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Un pilote industriel valide la production de biocarburant liquide à partir de boues d'épuration

Le projet BioGNVal, dans le Val-de-Marne, permet de transformer le biogaz produit par les boues d'épuration en biométhane liquide utilisable comme carburant pour les poids lourds. Des perspectives de développement importantes apparaissent.

Energie  |    |  Laurent Radisson Actu-Environnement.com
Un pilote industriel valide la production de biocarburant liquide à partir de boues d'épuration
Environnement & Technique N°359 Cet article a été publié dans Environnement & Technique n°359
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C'est un projet très innovant dans le domaine de la valorisation des boues issues du traitement des eaux usées qu'ont présenté, lundi 9 mai, le groupe Suez et le Syndicat interdépartemental pour l'assainissement de l'agglomération parisienne (Siaap).

Situé sur l'usine Seine amont de Valenton (Val-de-Marne), le pilote industriel, développé en partenariat avec plusieurs entreprises, permet de produire du biométhane liquide pour alimenter les poids lourds roulant au gaz, mais aussi du bioCO2 liquide qui peut être utilisé comme fluide frigorigène.

Energie renouvelable facilement stockable et transportable

"Le démonstrateur industriel BioGNVal est le premier en France à valoriser le biogaz issu du traitement des eaux usées en biocarburant liquide (BioGNL), une énergie renouvelable, facilement stockable et transportable", se félicitent Suez et le Siaap.

Pour cela, deux étapes sont nécessaires, rendues possibles par une technologie cryogénique développée par la start-up Cryo Pur. L'épuration du biogaz produit par la digestion des boues d'abord. Cette épuration permet de produire du méthane (environ 65%) et du dioxyde de carbone (environ 30%), ainsi que des impuretés (COV, H2S, etc.) qui doivent être traitées. La deuxième étape est celle de la liquéfaction du biométhane et du CO2. "La chaîne complète est aujourd'hui démontrée", se réjouit Denis Clodic, président de Cryo Pur.

La liquéfaction permet de réduire le volume du biométhane par 600, ce qui le rend facilement stockable et transportable. Le biométhane liquéfié peut être utilisé comme carburant pour les véhicules lourds, qu'il s'agisse de transport de personnes ou de marchandises, ou pour des usages industriels. Cette production de gaz liquéfié peut constituer une alternative à l'injection du biométhane dans le réseau, lorsque celle-ci n'est pas possible pour des raisons de distance, ou constituer une solution complémentaire.

Pas de particules fines

Le démonstrateur permet de produire une tonne par jour de carburant, correspondant à deux pleins de poids lourds. "Les tests effectués démontrent que les eaux usées de 100.000 habitants permettraient de produire suffisamment de BioGNL pour alimenter 20 bus ou 20 camions", précise Pierre Coursan, chef de marché biométhane et efficacité énergétique chez Suez. Les avantages ? Un carburant qui n'émet par de particules fines et qui réduit de 90% les émissions de CO2 et de 50% les émissions sonores par rapport à un véhicule diesel. En outre, "le gaz naturel liquéfié permet une autonomie de 700 à 800 km, proche du diesel", se félicite Christophe Jacques, directeur commercial d'Iveco, qui propose des poids lourds fonctionnant au gaz.

Le BioGNL peut être distribué en stations service. "La France constitue le premier marché européen pour le gaz naturel carburant, alors qu'elle était encore très en retard il y a deux ans", indique Philippe Van Deven, directeur général de GNVert, filiale d'Engie, qui a ouvert une station de GNL/GNLC à Rungis (Val-de-Marne) et qui prévoit d'en ouvrir deux autres en France dans le cadre du projet européen Blue Corridor. "Il est important de rassurer les populations sur l'installation de stations qui sont aujourd'hui sûres", a tenu à préciser Joëlle Colosio, directrice régionale Ile-de-France de l'Ademe.

Quant au BioCO2 produit, il peut être utilisé pour la réfrigération des camions. L'avantage est là aussi important : pas d'émissions de particules, de NOx ou de CO2, un système silencieux permettant les livraisons nocturnes, et de meilleures performances énergétiques, vante Antony Bour de la société Thermo King qui propose la technologie CryoTech.

Un projet soutenu par l'Ademe

Le projet BioGNVal a été soutenu dès 2013 par l'Ademe dans le cadre du programme des investissements d'avenir. Cette dernière a apporté une aide de 3 M€, sous forme de subventions et d'avances remboursables, sur un montant total du projet de 6,6 M€.

L'ambition du projet était de "démontrer la faisabilité technico-économique de la production de gaz méthane liquide à partir de biogaz à grande échelle, afin de développer la filière au niveau mondial". Un pari en passe d'être gagné et qui permet d'ouvrir de nouvelles perspectives : l'Ademe anticipait des applications en Europe et au Moyen-Orient pour ce qui concerne les stations d'épuration, et sur le marché français pour les installations de stockage de déchets et les méthaniseurs d'ordures ménagères.

Suez, qui se déclare leader de la production et de la valorisation de biométhane issu des eaux usées en France et met également en avant de nombreuses références à l'international, entend exploiter ce succès. "Cet exemple réussi d'économie circulaire et de boucle locale de valorisation ouvre de nouvelles perspectives, tant pour les collectivités que les industriels qui souhaitent s'engager pleinement dans la transition énergétique", confirme Jean-Louis Chaussade, son directeur général.

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