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Actu-Environnement

L'injection de biogaz sur le réseau pourrait redynamiser la filière française

La France compte 197 installations de méthanisation hors sites de décharge, selon l'Atee. Si la filière se développe doucement, elle pourrait trouver de nouvelles opportunités sous peu avec l'autorisation de l'injection du biogaz dans le réseau.

Energie  |    |  Rachida Boughriet Actu-Environnement.com
   
L'injection de biogaz sur le réseau pourrait redynamiser la filière française
   

Le Club Biogaz de l'Association Technique Energie Environnement (Atee) vient de publier un rapport qui dresse un état des lieux des installations françaises de méthanisation en fonctionnement ou en construction en 2011 ''tous secteurs confondus'' (industriel, agricole, stations d'épuration et ordures ménagères), exceptées les décharges ou les ISDND (Installations de Stockage de Déchets Non Dangereux) qui n'ont pas été incluses dans l'étude. En France, la méthanisation est orientée sur la production du compost et du biogaz à partir de déchets organiques ou effluents d'élevage. Le biogaz produit est ''valorisable en énergie, électrique et/ou thermique'' (cogénération) et peut également être converti en biométhane, afin d'être injecté dans le réseau de gaz naturel ou utilisé comme carburant, rappelle l'Atee.

Près de 200 installations en service, une quarantaine en construction

197 installations de méthanisation ont été recensées au premier semestre 2011 par l'association, dont 80 dans le secteur industriel, principalement agro-alimentaire (industries de transformation de lait ou de fruits et légumes, exploitations vinicoles…).

S'agissant des installations de traitement d'effluents agricoles, 41 installations à la ferme et 7 installations centralisées/territoriales exploitées par des sociétés traitant les déchets de plusieurs structures agricoles sont également répertoriées. La France compte aussi désormais 60 stations d'épurations (STEP) valorisant du biogaz issu en grande majorité des effluents urbains. La capacité totale installée des STEP est de 17.000.000 EH (Equivalents Habitants), soit 368.000 tonnes de matière sèche de boues traitées par an.

Enfin, 9 centres de méthanisation des ordures ménagères sont en service mi-2011. 8 d'entre eux valorisent le biogaz produit par cogénération tandis que le centre de Lille qui le valorise en biométhane carburant pour alimenter des véhicules roulant au GNV (Gaz Naturel Véhicule). Au total, la production théorique totale de biogaz est de 282 millions de Nm3 (Normaux mètre cube) par an. L'énergie thermique produite s'élève quant à elle à 126 MW (mégawatts). La puissance électrique totale installée est de 36,9 MW, dont plus de la moitié provient des installations de méthanisation d'ordures ménagères.

La filière méthanisation tirée par le secteur agricole

46 installations sont par ailleurs en cours de construction, essentiellement dans le secteur agricole (33 projets). La méthanisation des effluents agricoles, ''quasi inexistante jusqu'en 2003 connaît depuis 2007 un développement exponentiel (sic)'' en France, analyse l'association. Cet engouement est impulsé par le cadre réglementaire visant à réduire les consommations d'énergie et soutenu depuis 2006 par les premiers tarifs d'achat de l'électricité  produite à partir de biogaz. Ces tarifs ont été révisés en mai 2011 et ont été augmentés de 20% en moyenne (primes d'efficacité énergétique et d'effluents d'élevage comprises), privilégiant les plus petites installations agricoles. Celles-ci bénéficient depuis d'un tarif maximal de près de 20 centimes d'euros par kilowattheure produit (c€/kWh) contre 15,2 c€/kWh auparavant. Avec le nouveau tarif, Caroline Marchais, déléguée générale du Club Biogaz table sur une augmentation de 40 unités agricoles par an. Même si le temps de réalisation des projets est ''plus long et complexe que dans les pays voisins''. ''Il faut compter actuellement 4 ans entre le début des démarches et la mise en route d'un projet. Ces délais sont principalement la conséquence de la lenteur des démarches administratives'', déplore l'association, ''et du temps de raccordement des installations au réseau ErDF'' d'un an contre 4 à 5 mois par exemple en Allemagne. En outre, l'électricité produite sur les 6.000 installations de méthanisation à la ferme que compte l'Outre Rhin est valorisée à un prix 30 % plus élevé qu'en France où les sites restent ''peu rentables''

De son côté, la production de biogaz a très peu évolué depuis 2001 dans le secteur industriel. Même constat depuis 1985 dans le secteur des stations d'épuration, ''pour lequel un grand nombre d'installations vétustes de petite taille ferment, laissant place à un nombre plus réduit de stations d'épuration de tailles plus conséquentes'', explique l'association. ''Les installations de méthanisation d'effluents industriels et d'effluents urbains gaspillent une grande partie d'énergie, car leur but premier est de traiter les effluents et non de produire de l'énergie'', ajoute-t-elle. La méthanisation des ordures ménagères ''commence'', elle, ''à se développer'' : ''après la première installation mise en service en 1988, il fallut attendre 2002, puis 2005, avant que de nouvelles voient le jour. Depuis 2008, de nouveaux projets aboutissent'', selon l'Atee. Deux sites de méthanisation des ordures ménagères sont notamment en construction.

Injection de biométhane dans le réseau : entre inconvénient et opportunité

''Nous avons réalisé cet état des lieux à un moment charnière pour le biogaz en France, au moment où les nouveaux tarifs d'achat de l'électricité sont mis en place, et où l'injection et la  valorisation biométhane deviennent possibles'', souligne l'association. Un site pilote à Lille a déjà commencé à injecter du biogaz (biométhane) au réseau de gaz naturel depuis juillet 2011, selon Mme Marchais. Date à laquelle était attendu le décret autorisant ce mode d'injection en France avant d'être repoussé à septembre puis octobre. Le texte devrait être publié dans les prochains jours. Un arrêté doit également fixer les tarifs d'achats qui pourraient se situer entre 5 et 10,3 c€/kWh, selon le débit d'injection livré sur les réseaux de distribution de gaz. D'après les opérateurs de réseau, environ 200 projets en 2011 envisageraient une injection dans le réseau de gaz, si ''celle-ci est techniquement et financièrement possible''. 150 projets d'injection ont été soumis à GrDF, le restant à GRTgaz.

''Mais l'essentiel de ces projets ne sont pas gros et donc ne pourront pas se faire. Ces petits projets vont se lancer plutôt dans la cogénération'', prévient Mme Marchais. Autres ''inconvénients'' de la technique : en plus des coûts d'investissement, l'injection ''nécessite une demande suffisante en gaz naturel dans la zone desservie par le réseau. La consommation baissant en été, un torchage du biogaz excédentaire peut être nécessaire, à moins d'investir dans des équipements de valorisation complémentaires (cogénération, séchage de fourrage…)'', note l'étude.

''Les nouveaux modes de valorisation que sont l'injection du biométhane au réseau ou sa valorisation en carburant pourraient donner une nouvelle impulsion à la filière, même si ceux- ci nécessitent de lourds investissements''. A l'avenir, l'Atee table sur un développement de l'injection sur le réseau ''dans le secteur des ordures ménagères, des effluents agricoles, puis des stations d'épuration lorsque l'avis de l'ANSES sera paru", ajoute l'association. De son côté, GrDF évalue entre 2,8 TWh et 8,7 TWh le biométhane qui pourrait être injecté annuellement dans le réseau à l'horizon 2020, via 280 à 700 sites.

Réactions8 réactions à cet article

 

Excellent article, un très grand merci. Le sujet est très important au plan mondial (traitement et valorisation des multiples déchets) et mérite des développements plus nombreux et mieux structurés en France pour être optimisés et où la ressource dispose d'un grand potentiel. Il y a également des possibilités d'exportations de la technologie avec différentes tailles d'unités, les allemands exportant encore des unités généralement de grandes tailles. Les pays émergents entre autres ne l'utilisent pas assez.

Energie+ | 13 octobre 2011 à 03h33
 
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Bingo,

Voilà qui pourrait donner des ailes à la piste biogaz, à conditions que certains ajustements ImPératifs aient lieu:
--> corriger les lenteurs / lourdeurs administratives (50% du temps imparti donc + efficace en Allemagne!)
--> bénéficier des REX des 1ères installations pour corriger le tir et gagner en efficacité de planning + réalisation + réduc. des coûts
--> prix d'achat du kWh à sa JUSTE valeur. Même si 20 cts€/kwh est déjà mieux que les 15.2 cts€, en Allemagne c'est 30% de mieux. Idem en Italie où c'est du genre 44 cts€ !!! YAQUE chez nous qu'on ne sait pas payer le juste prix? Un comble!
Tous ces points à ajuster ASAP !
A+
Salutations Guydegif(91)

Guydegif(91) | 13 octobre 2011 à 08h56
 
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Bonjour,en tant que porteur de projet en injection réseau (petit projet 40m3/heure),je souhaite simplement dire que GRDF serait moins gourmant,les projets seraient beaucoup plus viable.
Tous le monde souhaite s'attribuer un image écologique mais trés peu sont prés à faire des efforts.
Quelque chiffre:location post de raccordement 100 000 euros/an
Extention de réseau 100 000 euros les 100 métres,
Analyse QUALITE du gaz 30 000 euros/an.
Pour un petit projet à 1500 000 euros d'investissement le chiffre d'affaire est de 300 000 euros, la moitié est prélevée par GRDF ,et le restant couvre à peine les annuités.
Je trouve regrétable que GRDF ne fasse pas plus d'effort envers l'écologie,car malgrés tout cette société s'attribue déjà une image verte :filiale CARBURANT GDF :GN vert.
Pour une démarche biologique ,on y trouve des régles,des controles,un suivi et pour une démarche écologique ?
J'espére que je suis compris !

ano | 13 octobre 2011 à 09h01
 
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en tant que porteur de projet méthanisation agricole avec injection biométhane dans le réseau , je tiens à souligner l'extrême lenteur de nos politiques sur le sujet . Si Caroline Marchais nous annonce la publication de ces textes encadrants l'injection , elle sait que nous les attendons depuis 2ans et demi maintenant . Les projets retenus en 2009 n'ont pas pu démarrer faute de cadre législatif...il y a bien des sujets ou la réaction est plus rapide . Qui peut donc vouloir bloquer tout cela GrDf, GDF Suez ? Quand au cout d'injection , il est effectivement très important par rapport aux pays voisins, GrDF récupère d'un côté ce que GDF Suez va débourser? ou bien nous sommes si nuls en technique , qu'il nous faut plus de matériel que les autres ? Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué!

Cabilou | 13 octobre 2011 à 10h08
 
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Développement Durable et EnR!(1)
La politique en la matière au Pays Basque est inadaptée et rétrograde.

La catastrophe qui frappe le JAPON,le prix et la raréfaction du pétrole,l’utilisation et la spoliation pour la mise en valeur de millions d’hectares de terres cultivables alimentaires de par le monde destinées à l’industrie de agrocarburant,(huile de palme,de soja,de colza….), l’implantation sur des terres agricoles de centrales photovoltaïques,une gestion des déchets ménagers et des entreprises basée sur l’enfouissement,l’exploration du gaz de schistes, doivent conduire les élus locaux et responsables économiques à entreprendre une véritable politique durable des énergies renouvelables en fonction des ressources locales,du choix des techniques,des coûts globaux et des performances.

La diversité énergétique renouvelable est nécessaire et l’électricité ne doit pas être privilégiée systématiquement au détriment du biogaz que ce soit pour les besoins domestiques ou de carburant. La FRANCE dépend aussi des importations de gaz et le biogaz d’aussi bonne qualité issu de la méthanisation peut être injecté dans le réseau comme servir localement pour ce que l’on appelle les flottes captives (bus, bennes à ordures, véhicules des collectivités locales) mais aussi pour les véhicules particuliers ou d’entreprises.....

Vanmeulebroucke Guy | 15 octobre 2011 à 12h09
 
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(2)
Il est regrettable que pour le projet de méthanisation CANOPIA (ailleurs que sur le site de BATZ)le syndicat BIL TA GARBI n’est pas privilégié le biocarburant par opposition d’ailleurs au syndicat BIZI GARBIA qui gère le principal site d’enfouissement du PAYS BASQUE et qui utilise pour ses bennes du biodiésel issu de la culture du colza.

Le PAYS BASQUE dispose de diverses ressources renouvelables potentiellement valorisables.La quantité minimale de déchets enfouis est de l’ordre de 100000 tonnes an valorisables par la gazéification et toutes les études confondues estiment à 1800 kw/h la puissance énergétique produite par tonne,soit l’équivalent moyen pour plus de 20000 foyers.Ce qui est faisable pour le PAYS BASQUE peut se faire ailleurs.
La diversité c’est aussi l’utilisation de la biomasse notamment forestière y compris les chutes et résidus de la filière bois qui se développera de plus en plus par les procédés de gazéification-méthanisation (voir le projet prévu à Goteborg)et l’injection du gaz naturel de synthèse dans le réseau ce qui est plus logique que de bruler du gaz pour produire de l’électricité.

La gestion durable et raisonnée de la filière bois est déjà mise en œuvre par les professionnels avec des coupes et implantations d’espèces diverses plus adaptées......

Vanmeulebroucke Guy | 15 octobre 2011 à 12h19
 
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(3)La tempête Klaus dans les LANDES qui a fait d’énormes dégâts et portée un grave préjudice aux sylviculteurs démontre une fois de plus l’absence volontaire des pouvoirs publics en matière de développement énergétique renouvelable aux profits du nucléaire et des importateurs de pétrole et de gaz .

Tout ce bois de pin n’a pas été perdu pour tout le monde et même si le port de BAYONNE voit son activité en hausse,les grands gagnants sont les destinataires de ces exportations qui ont trouvés là une matière première énergétique supplémentaire du fait de leur avance dans l’utilisation de la biomasse,tout en considérant que d’autres techniques sont plus adaptées que les centrales thermiques traditionnelles.Les chiffres fournis par la CCI de BAYONNE sont très instructifs :
"BOIS TEMPÊTE : En janvier 2009, la forêt des Landes s’est trouvée décimée par la tempête Klaus. Une partie des grumes de pin a été exportée par les installations du port de Bayonne. Le trafic à fin 2009 atteignait 674 636 tonnes, grâce notamment à l’ensemble des moyens mis à disposition des professionnels sur le port. En 2010, les exportations ont gagné en importance pour dépasser le million de tonnes (1 069 409 T) à fin décembre de cette année pour une augmentation de 58,52 % par rapport à 2009.

Vanmeulebroucke Guy | 15 octobre 2011 à 12h23
 
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(4)
Utilisé en quasi totalité comme bois énergie, les exportations se sont faites vers les pays suivants : • Allemagne : 639 471 T. • Finlande : 170 338 T. • Belgique : 139 480 T. • Portugal : 80 330 T. • France, Pays Bas : 39 093 T."
Les spécialistes estiment qu’en moyenne 2,5 à 3 tonnes de bois sec = 1 Tep, soit une énergie de :11600 kw/h, de quoi faire rêver.Sans aller jusqu’à de tels tonnages,sur le plan local,il n’en reste pas moins que le choix et le développement des énergies renouvelables sont des atouts supplémentaires pour l’activité économique et sociale sous réserve qu'en ce qui concerne tout au moins les déchets et autres ressources publics les pouvoirs locaux en assurent une gestion d’intérêt général en régie directe dans l'intérêt même des collectivités et des usagers-contribuables !

Vanmeulebroucke Guy | 15 octobre 2011 à 12h33
 
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