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“L'enjeu est de choisir les bons bioindicateurs pour suivre l'évolution du sol”

Le projet BioTUBES vise à suivre l'évolution des milieux suite à la reconversion de friches urbaines par une approche à la fois pédologique et écologique. Retour sur les premiers résultats avec Estelle Hedri, ingénieur d'études chez Valorhiz.

Interview  |  Biodiversité  |    |  Dorothée LapercheActu-Environnement.com
   
“L'enjeu est de choisir les bons bioindicateurs pour suivre l'évolution du sol”
Estelle Hedri
Ingénieur d'études chez Valorhiz.
   

Actu-environnement : Le projet BioTUBES vise la validation d'une approche de reconversion de sites industriels vers des espaces naturels. Dans quel cadre s'inscrit-il et quel est son apport d'un point de vue innovation ?

Estelle Hedri : Notre approche est innovante car elle allie du génie pédologique et écologique. Le sol est perçu comme un support de biodiversité et acteur des services rendus par les écosystèmes. L'enjeu du projet est notamment de choisir les bons bioindicateurs pour permettre de suivre l'évolution et que le gestionnaire puisse concevoir un plan de gestion adapté.

Le projet BioTUBES fait suite au programme de recherche REBU co-financé par l'Ademe. Ce dernier s'est attaché à concevoir, mettre en oeuvre et monitorer un bio-technosol en milieu urbain, sur un site à Pierre-Bénite (Rhône). Pour chaque usages : parc, renaturation, réserve de biodiversité, prairie, etc., nous avons différentes variantes de la technologie. Nous estimons les coûts et les gains agroécologiques en fonction du terme envisagé.

Nous avons souhaité poursuivre ce projet sur la même zone avec des experts comme le BRGM et Elisol environnement pour mieux comprendre les évolutions des écosystèmes qui sont reconstruits et leur trajectoire de fonctionnalisation.

Nous avons également développé cette approche sur un autre site à Montpellier : reconstruire un matériau fertile à partir de matériau de l'économie circulaire et sur une parcelle où nous valorisons le sol de la friche urbaine via des techniques de génie écologique. Nous avons implanté une section variétale et des micro-organismes pour restaurer l'écosystème, dans un but paysager.

AE : Quels sont les bioindicateurs à retenir ?

EH : Nous sommes encore en phase de sélection. Nous nous intéressons aux échanges gazeux, à la biodiversité spécifique et fonctionnelle, au nombre d'espèces, au nombre de familles que nous allons toucher, à la vie du sol, que ce soit les nématodes, des champignons ou des bactéries. Pour ces derniers, nous allons mesurer leurs respirations, savoir s'ils sont dans une situation de stress ou pas. Nous avons également réalisé des semi et des plantations et nous observons si les végétaux sont bien implantés et s'ils ont une bonne croissance. Sur ce dernier point, de manière générale, nos résultats sont très satisfaisants. Nous publierons notre méthodologie d'évaluation des services écosystémiques l'année prochaine.

AE : Quels sont les premiers résultats que vous avez pu obtenir ?

EH : En reconstruisant un sol, nous gagnons en temps de fonctionnalité de l'écosystème, par contre les coûts sont plus importants. Cela coûterait 10 fois plus cher de reconstruire un sol par rapport à une valorisation du sol en place.

Par ailleurs, l'adhésion dans le cadre d'une valorisation des déchets n'est pas forcément évidente. Nous avons toutefois pu montrer que d'un point de vue acceptation sociale, plus de 80 % des personnes interrogées sont satisfaites des aménagements et sont sensibles aux valeurs de l'économie circulaire, du génie écologique ainsi que de la valorisation des sols en place.

Nous sommes également en train de constituer une méthodologie de bonnes pratiques de la reconstruction des sols avec des matériaux de l'économie circulaire. L'utilisation de terres excavées ou issues de l'économie circulaire pour l'aménagement d'espaces verts, ou pour la reconstruction de sols en général n'est pas bien encadrée et dépend de réglementations différentes : des sites et sols pollués, des déchets, loi sur l'eau, etc.

Les guides de bonnes pratiques édités aujourd'hui se concentrent sur des utilisations plutôt géotechniques et surtout recouvertes. Pourtant, si je suis dans le niveau 1 défini par le guide BRGM gestion des terres excavées, qu'il n'y a pas d'impact sur l'environnement, pas de risque sanitaire, pourquoi je ne pourrais pas les mettre en surface ?

AE : Quelles sont les bonnes pratiques que vous mettez en avant ?

EH : Nous sommes en train d'écrire l'arbre des décisions en fonction des différents cas de figure et des points de vigilance. Ainsi, si nous utilisons un déchet dans une reconstruction sol, il faut que nous démontrions le bénéfice du déchet pour le sol. La quantité doit être raisonnée dans une optique avantage / risque. Notre objectif avec le BRGM est de sortir des fiches méthodologiques à la fin de l'année prochaine.

AE : Quelles sont vos perspectives pour ces sites ?

EH : Fin 2019 nous disposerons de 4 ans de suivi sur le site de Pierre-Bénite : nous commencerons à avoir une bonne connaissance des tendances. Au-delà du projet, nous allons continuer à suivre de manière au moins annuelle certains indicateurs importants. Avec un suivi supplémentaire, sur 2 à 3 ans nous devrions vraiment pouvoir prouver les choses.

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