ?

PD : Tout ça est derrière nous, même si ça a été un grand point d'inquiétude des acteurs du milieu marin lors de la phase de préfiguration. J'y ai répondu de plusieurs manières. Au niveau de l'organisation, en choisissant de ne pas faire d'entrée par milieu (terre, mer, etc.). La philosophie est d'avoir une vision intégrative et territoriale de la biodiversité. Je veux que les milieux se parlent. Ensuite, j'ai créé un délégué mer auprès du directeur général, basé à Brest, qui sera le porte-parole de la mer. J'ai également renforcé la présence des acteurs du milieu marin à différents échelons. Les parcs naturels marins conservent par ailleurs les mêmes prérogatives.

AE : Comment concilier les cultures des deux établissements fusionnés ?

PD : Cela prend du temps de créer une culture commune. J'ai un dialogue nourri avec tous les acteurs. Tous sont légitimes. Il n'y a pas de hiérarchie entre eux. Les chasseurs sont des acteurs à part entière de la biodiversité, souvent les meilleurs connaisseurs de la nature dans bien des endroits. Les agents de l'ONCFS et de l'AFB travaillent maintenant sous la même bannière. Tous les acteurs ont la même finalité, celle de préserver les milieux. Notre intérêt commun, c'est de stopper l'érosion et de faire en sorte que l'homme et la nature vivent mieux ensemble. Quand on rassemble tous ces acteurs autour de projets, à l'exemple d'Agrifaune, on partage des constats et on voit que ces projets avancent.

AE : Le budget du nouvel établissement public pose-t-il question ?

PD : Cette question a été réglée en loi de finances. Il y avait un besoin de financement de 41 millions d'euros (M€) liés aux pertes de recettes de l'ONCFS suite à la baisse du permis de chasser et du transfert de responsabilités. Une subvention de l'État compense cette perte de recettes, sans prélèvement d'un seul euro sur les agences de l'eau.

AE : Des postes vont-ils être supprimés à l'OFB ?

PD : Il y a un an, il était prévu que l'OFB perde 127 emplois. Les organisations syndicales et moi-même d'ailleurs, nous sommes battus. On a bénéficié d'un arbitrage ministériel favorable et l'emploi est sanctuarisé en 2020 au sein de l'Office, alors que tous les autres opérateurs du ministère en perdent. Vingt postes seront en revanche supprimés en 2021 et quarante en 2022. La fusion pourra générer quelques économies d'échelle. Globalement, on n'enlèvera pas d'emploi dans les territoires, car j'ai pris l'engagement de les prioriser.

AE : L'OFB est-il désormais le seul acteur de la biodiversité en France ?

PD : Non, on travaille beaucoup avec les organismes de recherche comme le Muséum d'histoire naturelle ou l'Ifremer pour le milieu marin. L'OFB financera ces organismes et des plans nationaux à hauteur de 120 M€. On va continuer à travailler avec les ONG, les collectivités territoriales, etc. Avec l'Inrae, l'ONF et tous les établissements dans le giron de la nature et de l'environnement, on a vocation à créer des liens. Je privilégie les projets. Ce sera le cas avec les fédérations départementales de chasseurs à travers l'éco-contribution. Il faut quand même clarifier le paysage sur le « qui fait quoi », mais je souhaite qu'il n'y ait pas d'esprit de concurrence entre acteurs.

AE : Êtes-vous chargé de mettre en œuvre le plan biodiversité présenté par le Gouvernement en juillet 2018 ?

PD : Le ministère de la Transition écologique est en charge de son pilotage. Nous sommes chargés de la mise en œuvre de certaines de ses actions dans le cadre de directives données par les deux ministères de tutelle. L'application de ce plan, des stratégies européennes et des stratégies nationales va converger en 2021 dans un nouveau contrat d'objectifs et de performances (COP) qui va donner notre feuille de route stratégique.

AE : Quelle place va tenir l'OFB dans les grands rendez-vous internationaux sur la biodiversité prévus cette année ?

PD : On aura une présence forte au Congrès mondial de la nature en juin prochain à Marseille. On travaille d'arrache-pied sur ce très grand rendez-vous qui va permettre de mobiliser, au plan international et national, sur l'urgence de la situation. Cela va préfigurer la présence de la France à la COP 15 en octobre prochain en Chine. Nous jouons le rôle d'appui aux politiques publiques en tant qu'expert pour définir la position française. C'est une année qui doit permettre de faire avancer la cause de la biodiversité, qui est un sujet à la fois local et mondial. Nous, on peut faire les deux : on agit sur le local et on a un pouvoir d'expertise sur la problématique globale.

Réactions9 réactions à cet article

 

"Les agents de l'ONCFS et de l'AFB travaillent maintenant sous la même bannière. Tous les acteurs ont la même finalité, celle de préserver les milieux." ... quelle naïveté, pour un très grand nombre d'entre nous (les agents de l'oncfs et de l'afb) , nous avons choisi un établissement par passion, et pour une bonne partie, nous n'avons aucune envie de faire le travail de "l'autre", ce n'est pas notre job et ça ne le sera jamais, et c'est pas en nous forçant que ça marchera, c'est bien mal parti, le malaise dans les services est réel, le DG (qui ne connait strictement rien au 2 établissements, il a zero vécu) peut faire semblant de l'ignorer mais il sera bien vite rattraper par les clash qui vont se multiplier dans les services. il faut espérer que la pression ne sera pas trop forte pour les agents.

alfred B. | 09 janvier 2020 à 21h29
 
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Les chasseurs sont des acteurs à part entière de la biodiversité, souvent les meilleurs connaisseurs de la nature dans bien des endroits.
Comment peut-on être supposé intelligent et dire çà ?
Surtout en parlant d'abord des chasseurs en fait de défense de la biodiversité
Il sait ce que c'est que la sentience animale ce monsieur Dubreuil ?
Je lui suggère de lire ceci :
https://blogs.mediapart.fr/hippolyte-varlin/blog/210819/pourquoi-le-veganisme-n-est-pas-un-extremisme-ou-les-mots-d-une-infinie-sagesse
NB. Pas besoin d’être abonné à Médiapart pour savourer cette plaidoirie aussi originale et riche qu’impressionnante.

Sagecol | 10 janvier 2020 à 08h55
 
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Ce n'est pas la biodiversité qui sauvera le climat mais c'est en rétablissant le climat qu'on sauvera la biodiversité !
si on alterne sécheresses et inondations depuis 20 ans (et c'est de pire en pire) c'est juste à cause d'une TRÈS mauvaise gestion des pluies !

Une pluie même forte n’est pas un raz de marée ! Depuis le 4 11 2019, La Garonne a évacué 3 milliards de m3 d'eau douce vers la mer (mesure de débit effectué à Tonneins (cf vigiecrue.fr), ça représente DEUX fois le volume de la consommation TOTALE de TOUTE la région Nouvelle Aquitaine (potable agricole et industrie) ... Annuellement , les rejets en mer d'eau douce par les rivières de Nouvelle aquitaine sont supérieurs à 15 milliards de m3 ... pour une consommation TOTALE de 1.5 milliards ... en captant 10% des crues ont aurait moins d’inondation et plus jamais de sécheresse ...

Les départements les plus touchés par les inondations et les fortes crues sont ceux qui étaient en crise d’eau l’été dernier … Et c’est tout à fait logique : c’est justement parce qu’ils ne retiennent pas l’eau hiver que les crues sont gigantesques et comme ils n’ont pas retenues l’eau l’hiver ils n’en ont pas assez l’été …

laurent | 10 janvier 2020 à 09h38
 
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"Les chasseurs sont des acteurs à part entière de la biodiversité, souvent les meilleurs connaisseurs de la nature dans bien des endroits." Totalement faux. Les chasseurs sont spécialisés dans la connaissance de certains vertébrés en vue de leur chasse - rien de plus. Pour la très vaste majorité des espèces (flore, faune aquatiques, invertébrés, mollusques, reptiles, amphibiens, petits vertébrés, chauve-souris…) les chasseurs ne sont pas plus connaisseurs que la moyenne. Quant aux notions d'habitats ou de biodiversité, elle ne sont généralement pas comprises par les chasseurs. Les battues, pratiquées en période d'hibernation/d'hivernage, sont la preuve du mépris des chasseurs pour la biodiversité non-chassable.

Pierre | 10 janvier 2020 à 10h41
 
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Le parti pris de M. DUBREUIL sur la prétendue excellente connaissance de la biodiversité des chasseurs, bien évidemment archi fausse ainsi que Sagecol et Pierre le soulignent très justement, apporte une nouvelle fois la preuve du noyautage par le lobby de la chasse des instances nationales en charge de stopper le déclin de la biodiversité.
Ces propos sont une nouvelle insulte adressée aux naturalistes bénévoles et professionnels, dont ceux du MNHN au sein duquel M. DUBREUIL a exercé de hautes fonctions. Que pareils poncifs et contre-vérités soient proférés dans les relais de chasse ou au café du coin, passe encore, mais par une personne nommée à de telles responsabilités, c'est totalement inadmissible en 2020.
Les chasseurs ne représentent plus désormais que 1,6 % de la population, leur pyramide des âges est vieillissante, 71 % des français sont contre la chasse (+17 % depuis 2009 - IFOP, 2017) et pourtant force de loi reste de leur côté. L'autisme de nos dirigeants sur le sujet pose vraiment question quant au fonctionnement de nos institutions qui se réclament démocratiques.

Pégase | 13 janvier 2020 à 13h36
 
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l’effondrement de la biodiversité s’explique surtout par le manque d’eau et de végétation l’été sur des périodes de plus en plus longues

Avant une grande partie des insectes mourraient l’hiver, mais maintenant ils meurent l’été dans des sols exposés au soleil (la température peut monter à plus de 50°c) . La base de toute la biodiversité c’est la biodiversité des sols, la forêt est chez nous le milieu naturel le plus riche en biodiversité (suivi par tous les points d’eau), parce qu’elle enrichit et protège les sols, parce qu’elle évapore beaucoup d’eau l’été donc climatise l’environnement (ce n’est pas l’ombre des arbres qui apporte de la fraicheur mais l’évapotranspiration) !
Le dérèglement du climat est responsable de cet effondrement mais on peut y remédier en appliquant le principe de la forêt : protection végétal des sols l’été !
La végétalisation d’un maximum de surfaces (villes et campagnes) est indispensable pour la régulation thermique du climat . Les plantes ont besoin d’eau l’été, il suffit de garder une partie des pluies de l’hiver, et notamment les rejets des villes ! En nouvelle aquitaine il y a 781 000 hectares de surfaces artificialisées (9,3% du territoire) avec 700mm de pluie par an ça donne 5 milliards de m3 rejetés massivement dans la mer via les rivières (en créant des inondations au passage …) ! la consommation TOTALE de toute la région (potable agricole et industrie) n’étant que de 1,5 milliards de m3 … le potentiel d’eau exploitable est énorme !

laurent | 13 janvier 2020 à 16h10
 
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Super, on va pouvoir encore voyager de COP en COP pour sauver la planète !
Merveilleux système qui gonfle les crédits des "miles" de nos missionnaires de la Vertu ! La France innove encore dans le génie de l'administration triomphante...
Mais je note une vérité: "cet office n'est pas une ONG". Grand merci à M. Dubreuil de le rappeler. On peut aussi rappeler que, par essence, le NG qui signifie "Non-Gouvernemental" rappelle que ce ne sont pas ces ONG qui gouvernent... Donc pas la peine de nommer des ministre shampooineurs pour gérer l'environnement.
Excellente année à tous !
(Mais pas à ceux qui souhaitent ma fin brutale)

Albatros | 13 janvier 2020 à 17h53
 
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"On a une mission de mobilisation de la société...c'est aux citoyens eux mêmes de faire pression": et que se passe t-il quand la pression des citoyens n'a aucun effet sur les élus qui s'en contrefichent ? Ce qui est le cas dans un nombre incalculable de projets auxquels la population est strictement opposée et qui conduisent à des pétitions aussitôt suivies de saisine du tribunal administratif. Mr Dubreuil s'imagine que les simples citoyens n'ont que cela à faire dans ce pays: des manifs, des pétitions, des lettres aux instances dirigeantes, des articles dans la presse, des procès, et tout ça pour voir des maires passer outre, comme c'est le cas dans ma ville où, malgré de multiples actions de la part de la population et des recours en justice, le maire arrache des espaces verts pour les bétonner. Ou comment gâcher l'argent public dans des institutions sans pouvoir, c'est du même niveau que la Cour des Comptes: de beaux rapports bien léchés qui occupent beaucoup de monde et qui ne sont que très rarement suivis d'effets. Sauf que là, il s'agit du ravage du territoire, donc du bien public.

gaïa94 | 21 janvier 2020 à 23h07
 
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Sacré gaïa. Continuez, c'est comme ça qu'on vous aime.
Excellente année !

Albatros | 22 janvier 2020 à 10h13
 
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