En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. En savoir plusFermer
Actu-Environnement

Protection de la biodiversité : un engagement fort du Grenelle sous la vigilance des associations

L'Allemagne accueille, le 19 mai la conférence mondiale sur la diversité biologique. En France, si le Grenelle a permis de mettre la biodiversité au cœur des débats, les associations restent vigilantes quant à la mise en œuvre des décisions arrêtées.

Biodiversité  |    |  Sophie Fabrégat Actu-Environnement.com
Chaque année, 50.000 à 100.000 espèces disparaîtraient dans le monde. Ce rythme de disparition pourrait atteindre dans les prochaines décennies, 1.000 à 10.000 fois le taux normal, selon Achim Steiner, secrétaire général adjoint et directeur exécutif du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE). Cette situation alarmante incite la communauté internationale à prendre à bras-le-corps le problème de la perte de la biodiversité. Le 19 mai prochain s'ouvre la 9ème conférence mondiale sur la diversité biologique. 191 pays se réunissent pendant plus d'une semaine, avec pour objectif la réduction du rythme actuel d'appauvrissement de la biodiversité mondial et national d'ici à 2010, fixée par la Convention des Nations unies sur la diversité biologique en 1992. Lors de la conférence de Bonn, les Etats poursuivront l'examen des mesures mises en place pour atteindre cet objectif précisé lors du Sommet de la Terre de Johannesburg en 2002 : stopper les pertes en diversité biologique d'ici 2010.

La biodiversité au cœur du Grenelle

En France, le Grenelle de l'environnement a permis de porter cette problématique au centre des discussions : avant le Grenelle, la question du réchauffement climatique était un vrai sujet alors que la biodiversité n'était pas au cœur des préoccupations. Les débats du Grenelle ont permis de hisser la biodiversité quasiment au même niveau que le réchauffement climatique, il y a eu une véritable prise de conscience. Nous avons pu constater cette évolution au sein même des travaux du Grenelle. La biodiversité, peu abordée au départ, est devenue un sujet majeur dans la parole et dans le temps qui y ont été consacrés. Aujourd'hui, les entreprises, les politiques savent que l'érosion de la biodiversité est un vrai sujet, c'est le premier acquis du Grenelle de l'environnement, commente Christophe Aubel, directeur de la ligue Roc, association de défense de l'Environnement présidée par Hubert Reeves.
Satisfaites des engagements pris lors du Grenelle de l'environnement, les associations de protection de l'environnement restent néanmoins vigilantes : si toutes les mesures prises lors du Grenelle sont mises en place, nous aurons fait un grand pas. En proposant de faire des politiques d'objectifs et non plus d'opportunités comme c'était le cas jusqu'à présent, mais aussi en établissant le fait que la diversité biologique doit être prise en compte par l'ensemble des politiques, le Grenelle de l'environnement a construit une bonne charpente pour la protection de la biodiversité. Le projet de loi d'orientation du Grenelle de l'environnement présenté par Jean-Louis Borloo est globalement fidèle aux engagements pris. Mais cela reste pour l'instant des orientations, tout reste à faire ! note le directeur de la ligue ROC.
La ligue a élaboré un tableau de suivi des engagements biodiversité du Grenelle de l'environnement* afin de maintenir la vigilance. Pour l'instant, la plupart des indicateurs sont au rouge ou à l'orange ! Seuls 2 engagements sur les 20 arrêtés lors du Grenelle ont été mis en place : le projet de mine d'or sur la montagne Kaw en Guyane, a été stoppé dans l'attente d'un rapport du préfet prévu pour fin 2008 (engagement 178) et la fondation française de coopération pour la recherche sur la biodiversité a été créée en mars 2008 (engagement 79). Mais le règlement intérieur et la question du financement de la fondation restent à préciser, précise Christophe Aubel.

La trame verte et bleue

La grande attente porte sur le projet de trame verte et bleue (engagement 73), véritable clef de voûte des politiques de protection de la nature, selon le FNE. Aujourd'hui, nous n'avons aucun dispositif juridique pour défendre la biodiversité. Le projet de trame verte et bleue est un véritable enjeu : cet outil d'aménagement du territoire permettra d'intégrer sur l'ensemble du territoire la politique de biodiversité. À travers le code de l'urbanisme, de l'aménagement, on pourra empêcher la destruction de la biodiversité. La trame verte peut permettre à la France de changer d'échelle en matière de protection de la nature, explique le directeur de la ligue ROC.
Constituée de grands ensembles naturels et de corridors les reliant, et complétée par une trame bleue formée des cours d'eau et masses d'eau, la trame verte devrait permettre une continuité territoriale de la protection de la nature. Le cadre de référence devrait être défini en 2008. Un comité opérationnel a été installé pour 2 ans et doit préciser les modalités de mise en œuvre de la trame. Considéré comme priorité absolue par les associations, ce projet complexe devrait être long à mettre en place. Mais à la suite de la rédaction du projet de loi Grenelle I, une première inquiétude est née chez les associations : tel qu'est rédigé l'article 21 qui concerne la trame verte, nous nous trouvons en deçà des engagements pris lors du Grenelle, précise Christophe Aubel. La question de l'opposabilité aux grandes infrastructures n'y est pas inscrite. C'est un recul par rapport à l'engagement premier, ne pas intégrer ce principe serait passer à côté de l'exercice.

La question du financement

Autre engagement important, l'audit général sur les mesures fiscales défavorables à la biodiversité et l'étude de faisabilité d'un basculement progressif vers une fiscalité plus favorable (engagement 83). Ce point est primordial car il concerne le financement des politiques de protection de la biodiversité. Pourtant, aujourd'hui, le travail n'a pas commencé alors que l'audit était prévu pour 2008, regrette Christophe Aubel, avant d'ajouter : les chiffres avancés pour le financement sont intéressants mais les dispositifs sont à inventer. Tout reste à faire… Une fois de plus.
En attendant, selon Christophe Aubel, plusieurs autres engagements pourraient être mis en œuvre rapidement, comme la réglementation de lutte contre la pollution lumineuse, le plan de conservation des espèces ou encore l'observatoire de la biodiversité.

RéactionsAucune réaction à cet article

 

Réagissez ou posez une question à la journaliste Sophie Fabrégat

Les réactions aux articles sont réservées aux lecteurs :
- titulaires d'un abonnement (Abonnez-vous)
- inscrits à la newsletter (Inscrivez-vous)
1500 caractères maximum
Je veux retrouver mon mot de passe
[ Tous les champs sont obligatoires ]
 

Partager